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Quels sont les grands favoris aux prix qui pourraient émerger du festival cette semaine ?

Hollywood a fait l'impasse sur le Cannes de cette année : aucun de ses blockbusters ne foule le tapis rouge du festival le plus célèbre du monde cette semaine. Mais ne vous y trompez pas : le festival a toujours été un meilleur baromètre de la santé du cinéma indépendant à l'échelle planétaire, et à en juger par la sélection de l'an dernier, son pouls bat encore fort. Sentimental Value, Sirât, It Was Just an Accident, Sound of Falling et The Secret Agent ne sont que quelques-unes des premières cannoises qui ont émerveillé les spectateurs et dominé la course aux Oscars des mois plus tard. Durant les 12 prochains jours, attendez-vous à ce que Na Hong-jin (The Wailing), Ryusuke Hamaguchi (Drive My Car), Marie Kreutzer (Corsage) et le maestro iranien Asghar Farhadi livrent de l'or sur la Croisette. Voici ce qu'il faut surveiller.
La cinéaste allemande revient avec la patience austère qui avait fait sensation avec Western. Aux confins brumeux où se rejoignent la Bulgarie, la Grèce et la Turquie, une femme accepte d'aider une vieille connaissance – un geste anodin qui l'entraîne, lentement et inexorablement, en territoire moral trouble. Attendez-vous à des acteurs non professionnels, un paysage élevé au rang de personnage, et des silences qui en disent plus long que bien des scénarios. Un thriller dans les prémices ; de la poésie dans les faits.
Corsage de Marie Kreutzer, film d'époque qui respirait une modernité absolue, est devenu un classique féministe. Autant dire que Gentle Monster suscite une immense attente, avec à l'affiche la crème du cinéma français : Léa Seydoux et Catherine Deneuve, dans un récit à deux femmes, deux vies radicalement différentes, un même écueil : des hommes et leurs secrets bien gardés. Une pianiste qui a sacrifié sa carrière pour un nouveau départ à la campagne. Une inspectrice à bout de souffle dont le père décline. Ce qui les unit : une clarté sourde, terrible, qui s'installe. Accrochez-vous.
L'un des films les plus attendus de la compétition, Hope marque le retour tant espéré de Na Hong-jin, dix ans après The Wailing, qui avait assis sa réputation de grande voix du cinéma de genre. Dans un village côtier isolé près de la zone démilitarisée coréenne, une supposée observation de tigre déclenche une enquête policière qui bascule vers le territoire extraterrestre – ça ressemble à un pitch d'Edgar Wright, mais filmé par Hong Kyung-pyo, le chef opérateur de Parasite, et joué, on l'imagine, au premier degré absolu. Le film réunit à l'écran le couple dans la vie Alicia Vikander et Michael Fassbender, pour la première fois en dix ans. Immanquable.
Tout le monde veut travailler avec Asghar Farhadi, double oscarisé, notamment pour Une séparation, film qui a contribué à définir le cinéma iranien. Le casting d'Histoires parallèles s'apparente à une équipe de rêve : Isabelle Huppert, Catherine Deneuve, Vincent Cassel, Virginie Efira, Pierre Niney. Inspiré du Décalogue 6 de Kieślowski, le film suit une romancière qui espionne ses voisins pour alimenter son œuvre et engage un jeune homme qui finit par envahir entièrement sa vie. Un thriller voyeuriste aux allures de sables mouvants moraux.
Léa Mysius fait ses débuts en Compétition avec Histoires de la nuit, adaptation d'un thriller de Laurent Mauvignier, prix Goncourt. Dans un hameau rural isolé, la fête surprise organisée pour les 40 ans d'une femme tourne au cauchemar quand trois inconnus s'invitent à la porte et que des secrets longtemps enfouis remontent à la surface. Monica Bellucci mène un solide ensemble français. Pour une cinéaste qui excelle à transformer le drame domestique en angoisse rampante, Mauvignier est la source idéale : ses phrases s'allongent à mesure que la terreur s'intensifie.
Dix ans après The Neon Demon, qui avait clivé Cannes (sifflets, bravos, sorties fracassantes), Nicolas Winding Refn revient hors compétition avec Her Private Hell. Tourné à Tokyo, le film plonge Sophie Thatcher dans une ville futuriste engloutie par un brouillard mortel, à la recherche de son père disparu. Refn parle de « paillettes, sexe et violence ». On sait exactement ce qui nous attend, et la moitié de la salle détestera. L'autre ne raterait ça pour rien au monde.
Drive My Car a mis Ryusuke Hamaguchi (et les Saab 900) sur la carte. L'auteur japonais revient avec une nouvelle adaptation littéraire, cette fois tirée d'un récit autobiographique, You and I – The Illness Suddenly Get Worse, dont l'action se déroule à Paris et où Virginie Efira, vue dans Benedetta, incarne la directrice d'une maison de retraite qui noue un lien avec un dramaturge japonais (Tao Okamoto).
Le cinéaste polonais établi en Grande-Bretagne, à qui l'on doit Ida et Cold War, revient avec un nouveau portrait acéré de l'Europe d'après-guerre. Cette fois, il prend pour fil conducteur le titan de la littérature allemande Thomas Mann (Hanns Zischler, fidèle collaborateur de Wim Wenders) et sa fille Erika (Sandra Hüller) pour explorer une Allemagne fraîchement divisée et la lutte pour l'âme d'un artiste. August Diehl, vu dans Inglourious Basterds, incarne le fils et frère dont l'absence projette une ombre supplémentaire sur leur road trip.
Exilé de sa patrie, Andrey Zvyagintsev avait porté un regard acéré sur la Russie de Poutine avec Léviathan en 2014, avant de signer trois ans plus tard le dévastateur Faute d'amour, portrait d'une famille en chute libre. Son nouveau film lève le voile sur son pays opaque pour suivre un homme d'affaires (Dmitriy Mazurov) traversant une crise financière, morale et émotionnelle qui fait basculer son existence et menace d'appeler la violence. Premier film du Russe en neuf ans, et sérieux prétendant à la Palme d'Or.
Les tranchées de la Première Guerre mondiale forment un décor sanglant pour ce récit de camaraderie et d'exploration de la nature du courage et de la lâcheté, vu à travers les yeux d'un jeune soldat belge. Avec Close et Girl, Lukas Dhont avait déjà démontré l'éloquence émotionnelle et l'empathie de son regard. Celui-ci pourrait être plus âpre. « Un film sur l'amour et la mort, la création et la destruction », dit le cinéaste. « Un film sur la survie et sur la façon dont, parfois, même dans l'obscurité, quelque chose de beau parvient à pousser. » Autrement dit : prévoyez les mouchoirs.
Le grand humaniste japonais (Les Bonnes Étoiles, Nobody Knows) revient avec une science-fiction aux accents de Brian Aldiss et d'A.I. Intelligence artificielle, dont le titre s'inspire du classique de Saint-Exupéry, Le Petit Prince. Un couple (Haruka Ayase et Daigo Yamamoto) adopte un robot humanoïde après la mort de leur fils. Neon assure la distribution aux États-Unis — une nouvelle course aux Oscars pour Koreeda semble toute tracée.
Le dramaturge irlandais Enda Walsh et la cinéaste anglaise Clio Barnard (The Arbor, Ali and Ava) s'associent pour un drame sur l'état d'une nation, suivant un groupe soudé de trentenaires birminghamiens à travers les hauts et les bas — surtout les bas — de leur existence. Barnard a réuni quelques-uns des acteurs britanniques les plus en vue — Anthony Boyle, Joe Cole, Jay Lycurgo, Daryl McCormack — pour un récit touchant et universel de vies ouvrières qui ne tournent pas rond.
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