Jesús Rafael Soto : Chronochrome

Art Libre
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 (Jesús Rafael Soto, 'Doble progresión azul y negra', 1975 / Courtesy galerie Perrotin / © Jesús-Rafael Soto / ADAGP, Paris, 2015 )
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Jesús Rafael Soto, 'Doble progresión azul y negra', 1975 / Courtesy galerie Perrotin / © Jesús-Rafael Soto / ADAGP, Paris, 2015
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A l’heure où l’image domine nos écrans, nos bouches de métro, nos rues, nos journaux, nos boîtes de Choco Pops et nos rouleaux de sopalin, à l’heure où elle submerge en permanence nos pupilles, une œuvre d’art composée de simples formes géométriques peut-elle encore décontenancer notre regard ? Le plonger dans une sorte de mirage obnubilant ? Oui, à condition qu’elle respecte méticuleusement les recettes, alchimiques, dont raffolait Jesús Rafael Soto (1923-2005). Ingrédients : une base généreuse d’abstraction, parfum Mondrian-Malevitch, saupoudrée d’aplats monochromes à la mode d’Yves Klein, et relevée par les effets d’optique de l’art cinétique. Laisser mariner le tout dans l’atelier de l’artiste vénézuélien, puis servir cru pour ne pas perdre l’intensité des couleurs : soit sous forme d’installations (des pluies de tiges ou de fils suspendus), soit sous forme de toiles couvertes de fines rayures, desquelles surgissent des carrés de plexiglas, des cordes, des tubes, des plaques métalliques… Absorber lentement, avec les yeux.

Depuis la mort de Jesús Rafael Soto en 2005, Paris en a savouré des œuvres de l’artiste, à l’occasion notamment d’un hommage au Centre Pompidou (2013) et de l’exposition ‘Dynamo’ au Grand Palais (2014), consacrée aux courants abstraits les plus hypnotiques et sensoriels des cent dernières années. Une branche de l’art du XXe siècle sur laquelle Soto, l’un des grands réinventeurs de l’abstraction géométrique, a fait son nid dès les années 1950. A sa manière bien particulière. Car s’il partage des affinités avec une école latino-américaine qui cuisine les avant-gardes européennes à la sauce cinétique, le Parisien d’adoption recherche avant tout une forme d’épure plastique là où d’autres, comme Julio Le Parc, lorgnent plus volontiers vers une expérience presque ludique. S’il joue avec les lois de la physique pour dérouter notre perception, la prendre au piège, il refuse les mécanismes illusionnistes de l’Op Art de Vasarely, qu’il juge trop faciles, pour leur préférer des effets plus subtils, moins immédiats. Autrement dit, plutôt que de distordre l’espace, Soto va s’échiner à dématérialiser les formes et les lignes de ses propres tableaux - impossible de les saisir en un coup d’œil, comme une image plane, bidimensionnelle, photographique. A peine l’a-t-on épousée du regard qu’elle se met à vibrer, à s’enfuir, à se déliter, nous délivrant pendant quelques instants de la léthargie visuelle de notre époque, dont les images fonctionnent si souvent au premier degré, pour un impact instantané.

Cet hiver, la galerie Emmanuel Perrotin propose une belle exposition montée par le spécialiste Matthieu Poirier, sorte de micro-rétrospective qui vient affirmer toute l’actualité du Vénézuélien, aujourd’hui reluqué par le marché de l’art contemporain. Entrée en matière avec un ‘Pénétrable’ : une averse de tubes bleus électriques, que l’on peut traverser pour se laisser envelopper par ses jeux optiques. Puis arrivent les abstractions géométriques, habitées de leurs effets d’apesanteur contradictoires, de leurs tensions dissonantes. Comme des instruments à cordes sur lesquels on ne jouerait pas avec le bout des doigts mais avec la rétine, chacune se met à vibrer lorsqu’on la balaye du regard. Pour que la magie opère, pour que les lignes et les couleurs se mettent à onduler, flotter, se déformer, il suffit de circuler devant les œuvres, en les regardant de près, de loin, de biais. Soudain, quelque chose se met en mouvement, des énergies divergentes fusent sur la surface restreinte de la toile, comme les notes d’un jazz débridé mais parfaitement millimétré. Régi par les syncopes secrètes du  « chronochrome ».

> Horaires : du mardi au samedi de 11h à 19h.

Par Tania Brimson

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