Versace est l’un des noms les plus célèbres de la mode. Mais les plus jeunes et les non-initiés connaissent encore mal les origines du style flamboyant, immédiatement reconnaissable, de son fondateur, désormais entré dans la pop culture. C’est ce que l’on constate en visitant Gianni Versace Retrospective, présentée à partir du 5 juin au musée Maillol, à Paris, après plusieurs étapes européennes depuis 2017. Repensée avec des prêts inédits, l’exposition explore notamment le lien entre Gianni Versace et la capitale, où il présenta ses collections Atelier Versace dès 1990.
Avec près de 450 pièces – silhouettes, accessoires, croquis, objets, photos et vidéos –, cette première grande rétrospective française depuis 1986 embrasse large. Parfois trop, au risque de noyer certaines pièces dans l’abondance. Pas toujours assez, aussi, pour les plus férus de mode en quête de détails techniques. Plutôt qu’un parcours chronologique, l’exposition choisit une scénographie inspirée des podiums, organisée autour de grands thèmes : création, inspirations, collections clés, personnalités habillées par Versace. Un parti pris défendable, souvent spectaculaire, mais foisonnant, parfois au bord de la saturation. On conseillera donc au visiteur curieux de se munir de l’audioguide, gratuit, non parce que le parcours serait illisible sans lui, mais parce qu’il ajoute une strate d’explications, aide à mieux comprendre certains choix et, surtout, à ralentir face aux pièces. C’est là que l’exposition devient la plus fascinante : lorsqu’elle cesse de commenter Versace pour laisser les vêtements parler.
Le vêtement occupe une place centrale dans l’exposition, mais se retrouve parfois éclipsé par la mythologie Versace. Si le récit insiste sur l’inscription de son travail dans l’art et la culture, c’est encore face aux pièces que l’on mesure le mieux leur puissance : leur sensualité frontale, peut-être le chaînon manquant entre Versace et les sculptures d’Aristide Maillol ; le travail des tissus ; l’accumulation d’ornements, de références et de genres, sans jamais perdre le sens de la coupe. C’est le grand mérite de cette rétrospective : rappeler, au-delà de l’icône et du nom devenu logo, l’intelligence précise d’un savoir-faire.

