Une laborieuse entreprise

Théâtre
  • 3 sur 5 étoiles
0 J'aime
Epingler
Une laborieuse entreprise
© Jean Henry

Doucement, le public s'installe dans cette petite salle en arc de cercle. Les bancs sont à même la scène ce qui donne le sentiment de faire partie intégrante du spectacle, d'être les témoins de cette atmosphère intimiste. Deux chaises, un frigo miteux, un lit trop petit pour deux personnes et une chaleur tropicale (enfin, dans l'histoire). Leviva Popokh (Luciana Velocci Silva) ne parvient pas à dormir et Yona Popokh (Yann Denécé) n'a aucune envie de l'aider à la tâche. Crises de nerfs et scènes de ménage, la laborieuse entreprise en question est celle de leur couple, un amour qui s'étiole en passion et s'épaissit en cellulite. Comme toujours Hanoch Levin arrive à raconter une histoire à travers un angle microscopique, celui du couple Popokh à partir duquel il dresse un portrait social dans l'ère du temps. Il pose des questions universelles et graves sur l'amour et le mariage mais aussi sur la solitude, la mort et le temps qui passe, le tout sur un ton cruellement comique. Faut-il vivre seul et malheureux ou se marier et accepter les crises traversées de rares compromis ? La solitude des autres rend-elle le couple plus fort ? Comment ne pas mourir seul ?

Même sur un sujet aussi quotidien que celui du couple, l'auteur ne sombre jamais dans la banalité des dialogues. Quand Yona dit : « Dehors je baise, ici je pète », ce n'est pas la trivialité des mots qui résonne mais la tension conflictuelle entre le confort du mariage et l'épanouissement fantasmé du dehors. De la même façon, quand le voisin Gounkel (l'excellent Cédric Revollon) entre en scène malade de solitude et prêt à tout pour partager un moment de compagnie avec Leviva et Yona, il montre que la vie en solitaire n'a rien d'enviable au couple en crise. Armé de sa dépression pathologique et de ses jérémiades, il déclenche dans la salle un éclat de rire général. La mise en scène de Myriam Azencot contribue à cette dimension extraordinaire en poussant ses personnages dans leurs retranchements les plus extrêmes. On assiste ainsi à un spectacle oxymorique fusionnant mélodrame et vaudeville, habité par des personnages à la limite du clownesque. Un chouette spectacle malgré une interprétation caricaturale parfois un peu étouffante. 

Par Louise Pierga

Publié :

Téléphone de l'événement 01.45.44.50.21
LiveReviews|0
1 person listening