Paños

Art, Dessin Libre
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 (Courtesy galerie Christian Berst)
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Des taulards qui dessinent sur des mouchoirs en coton. Si, si, c'est bien le sujet de cette exposition présentée à la galerie Christian Berst, QG parisien de l'art « outsider ». Vierges de Guadalupe, guns, pin-ups aztèques et grosses bagnoles se bousculent sur ces pépites de la contre-culture que sont les paños, dessins au stylo bille, au feutre ou au crayon de couleur réalisés par des prisonniers d'origine latino aux Etats-Unis. Une longue et riche tradition, probablement imaginée par des chicanos (américains d'origine mexicaine) du Sud-Ouest américain dès les années 1940 pour communiquer avec leurs proches, et que perpétuent aujourd'hui des centaines de détenus, héritiers d'une complexe mythologie graphique développée au fil des années. Chez Christian Berst, une belle trentaine de ces étendards de salut, de désespoir et de culture populaire se disputent les murs. Fourmillant de détails, chacun est pétri de symboles : d'attente (horloges, sabliers, barreaux), de rédemption chrétienne (anges, Christ en croix, Vierges), de souffrance (larmes, grimaces de douleur), de désir (femmes nues, érotisme), d'amour (roses, cœurs), de crime (flingues, dollars, gangs) ou de revendication de la culture mexicaine (zapatistes, pyramides maya).

Derrière leur kitsch assumé et un peu dégueulasse, échoué quelque part entre la peinture murale chicana, très répandue en Californie, et le tatouage de fan des Guns 'n' Roses, les paños témoignent du monde violent et complexe dans lequel ces créateurs reclus (les pintos) tentent tant bien que mal de trouver leur place et survivre. Envoyées par courrier à leurs mères, leurs femmes ou d'autres membres de leur famille, ces toiles miniatures qui se lisent souvent comme une BD, de la gauche vers la droite, manifestent un mal-être que les mots peineraient à décrire – ou que certains prisonniers, illettrés, ne pourraient exprimer. L'image du clown revient souvent : symbole des sentiments que l'on dissimule pour cacher ses faiblesses devant les autres détenus. Celle de la tête de mort aussi (parfois agrémentée de lunettes de soleil et d'un bandana – la classe) : signe de fatalité et de résignation face aux conditions de vie derrière les barreaux.

A l'origine, ces bouteilles d'eau jetées à la mer, intimes et secrètes, n'étaient pas destinées à être montrées au public. Aujourd'hui, l'intérêt qu'elles suscitent auprès des amateurs et professionnels de l'art vient humaniser, un tant soit peu, ces artistes que la prison déshumanise, faisant même de certains d'entre eux des membres respectés de la communauté carcérale. Triste paradoxe, quand on sait que « dedans », ce succès attire l'attention des geôliers, de plus en plus nombreux à interdire cette pratique pourtant inoffensive (surtout lorsque les paños font référence à l'imagerie d'un gang).

Comme pour prouver cet engouement du monde de l'art, l'exposition 'Tatoueurs, tatoués' se penchera sur toute une collection de paños à partir du 6 mai au Quai Branly. En attendant, la sélection présentée chez Christian Berst en dévoile quelques exemples frappants, complétés par une série récente, un peu à part et très torturée, réalisée par le détenu cubain Boris Santamaria qui expose son œuvre pour la première fois.

> Horaires : du mardi au samedi de 14h à 19h.

Par Tania Brimson

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