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Anselm Kiefer – Pour Paul Celan

  • Art, Art contemporain
  • 4 sur 5 étoiles
  • Recommandé
  1. Anselm Kiefer
    Georges Poncet, Rmn-GP, 2021
  2. Anselm Kiefer
    © Georges Poncet, Rmn-GP, 2021
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Time Out dit

4 sur 5 étoiles

Anselm Kiefer célèbre l'auteur Paul Celan avec une balade magistrale dans un labyrinthe de mots et de matières

Quinze ans après avoir inauguré le cycle d’expositions Monumenta, l’artiste allemand Anselm Kiefer est de retour au Grand Palais (éphémère, cette fois-ci) avec une exposition en hommage à l’un de ses auteurs favoris, le poète roumain Paul Celan. Une balade magistrale dans un labyrinthe de mots et de matières, qui fait danser le visiteur sur un fil ténu entre mémoire et oubli, pesanteur et légèreté, lumière et obscurité.

A l’occasion de la nouvelle exposition d’Anselm Kiefer, l’espace dénudé du Grand Palais éphémère, pris en sandwich entre l’Ecole militaire et le Champ-de-Mars, est transformé en « zone libre » aux faux airs d’aérogare. Pas de sens de visite, pas de murs ni de cimaises : les toiles et sculptures du peintre allemand semblent avoir poussé au hasard dans le hangar, comme autant d’immenses et indomptables mauvaises herbes venant piqueter les ruines de l’Histoire. Des tableaux de presque dix mètres y côtoient un imposant avion de plomb sur les ailes duquel se sont posées les pages de livres calcinés, un bunker piqué de fleurs séchées et un blockhaus qui se visite comme un millefeuille de toiles noircies d’images et de poésie. Réminiscences des vestiges de la Seconde Guerre mondiale, les installations de Kiefer font aussi écho aux mythes antiques et, bien sûr, à la littérature.

Comme dans la poésie de Paul Celan (1920-1970), auteur roumain de langue allemande auquel est dédiée l’exposition, les fleurs qui parsèment les œuvres de Kiefer se mêlent à la cendre, et les nuits noires qu’il dessine sont aussi blanches (couleur de plâtre) que solaires (teintées d’or). Sur les toiles, les mots du poète sont posés par le peintre comme autant de paroles gelées, qui fondent sur les aplats de peinture. Des fleurs de pavot – un des motifs les plus utilisés dans la poésie de Celan –, associées à la mémoire et à l'oubli pour leur vertu narcotique, germent sous les vers et en forment l’ornement. Que les non-germanophones ne désespèrent pas face à cette langue (ô combien difficile, petite pensée à tous les LV2 allemand), et n’hésitent surtout pas à prolonger leur visite par la lecture de l’œuvre (magistrale) de Paul Celan. Car c’est aussi l’objectif de cet événement : nous conduire à (re)découvrir l’un des plus grands poètes du XXe siècle.

Au-delà des mots, et à travers toute l’exposition, c’est une inextricable dialectique entre création et destruction qui se dessine. En véritable alchimiste, Anselm Kiefer est fasciné par le feu, qui possède à la fois le pouvoir d’anéantir et de transformer ce qu’il touche. A défaut de se résoudre à brûler toutes ses œuvres, l’artiste les habille d’objets calcinés, presque réduits en cendres : pierres carbonisées, livres roussis ou noircis, végétation consumée… Sur les toiles et sur les immenses étagères disposées au fond du bâtiment, la peinture, les matériaux bruts et les objets s’accumulent et se sédimentent. C’est une image des décombres, de la fine frontière entre mémoire et oubli, une image de cet « ange de l’Histoire » qui ne peut avancer qu’en regardant vers le passé, conçu comme un interminable amoncellement de ruines. Une exposition à visiter le jour ou à la nuit tombée, quand le temps semble s’être arrêté…

Écrit par
Alix Leridon

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Prix
De 10 à 13 €
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