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Cette année encore, les plus hauts lieux du patrimoine parisien se laissent joyeusement bousculer par la création contemporaine.

Chaque année à la rentrée, le design est chez lui, à Paris. Et pas n'importe où. Excroissance urbaine et gratuite du salon Maison&Objet, la Paris Design Week (PDW) déborde sur des centaines d'adresses, du Marais à Bastille, et attire quelque 250 000 visiteurs, sans badge ni carton d'invitation. Mais son programme le plus spectaculaire se joue plus haut : avec Design sur cour, les monuments les plus éloquents de la ville se voient redessinés par une joyeuse équipée de créateurs, artistes et autres maisons d'édition triés sur le volet, invités à travailler in situ. Comprendre : pas des expos posées là, mais des œuvres taillées sur mesure pour les lieux. L'Arc de Triomphe, la colonne de Juillet, le Grand Palais… Du 10 au 19 septembre 2026, le patrimoine prête ses plus beaux atours à la création contemporaine. En voilà quatre à (re)visiter absolument pour donner des couleurs à votre rentrée.
Lors de l'édition 2025 de la PDW, il avait créé l'événement avec son Labyrinthe, déambulation poétique imaginée au sein de l'Hôtel de la Marine. Cette année, Jérémy Pradier-Jeauneau, ancien producteur de cinéma devenu designer, ayant gardé un goût certain pour la dramaturgie, s'attaque à l'Arc de Triomphe avec une nouvelle exposition conçue comme une fiction immersive. Avec La Tempête, il transforme l'ascension du monument en un parcours initiatique : une succession vertigineuse d'œuvres imaginées par l'artiste accompagne la progression du visiteur dans l'édifice, de sa base jusqu'au sommet. Le clou relève de l'événement patrimonial : l'acrotère, ce couronnement resté orphelin du groupe sculpté prévu à l'origine, s'ouvrira au public pour la première fois depuis l'inauguration de 1836. Un théâtre d'objets d'un genre nouveau.
C'est encore un visage familier de la PDW : Julien Sebban, fondateur d'Uchronia, est le chef de file d'un design français décomplexé, explosif et volontiers pop. À travers ses créations, il cultive un même motif avec une remarquable obstination : la fleur. Après avoir fait éclore un bouquet gonflable monumental au festival Coachella l'an dernier, il s'inspire cette fois des décors historiques de la rotonde d'Antin, au Grand Palais, pour imaginer un nouveau Grand Bouquet, autour duquel le public pourra s'installer. Une installation résolument optimiste, qui célèbre aussi bien la joie que les savoir-faire français. L'expérience sera prolongée à la boutique du Grand Palais, où une sélection d'objets (bougeoirs, carnet, assiettes…) et de pièces de mobilier issues de l'univers du Grand Bouquet sera proposée à la vente.
Grande nouveauté (et excellente nouvelle) : le musée Bourdelle fait partie du parcours cette année. L'occasion de redécouvrir les anciens ateliers du sculpteur – où Bourdelle forma, entre autres, Giacometti et Germaine Richier –, qui comptent parmi les lieux d'art les plus précieux (et étonnamment confidentiels) de la capitale. Ici, c'est Anthony Guerrée qui imagine un jeu d'échos entre son travail et celui de Bourdelle. Un exercice à sa mesure : l'homme a déjà dessiné les chaises des personnages de Proust (Les Assises du temps perdu), et pour lui chaque objet est un « fragment d'histoire à raconter ». Avec Contrepoint, le designer s'amuse à prélever lignes, courbes et tensions dans les sculptures du maître pour les faire réapparaître ailleurs : sur un paravent en vitrail, le jacquard d'une méridienne ou dans la terre cuite. Un parcours qui se glisse, certes en contrepoint, mais en parfaite harmonie au fil des collections permanentes du musée, et jusque dans ses jardins.
Depuis plus de vingt ans, le collectif ici représenté par Claire Renard et Jean-Sébastien Blanc fait du réemploi un principe créatif – dès 2004, leur Réanim posait des prothèses fluo sur des chaises cassées au nom d'une « médecine des objets » –, glissant souvent dans ses projets quelques idées politiques. La place de la Bastille s'y prête bien. Avec leur Re-prise de la Bastille, ils viennent chatouiller la mémoire révolutionnaire du lieu en y créant une installation-manifeste, composée de 196 drapeaux fabriqués à la main à partir de vêtements usagés : 195 représentent les pays membres et observateurs de l'ONU, auxquels s'ajoute un drapeau blanc. Hissées sur des mâts de six mètres autour de la colonne de Juillet, ces bannières composent un immense patchwork du monde, pensé comme un appel à la coexistence et à la paix autant qu'au réemploi textile.
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