Orestie (une comédie organique ?)

Théâtre
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Féroce et mystérieuse, la pièce du metteur en scène italien flotte entre rêve et cauchemar.

Sur scène Apollon, Oreste, Clytemnestre, Agamemnon… Des bains de sang, des animaux morts et vivants, des personnages énigmatiques, obèses, infirmes ou trisomiques. Montée il y a vingt ans en Italie, ‘Orestie (une comédie organique ?)’ de Romeo Castellucci (d’après Eschyle) n’a rien perdu de sa force et de son inconfort. Mais si l’on retrouve une Clytemnestre assoiffée de vengeance, les codes narratifs de la tragédie sont, ici, brouillés. Chez Castellucci, le coryphée est un lapin digne de la dernière saison d’’American Horror Story’ et le chœur, des petits lapins en plâtre qui explosent comme des ballons de baudruche à la fête foraine. Renoncez à comprendre. 

Féroce et mystérieuse, la pièce du metteur en scène italien installe son public dans une sorte d’état de semi-conscience, un flottement entre rêve et cauchemar. Un spectacle esthétiquement troublant, à la digestion difficile, que l’on observe derrière un fin voile blanc. Plongé dans différentes eaux troubles, on oscille ainsi entre le dégoût, la peur et la fascination. La faute aux images plastiques comme des persistances rétiniennes – un bouc suspendu les entrailles à l’air, un lapin pendu au-dessus d’une flaque de sang – mais aussi à une atmosphère sonore prégnante, signée Scott Gibbons, qui mélange larsens et martèlements, pétards et nappes musicales lancinantes.

Dans son fauteuil carmin, on peine à garder son sang-froid, on aimerait prendre ses jambes à son cou, s’extraire de cette torpeur, faire taire les cris aigus des animaux en cage. Oui, on est loin de l’esthétique épurée du Castellucci des dernières années. ‘Orestie’, pièce de 1995, est effectivement « organique » : elle a l’odeur de la chair à vif, de la viande avariée, des corps qui crient, qui hurlent, qui fondent. Elle secoue, elle est un théâtre de la cruauté. Une agora où le cœur et les nerfs menacent de lâcher. Prenez donc une grande bouffée d’air frais avant de pénétrer dans le théâtre de l’Odéon car les deux heures et demie ne sont pas seulement hypnotisantes, elles sont également éprouvantes. Romeo Castellucci, figure tutélaire de ce festival d’Automne livre un spectacle sombre, enfoui dans une forêt de symboles. Un puzzle impossible à déchiffrer. Un art théâtral rugueux. Mais indispensable.

Par Elsa Pereira

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