Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi les artistes étaient plus stylés que la moyenne ? Il faut bien avouer qu’on les reconnaît parfois mieux à leur look qu’à leurs œuvres. Si le phénomène semble bien réel (il a fait l’objet d’un livre, What Artists Wear, en 2021, et d’une expo au Louvre-Lens l’an dernier, S'habiller en artiste), la réponse ne se résume pas à un sens inné de l’esthétique.
C’est ce que révèle L’Étoffe de l’artiste. De Rosa Bonheur à Sonia Delaunay, la nouvelle expo du musée Bourdelle (jusqu’au 24 janvier 2027). Née de la redécouverte, en 2020, des vêtements d’Antoine Bourdelle, inspirés des tenues de travail de son père menuisier, elle les confronte à ceux d’autres artistes du XIXe et du début du XXe siècle, à une époque où leur statut social est en pleine mutation.
Depuis la création de l’Académie royale de peinture et de sculpture en 1648, les artistes s’émancipent progressivement de leur statut d’artisan. Avec l’émergence de la figure de l’artiste bohème et leur accès à la célébrité, le vêtement devient un outil de mise en scène. L’exposition confronte ainsi les tenues de Degas, Foujita, Klimt ou Rosa Bonheur à leurs portraits et autoportraits (dessins, peintures, sculptures et photographies), pour lesquels ils choisissaient soigneusement leur apparence.
Le parcours thématique décrypte les logiques derrière les choix vestimentaires : à l’inverse de la blouse de l’artisan, la tenue d’académicien permet d’installer le statut d’artiste « officiel » ; la veste rouge de Nadar est à la fois une signature publicitaire et une revendication politique ; les tenues que Foujita se confectionne lui-même font fusionner ses influences nippones et occidentales…
Entre histoire de l’art, mode et questions identitaires, l’exposition invite à découvrir le peintre Camille Bernier dans son étonnant costume de fête breton ou à établir des parallèles entre les créations des futuristes italiens et la mode contemporaine. De quoi comprendre à quel point le vêtement est devenu une affaire sérieuse chez les artistes.



