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Films à voir • Cinéma transgressif

Diaporama • Treize chefs-d'œuvres subversifs, pour faire le plein de mutilations, de perversions, de déviances, de folie furieuse et d'orgies macabres

'L'Empire des sens'
1/13

'L'Empire des sens'

 

de Nagisa Oshima (1976)

 

Si ‘L’Empire des sens’ est une bien belle expression, le titre original du film le plus sulfureux d’Oshima, traduit en français, donnerait en fait « La Corrida de l’amour ». Ce qui n’est pas mal non plus, et correspond surtout davantage à ce film au sein duquel, à travers le sexe, il est bien question de mise à mort d’un des partenaires. L’inspiration d’Oshima vient d’ailleurs d’une histoire vraie, et relativement délirante : celle de Sada Abe, ancienne geisha devenue servante et prostituée, et de son amant Kichizo, qui s’entraînèrent mutuellement, au milieu des années 1930, dans une spirale érotique sans autre fin que la mort pour l’un, la folie pour l’autre. Avec ablations d’organes génitaux au dessert. Mettant en scène de nombreux actes sexuels non simulés, ‘L’Empire de sens’ aura d’ailleurs conservé la même aura subversive que ‘Le Dernier Tango à Paris’. Sauf que le film d’Oshima a nettement mieux vieilli que celui de Bertolucci – dont, à la longue, la fameuse scène de la plaquette de beurre a manifestement ranci.

 

'La Grande Bouffe'
2/13

'La Grande Bouffe'

 

de Marco Ferreri (1973)

 

Entre Marcello Mastroianni, Michel Piccoli, Philippe Noiret et Ugo Tognazzi, le casting de ‘La Grande Bouffe’ ressemble à un all-star game du cinéma franco-italien des années 1970. Le principe du film de Marco Ferreri est éminemment simple : quatre quadras se retrouvent dans une jolie maison pour se suicider par overdose de nourriture. Or, si ‘La Grande bouffe’, huis-clos rabelaisien, est resté subversif et choquant, c'est d'abord parce que la mort y est envisagée comme une apothéose presque joyeuse, désespérée mais ludique, où le corps lâche par excès de voluptés épaisses. Dans une veine à la fois satirique et libertaire qui caractérise également certains films de l'époque  à commencer par ceux de Bertrand Blier (‘Les Valseuses’, ‘Calmos’…) , ‘La Grande Bouffe’ reste l’œuvre la plus exubérante et excessive de Ferreri. Et certainement son meilleur film, aux côtés du minimaliste et fascinant ‘Dillinger est mort’, incroyable one-man-show de Michel Piccoli en 1969.

 

'Mais ne nous délivrez pas...
3/13

'Mais ne nous délivrez pas...

 

... du mal' de Joël Séria (1971)

  

Si le nom de Joël Séria demeure immanquablement associé à son plus célèbre film, ‘Les Galettes de Pont-Aven’ (en 1975, avec l’incroyable Jean-Pierre Marielle), ‘Mais ne nous délivrez pas du mal’, son premier long métrage, vaut lui aussi le détour. La brune Anne (Jeanne Goupil, qui restera l’une des actrices fétiches de Séria) et la blonde Lore (Catherine Wagener) sont deux jeunes pensionnaires d’une institution religieuse qui décident de vendre leur âme au diable, de dévouer leur existence au mal et à la négation de toute morale. Provocantes à l’égard des hommes, rebelles et perverses, les deux adolescentes se lisent ‘Les Chants de Maldoror’ cachées sous la couette, ou récitent en chœur ‘La Mort des amants’ de Baudelaire lors de leur kermesse de fin d’année – avant d’y mettre copieusement le feu. Œuvre maudite d’un romantisme noir, à l’esthétique délicieusement malsaine, ‘Mais ne nous délivrez pas du mal’ est, en somme, un très grand film injustement méconnu.

 

'Les Idiots'
4/13

'Les Idiots'

 

de Lars von Trier (1997)

 

Certes, en termes de provocations, la carrière de Lars von Trier mériterait un dossier entier à elle seule. D’ailleurs, d’‘Antichrist’ à ‘Nymphomaniac (vol. 1 et 2)’, ses récentes productions n’en finissent pas de tracer le sillon d’une subversion à la danoise : goguenarde, souvent glauque, avec des traits d’humour noir et de grandiloquence plus ou moins ironique. Toutefois, ‘Les Idiots’ reste sans doute son film le plus transgressif. D'abord, à cause de son thème, qui envoie paître la logique et le sens commun avec son étonnante troupe de joyeux drilles, contestataires systématiques, bien décidés à jouer (et à jouir) comme d'authentiques malades mentaux. D’autre part, et surtout, le film lui-même transgresse les us et coutumes de la production cinématographique, en s'appuyant sur le Dogme 95 défini par von Trier et son compatriote Thomas Vinterberg (dont le truculent ‘Festen’ mérite d’ailleurs lui aussi une place au panthéon des films qui vous mettent mal à l’aise). Hilarité bordélique, débilité volontaire, état de quasi-défonce permanent, sexe non simulé et caméra à l’épaule : ‘Les Idiots’ ressemble lui-même à un manifeste post-dadaïste, drôle et dérangeant.

 

'Orange mécanique'
5/13

'Orange mécanique'

 

de Stanley Kubrick (1971)

 

En 1971, le film le plus pop de Kubrick apparaît aussi comme son plus violent. Censuré, retiré des écrans britanniques pendant plus de vingt-sept ans (jusqu’à la mort du cinéaste), son adaptation du roman d’Anthony Burgess aura fait couler beaucoup d’encre. D’abord à cause de son héros, Alex, jeune homme sans foi ni loi (comme son prénom l’indiquerait d’ailleurs avec un « a » privatif : a-lex, « sans loi »), amateur d’ultraviolence, de Beethoven – pardon : Ludwig van – et de viols collectifs. Pourtant, à bien y regarder, la violence la plus radicale présente au sein du film ne réside pas tant dans les frasques de la bande d’Alex – ses droogies – que dans la punition qui attend le délinquant une fois que tout le monde l’aura lâché. Emprisonné, le personnage incarné par l’inoubliable Malcolm McDowell se retrouve en effet réduit à l’état de cobaye, à la psyché manipulée et torturée par les autorités. Violence individuelle contre violence d’Etat. Folie contre répression. En fait, la profonde subversion d’‘Orange mécanique’ ne vient pas tant de ses personnages, ou de son esthétisation de la violence (visuelle mais aussi sonore, avec l'inoubliable musique de Wendy Carlos au Moog). Elle vient surtout de l’omniprésence du mal, à tous les échelons d’une société où les victimes n’attendent que de devenir bourreaux à leur tour, dans une spirale de violence qui les dépasse tous. Comme quoi, depuis Kubrick, le noir est une couleur pop.

 

'Une sale histoire'
6/13

'Une sale histoire'

 

de Jean Eustache (1977)

 

Moyen métrage génial et méconnu de Jean Eustache, ‘Une sale histoire’ est un petit monument de subversion, d’un dandysme à la fois cool et provocant. Le film est divisé en deux parties, dont la seconde suit en 16 mm – comme un documentaire – un récit autobiographique et voyeuriste de Jean-Noël Picq, ami et scénariste d’Eustache. Or, dans la première partie du film, c’est le comédien Michael Lonsdale, cette fois filmé en 35 mm, qui réinterprète mot pour mot le même texte. Ainsi, ‘Une sale histoire’ raconte deux fois la même chose, d’abord sous l’angle de la fiction, puis sous l’angle originel du documentaire. Mise en abyme et jeux de miroirs, le film d’Eustache, réalisé en 1977, a beau être formellement surprenant, c’est surtout son thème et son texte qui restent, aujourd’hui encore, profondément subversifs et tabous. Car si l’histoire narrée pourrait être sordide (elle l’est d’ailleurs même certainement), la délicatesse et la franchise avec lesquelles se trouve exprimée la déviance sexuelle d’un type devenu accro au voyeurisme demeure l’un des monologues les plus beaux et crus du cinéma français. Cela n’étonne guère de la part du réalisateur de ‘La Maman et la Putain’ – il suffit de penser à l’intense monologue final de Françoise Lebrun à la fin de ce film-fleuve. Toutefois, le minimalisme formel d’‘Une sale histoire’, l’audace de son ton et la délicieuse voix de l’inimitable Michael Lonsdale en font, parallèlement, l'une des œuvres les plus puissantes de Jean Eustache. Hélas introuvable dans une qualité décente ou à travers le circuit officiel de l'édition DVD (comme l’ensemble de l’œuvre du cinéaste, d’ailleurs), ‘Une sale histoire’ est heureusement visible sur Internet. Profitez-en avant qu'il ne disparaisse...

 

'Bataille dans le ciel'
7/13

'Bataille dans le ciel'

 

de Carlos Reygadas (2005)

 

Si, comme la majeure partie des films de Carlos Reygadas (en particulier son dernier, 'Post Tenebras Lux'), ‘Bataille dans le ciel’ a pu paraître scandaleux à nombre de spectateurs, c’est à la fois pour sa lenteur moite, sa temporalité trouble, errante, mais aussi et surtout pour ce qu’il montre, et qui se joue toujours à mi-chemin entre le superbe et le dégueulasse. S’ouvrant sur une fellation en gros plan, prodiguée par une jolie jeune fille à dreadlocks blondes sur un quinquagénaire obèse et velu, ‘Bataille dans le ciel’ donne vite le ton. Le corps y exulte, mais les chairs y sont molles, flasques, presque coulantes. Bref, pas du tout la vision idéalisée que le cinéma en donne généralement. Hanté par un enlèvement d’enfants ayant mal tournée, Marcos, le héros du film, partage sa vie entre sa femme et sa jeune maîtresse. Culpabilité, rédemption, mysticisme et sexualité se mêlent devant un monde confus, suant, épais et pourrissant. Entre son aspiration au sublime et ce que certains décrivent comme une complaisance auteuriste, ‘Bataille dans le ciel’ reste un film qui divise profondément, comme peu de longs métrages ont pu le faire au cours des dix dernières années. Ce qui n'est pas loin d'être très franchement louable.

 

'M le Maudit'
8/13

'M le Maudit'

 

de Fritz Lang (1931)

 

Premier film parlant de Fritz Lang, sorti en 1931, le célébrissime 'M le Maudit' faillit ne pas exister. Face à la lourdeur grandissante de l'industrie cinématographique de l'époque, le réalisateur de 'Metropolis' se dit en effet las des contraintes imposées, décidé à abandonner le grand spectacle, voire le cinéma. Lorsqu'un producteur lui propose de réaliser un film sonore et dialogué, Lang pose alors ses conditions : une liberté totale en termes de scénario comme de montage, sur lesquels les producteurs devront décliner tout droit de regard. Le résultat, imparable exploration du mal aux airs de film noir, reste son œuvre la plus célèbre avec 'Metropolis'. Dans une grande ville d'Allemagne, un tueur d'enfants sème la terreur. Bientôt, la pègre décide de s'allier à la police afin de retrouver le coupable... Au final, la violente subversion du film de Lang sera de parvenir à nous donner pitié du tueur d’enfants lui-même, face à la corruption généralisée de la société qui l’entoure. Dans l’Allemagne des années 1930, évidemment, le film fit scandale. Mais aujourd’hui encore, il demeure profondément troublant, et figure l'une des fins les plus cruelles de l'histoire du cinéma, avec une superbe performance d'acteur de l'inquiétant et fragile Peter Lorre.

 

'Gummo'
9/13

'Gummo'

 

de Harmony Korine (1997)

 

Avant de réaliser ‘Spring Breakers’, son plus gros succès public, Harmony Korine avait plutôt tendance à sonder les bas-fonds d’une Amérique tarée, bourrée de rednecks désœuvrés, de dingos flippants, d’antihéros white trash. A l’époque de ce premier film, Harmony Korine est surtout connu pour avoir été, à 18 ans, le scénariste du ‘Kids’ de Larry Clark – déjà passablement choquant pour ses dialogues et sa vision crue du sexe adolescent. Pourtant l’esthétique de ‘Gummo’ se rapproche davantage de celles d’un John Waters ou d’une Nan Goldin (‘The Ballad of Sexual Dependency’), mâtinée de home movie à la Jonas Mekas. Autrement dit, ‘Gummo’ est un film crado, aux airs délibérément amateurs. Bordélique et souvent grotesque, avec son armada de freaks plus ou moins débiles, où l’on tire au fusil sur des chats, où l’on se fout sans raison des beignes dans la cuisine... Avec sa tonalité je-m’en-foutiste, passant sans vergogne d’un support à l’autre (vidéo, DV, Super-8…), ‘Gummo’ peut facilement faire penser aux premiers albums de Beck (‘Mellow Gold’, ‘One Foot in the Grave’). Choquant parfois jusqu’à la complaisance, ‘Gummo’ semble se revendiquer raté, insensé, clochardisé, sorti d’une poubelle. Pourtant, il dégage en cela une étrange beauté, liée à son appréhension, très musicale, du temps. Comme un gros trois feuilles plein à craquer d’un shit dégueulasse mais qui tabasse, le film de Korine réussit à suspendre le temps, à saisir l’immédiat chaos du réel, l’évanescence des instants d’ennui, la radicale bizarrerie d’être au monde, dans ce monde. Et il le fait avec trois bouts de ficelle.

 

'Le Triomphe de la volonté'
10/13

'Le Triomphe de la volonté'

 

de Leni Riefenstahl (1935)

 

Subversif, ‘Le Triomphe de la volonté’ l’est indubitablement. Mais sans le vouloir. Monument de propagande nazie, présentant Hitler comme un demi-dieu, le film de Leni Riefenstahl pourrait n'être qu'un film qu’on n’a aucune envie de voir. Pourtant, sa maîtrise du langage cinématographique reste impressionnante – surtout pour l'époque – à la fois en termes de prises de vue (travellings, plans larges, jeux sur les contrechamps pour glorifier le régime) et de montage – qui semble pour sa part lorgner vers Eisenstein. Passé l’aspect documentaire et historique du film, le plus troublant reste ainsi la façon dont ‘Le Triomphe de la volonté’ demeure une démonstration du caractère manipulateur du cinéma et du grand spectacle. Où l’ignoble peut paraître héroïque. Et la caméra se faire une puissante machine propagandiste. Depuis Riefenstahl, on sait donc à quel point il faut se méfier des images.

 

'Funny Games'
11/13

'Funny Games'

 

de Michael Haneke (1997)

 

Cette leçon des films de Leni Riefenstahl, Michael Haneke est certainement l’un de ceux à l’avoir le plus profondément méditée. Agacé et frustré par l’apologie et la consommation de la violence dans les médias et au cinéma (type Tarantino), le cinéaste autrichien décide, avec ‘Funny Games’, de la prendre au sérieux, c’est-à-dire d’envisager la violence de la façon la plus réaliste possible. Physique et psychologique, la torture qui s’abat sur une simple famille bourgeoise, à travers deux jeunes psychopathes venus la séquestrer, s’affirme crue, sèche. A cela, Haneke ajoute des apartés pervers des bourreaux aux spectateurs, comme pour dire : « La violence vous fait rire ? Plus pour longtemps. »

Réflexion sur le mensonge au cinéma et la banalisation de la brutalité, ‘Funny Games’ demeure une œuvre à part dans la filmographie de Haneke, celle qui le révéla en 1997 au grand public européen – puis américain avec son remake dix ans plus tard. « ‘Funny Games’ est le seul film où je voulais vraiment gifler le spectateur, pour qu'il prenne conscience du pouvoir des images, en mettant de l'huile sur le feu », déclara plus tard le cinéaste, lors de la sortie du ‘Ruban Blanc’. Depuis ‘Funny Games’, c’est d’ailleurs plutôt par sa pudeur et son art du hors-champ que Haneke s’est illustré comme l’un des réalisateurs contemporains les plus précis, tranchants. Et souvent justes.

 

'L'Age d'or'
12/13

'L'Age d'or'

 

de Luis Buñuel (1930)

 

Véritable premier film de Luis Buñuel (après ‘Un chien andalou’, l’année précédente, co-signé avec Salvador Dali), ‘L’Age d’or’ lance en 1930 une attaque violente contre tous les dogmes de son époque : sexuels, politiques, familiaux, religieux… C’est parodique, grinçant, abracadabrantesque. En termes de réalisation, la virulence est la même : détournement des clichés narratifs, explosion de la logique romanesque, provocations satiriques ; tout peut arriver. Surtout, l’arme essentielle de Buñuel c’est son humour sauvage, brutal, croisant Max Ernst, un documentaire sur les scorpions (qui ouvre le film), une vache sur un lit, des armes à feu, une relecture du marquis de Sade ou une jeune femme suçant avidement le gros orteil d’une statue.

Historiquement, dès sa première projection publique au Studio 28, le film fait scandale : des ligues d’extrême droite manifestent, déchirent la toile, lacèrent les tableaux des surréalistes exposés devant la salle… Les projections auront beau reprendre sous protection policière, en moins de deux semaines le film est interdit, ses copies saisies et ‘L’Age d’or’ restera un bon demi-siècle au purgatoire, jusqu’en 1981.

Surtout, coincée entre deux guerres mondiales, la violence de ‘L’Age d’or’ n’a en fait rien de gratuit, et semble surtout constituer un moyen d’aborder la permanente démangeaison de la mort, la tentation ricanante du suicide dans un temps où la violence absurde règne. Et c’est l’occasion pour Buñuel de fustiger une déraison collective où l’homme semble se complaire dans sa métamorphose en insecte, et de considérer le pas de côté que constituerait le simple basculement dans la folie furieuse, ou le désir d’une glissade radicale, irrésistible.

Plus prosaïquement, ‘L’Age d’or’ reste une provocation, filleule de Freud et Krafft-Ebing, Nietzsche, Lautréamont, Jarry ou Rimbaud… Mais ce film est aussi, dans sa construction, la matrice des subversions à venir du renversant Buñuel : préfigurant à la fois la parabole détournée de ‘Simon du désert’, les mondanités détraquées de ‘L’Ange exterminateur’ ou du ‘Charme discret de la bourgeoisie’, les dérives hilares, sans queue ni tête, de ‘La Voie lactée’ ou du ‘Fantôme de la liberté’… Bref, il est l’origine de la part la plus déjantée de l’œuvre de Buñuel, face à celle, plus perversement classique (et non moins passionnante), que constituent ‘Belle de jour’ ou ‘Le Journal d’une femme de chambre’.

Faisant feu de tout bois, du parlant comme du muet (musique, intertitres, post-synchronisation, superpositions d’images, bruitages intempestifs), ‘L’Age d’or’ est un morceau d’histoire célèbre, étudié à l’université et pourtant profondément subversif. Et peu vu. Sans doute à sa place, dans le flou qui accompagne en général les œuvres d’art trop ouvertement révolutionnaires.

 

'Salo ou les 120 journées...
13/13

'Salo ou les 120 journées...

 

... de Sodome' de Pier Paolo Pasolini (1975)

 

« Faibles créatures enchaînées, destinées à notre plaisir, j'espère que vous ne vous attendez pas à retrouver la liberté ridicule que vous concède le monde extérieur. » Nous voilà prévenus. Considéré par beaucoup comme insoutenable, ‘Salò ou les 120 journées de Sodome’, dernière œuvre de Pier Paolo Pasolini, assassiné peu avant la sortie du film, se révèle un testament d’une rare violence, mentale autant que physique. Transposant librement le roman éponyme du marquis de Sade dans l’Italie fasciste de la République de Salò, Pasolini cherche en fait déjà, comme le fera plus tard ‘Funny Games’, à dénoncer la violence en la poussant dans ses retranchements : humiliation, torture, viol, coprophagie, énucléation à la petite cuillère…

En somme, ‘Salò’ est tout sauf un film facile, qui a souvent pu être mal interprété – comme complaisant ou fasciné par le fascisme. Pourtant, à travers sa représentation de la violence, du sado-masochisme et du meurtre, c’est la société de consommation contemporaine que cherche à dénoncer Pasolini. Dans son film, « le SM a une fonction très spécifique, déclare-t-il ainsi, qui est de réduire le corps humain à un produit consommable. […] Mais mon besoin de réaliser ce film vient aussi de ma haine particulière des dirigeants d’aujourd’hui. […] Je ne crois pas que nous puissions jamais retrouver une quelconque forme de société où les hommes soient libres. Il ne faut pas l’espérer. Il ne faut même rien espérer du tout. L’espoir est une invention des politiciens pour satisfaire leurs électeurs. »

Ultime cri de révolte où le sublime de l’image répond à l’une des atmosphères les plus nauséeuses jamais créées au cinéma, ‘Salò ou les 120 journées de Sodome’ demeure un sommet de subversion indépassé, un monument transgressif où le mal, omniprésent, se sécrète lui-même à l’infini. Effectivement, ça a de quoi vous couper l’appétit.

 

Commentaires

2 comments
TLWBQ84
TLWBQ84

Vous pourriez rajouter : 


* films dérangeants : 
Les chiens de paille (Sam Peckinpah)
Delivrance (John Boorman) 
Une vraie jeune fille, Anatomie de l'enfer (Catherine Breillat)

Trouble every day (Claire Denis)
Seul contre tous, Irréversible (Gaspar Noé) 
Happiness, Life during war time, Palindromes (Todd Solondz)
L'humanité (Bruno Dumont)
Old Boy (Park Chan-wook)
Prisoners (Denis Villeneuve)
J'ai rencontré le Diable (Kim Jee-woon)


* films trashs : 
The Human Centipede
A serbian film
The Devil's rejects
Taxidermie
Martyrs
Gummo
Pink Flamingos

* films d'animation
Bill Plympton (L'impitoyable lune de miel, Des idiots et des anges...)
Berserk 
Dante's Inferno 



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Domaine d
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Tant qu'à faire des choses transgressives autant les vivre !
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