Vu du pont

Théâtre
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Vu du pont
© Thierry Depagne

Un récit sensible et tragique, superbement raconté par un esthète de la mise en scène

New York, 1950. A l’ombre du Brooklyn Bridge, les dockers du quartier de Red Hook s’abîment à décharger les navires qui accostent. Des cargaisons de whisky d’Irlande et parfois d’immigrés clandestins venus s’essayer à l’american dream. Des travailleurs, comme Rodolpho et Marco, venus chercher de l’autre côté de l’Atlantique un travail et un peu d’argent à envoyer en Italie.

Revisitée par le metteur en scène belge Ivo van Hove, ‘Vu du pont’, pièce dramatique écrite par Arthur Miller raconte un amour complexe et ravageur. Docker à la réputation solide, Eddie (Charles Berling) travaille dur. Chaque soir, courbé par les poids qu’il a soulevés toute la journée, il retrouve sa femme (excellente Caroline Proust), et sa nièce Catherine. Une jeune femme aux jupes courtes et aux joues roses qu’il a refusé de voir grandir. Une histoire d’un amour paternel qui tourne mal et raconte en toile de fond le récit douloureux de l’immigration italienne des années 1950 aux Etats-Unis.

C’est dans un parallélépipède lumineux que le metteur en scène a installé les personnages de Miller. Une étrange boîte qui divise le public du théâtre de l’Odéon en trois groupes. Les comédiens évoluent ainsi dans un espace scénique tri-frontal extrêmement dépouillé, une langue de lumière qui s’avance dans la salle. Dans cette scénographie à l’épure déconcertante, on ne voit qu’eux, personnages meurtris aux destins fragiles. Ils sont comme des insectes aveuglés par la lumière qui se cognent au verre de l’ampoule.

Chez Ivo van Hove, l’histoire d’Arthur Miller retrouve son essence tragique, et les personnages leur complexité. Une mise en scène taillée au cordeau et un jeu d’acteur subtil qui font de ‘Vu du pont’ un spectacle tendu, toujours prêt à rompre. Dans l’ombre ou sous les projecteurs, la silhouette d’Eddie Carbone obsède. Comme un effet de persistance rétinienne dont on ne parvient pas à se débarrasser. Un récit sensible et tragique, superbement raconté par un esthète de la mise en scène.  

Par Elsa Pereira

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Téléphone de l'événement 01.44.85.40.00