0 J'aime
Epingler

François Truffaut en 20 scènes

Disparu il y a trente ans, François Truffaut se voit tout naturellement honoré par la Cinémathèque française, à travers une rétrospective de ses films et une exposition jusqu'au 25 janvier 2015. Pour se mettre en jambe, petit retour en 20 extraits.

Les Mistons (1958)
1/20

Les Mistons (1958)

 

Véritable premier court métrage de Truffaut, réalisé alors qu'il n'a que 25 ans, 'Les Mistons' met en scène deux obsessions du cinéaste qu'on retrouvera dans l'intégralité de ses films : l'amour (ou la séduction) et l'enfance. Déjà influencé par Renoir (notamment par 'La Règle du jeu') et Rossellini, Truffaut y suit une bande de jeunes garçons de Nîmes, qui, jalousement, pourrissent le quoditien d'un couple formé par Gérard Blain et Bernadette Lafont - dont c'est ici la première apparition à l'écran.

 

Les Quatre Cents Coups (1959)
2/20

Les Quatre Cents Coups (1959)

 

Sans doute l'un des premiers longs métrages les plus célèbres de l'histoire du cinéma, 'Les Quatre Cent Coups' apparaît en 1959 comme le manifeste esthétique et le fer de lance de la Nouvelle Vague naissante ('A bout de souffle' sortira l'année suivante) et comme le premier épisode de la saga centrée sur l'alter ego de Truffaut, Antoine Doisnel - interprété par un impressionnant Jean-Pierre Léaud d'à peine 15 ans. Largement autobiographique et tourné en décors naturels, 'Les Quatre Cents Coups' recevra le prix de la Mise en scène au festival de Cannes. Et il reste, plus de 50 ans après sa sortie, un film aussi charmant qu'incontournable.

 

Tirez sur le pianiste (1960)
3/20

Tirez sur le pianiste (1960)

 

Alors qu'il commence à connaître le succès comme chanteur avec "Je m'voyais déjà" en 1960, Charles Aznavour, alors âgé de 36 ans, interprète le rôle principal de ce drôle de polar digressif, adapté du roman 'Down There' de David Goodis. Jouant au second degré avec le cinéma de genre, Truffaut en profite pour inviter le truculent Bobby Lapointe, donnant lieu à l'interprétation d'une chanson délicieusement humoristique, à découvrir ci-dessous...

 

Jules et Jim (1962)
4/20

Jules et Jim (1962)

 

C'est un tendre triangle amoureux, inspiré du roman éponyme d'Henri-Pierre Roché, qui se trouve au centre du premier grand film d'amour de Truffaut : celui constitué par Jules (Oskar Werner), Jim (Henri Serre) et Catherine (Jeanne Moreau). Déjà, Truffaut développe un ton inédit et très personnel pour parler d'amour. Nulle trace ici de morale, de jalousie maladive ou de crise d'hystérie. Au contraire, on assiste à un mélange délicat d'amour et d'amitié, de tendresse, de légèreté et de jeu. En prime, toujours sensible à la musique, le réalisateur s'adjoint les services du compositeur, peintre et écrivain Serge Rezvani, pour une inoubliable chanson pleine de mélancolie douce et d'amour de la vie. A l'image de ce film.

 

La Peau douce (1964)
5/20

La Peau douce (1964)

 

Film assez méconnu de François Truffaut, 'La Peau douce', histoire d'adultère qui vire au désir de meurtre, fut tourné en à peine trois mois, selon le désir du cinéaste de réaliser un film « indécent, complètement impudique, assez triste, mais très simple » - ainsi que le rappelle l'excellente biographie du cinéaste par Antoine de Baecque et Serge Toubiana. A noter pour l'anecdote que Truffaut retrouve ici Jean-Pierre Léaud, son double des 'Quatre Cents Coups', non plus devant la caméra, mais derrière, en tant qu'assistant-réalisateur.

 

Baisers volés (1968)
6/20

Baisers volés (1968)

 

Après le moyen métrage 'Antoine et Colette' en 1962, Truffaut renoue ici avec son personnage-fétiche, Antoine Doisnel (toujours interprété par Léaud), près de 10 ans après les 'Quatre Cents Coups'. Désormais jeune homme, Antoine y apparaît en amoureux hésitant entre une jeune fille de son âge, Christine (Claude Jade), et une femme plus âgée, Fabienne Tabard (Delphine Seyrig), l'épouse de son patron. Plein de fantaisie, 'Baisers volés' confirme le personnage d'Antoine comme alter ego de Truffaut, mêlé à des références littéraires - en l'occurrence, celles du 'Lys dans la vallée' d'Honoré de Balzac. Mais ce film est aussi l'occasion pour Jean-Pierre Léaud de montrer l'étendue de son talent oratoire, comme lors de cette inoubliable scène où Antoine psalmodie devant un miroir les noms des deux femmes qu'il aime.

 

Baisers volés (1968)
7/20

Baisers volés (1968)

 

Si 'Baisers volés' reste l'un des films les plus touchants de Truffaut, c'est également grâce à ses seconds rôles - auxquels le cinéaste porta d'ailleurs souvent une attention particulière. Ici, le génial Michael Lonsdale dans la peau de M. Tabard, époux de la femme qu'Antoine considère amoureusement comme « une apparition », se livre ainsi à un monologue où l'arrogance de classe le dispute à une naïveté presque touchante. Une écriture remarquable pour une interprétation toute en nuances et ironie.

 

La mariée était en noir (1968)
8/20

La mariée était en noir (1968)

 

Retrouvant Jeanne Moreau six ans après 'Jules et Jim', Truffaut montre qu'il est un réalisateur fidèle à ses acteurs. Avec 'La mariée était en noir', le cinéaste retrouve le genre du polar qu'il affectionne particulièrement - et dans lequel il se trouve d'ailleurs plongé en 1968, en pleine écriture de son livre d'entretiens avec Alfred Hitchcock. Histoire de vengeance comme plat qui se mange froid, le film est l'occasion pour le réalisateur de dresser une galerie de portraits d'hommes à abattre, mêlant Charles Denner, Claude Rich, Michael Lonsdale (à nouveau) ou Michel Bouquet. Quelques très grands numéros d'acteurs et un film qui n'est finalement pas si loin d'un 'Kill Bill' à la française - trente-cinq ans plus tôt.

 

L'Enfant sauvage (1969)
9/20

L'Enfant sauvage (1969)

 

Pour ce long métrage, Truffaut renoue avec le thème de l'enfance, s'inspirant d'une histoire vraie, celle d'un gamin sauvage retrouvé dans le Tarn à la fin du XVIIIe siècle, d'après les écrits du docteur qui le recueillit, Jean Itard (interprété par Truffaut lui-même). Film en costume, mais assez minimaliste (tourné avec une petite équipe dans la propriété d'un ami du cinéaste dans le Puy-de-Dôme), 'L'Enfant sauvage' reste aussi l'un des premiers grands rôles de Truffaut devant sa propre caméra.

 

Domicile conjugal (1970)
10/20

Domicile conjugal (1970)

 

Deux ans après 'Baisers volés', Antoine Doisnel s'est finalement marié avec Christine, dont il aura bientôt un enfant, Alphonse. Toujours léger et volage, Antoine prend ici toute son ampleur en personnage lunaire, bavard et terriblement touchant. Il faut dire que depuis 'Les Quatre Cents Coups', son interprète, Jean-Pierre Léaud, est devenu l'un des acteurs-fétiches de Godard (avec lequel il tourne huit films au cours des années 1960), et aura croisé la caméra des jeunes Jean Eustache, Philippe Garrel et du sulfureux Pasolini. Face à lui, Claude Jade, dans le rôle de Christine, paraît elle aussi impeccable.

 

Les Deux Anglaises... (... et le Continent (1971))
11/20
... et le Continent (1971)

Les Deux Anglaises...

 

... et le Continent (1971)

 

A nouveau Jean-Pierre Léaud. A nouveau une adaptation par Jean Gruault, scénariste attitré de Truffaut, d'un roman de l'auteur de 'Jules et Jim', Henri-Pierre Roché. A nouveau un triangle amoureux et une musique de Georges Delerue, l'incontournable compositeur de la Nouvelle Vague... 'Les Deux Anglaises et le Continent' avance en territoire connu, mais avec une densité de sentiments sans doute encore inédite chez Truffaut, grâce à un usage de la voix-off extrêmement riche et stimulant (comme dans l'extrait ci-dessous). A mi-chemin entre cinéma et littérature, 'Les Deux Anglaises...' est aussi le film avec lequel Truffaut considère que son acteur-phare a désormais dépassé le personnage d'Antoine Doisnel, livrant une performance qui ose s'aventurer, parfois, jusqu'au mutisme. D'ailleurs, la même année, ce beau parleur de Léaud creusera la même tendance en jouant un jeune sourd-muet dans l'impressionnant film-fleuve (12h30) de Jacques Rivette, 'Out 1 : Noli me tangere'.

 

La Nuit américaine (1973)
12/20

La Nuit américaine (1973)

 

Présent une nouvelle fois devant et derrière la caméra, François Truffaut livre avec 'La Nuit américaine' son film le plus « méta ». Mise en abyme où il interprète un réalisateur sur un tournage, Truffaut y développe un plaidoyer pour le cinéma comme catharsis et remède aux turpitudes de la vie. En témoigne cette scène où son éternel Jean-Pierre Léaud se prend une véritable leçon nocturne, après avoir demandé à la cantonade : « Personne veut me passer 10 000 balles pour aller au bordel ? »

 

L'Histoire d'Adèle H (1975)
13/20

L'Histoire d'Adèle H (1975)

 

En 1975, Truffaut offre à la jeune Isabelle Adjani, 20 ans, l'un de ses premiers et de ses plus grands rôles : celui de la deuxième fille de Victor Hugo, Adèle, devenue folle après avoir été rejetée par un officier anglais qui ne partageait pas vraiment sa passion amoureuse... Film assez court (80 minutes) et en costumes (comme l'étaient 'L'Enfant sauvage' ou 'Les Deux Anglaises et le Continent'), 'L'Histoire d'Adèle H' peut apparaître comme un film assez mineur du réalisateur, deux ans après 'La Nuit américaine'. Il mérite pourtant d'être vu, ne serait-ce que pour l'intensité du jeu de son interprète principale.

 

L'Argent de poche (1976)
14/20

L'Argent de poche (1976)

 

Comme une suite thématique aux 'Quatre Cents Coups' et à 'L'Enfant sauvage', 'L'Argent de poche' sera le dernier film de Truffaut à traiter du thème de la jeunesse. On y suit un groupe d'enfants, à l'école et en colonie de vacances. Entre la légèreté digressive, pleine de détails du quotidien chère à Truffaut, et la violence des parents maltraitants d'un des jeunes protagonistes du film, ce long métrage est l'occasion pour le réalisateur d'un discours frontal sur les droits de l'enfant - en écho probable à sa propre enfance chaotique.

 

L'homme qui aimait... (... les femmes (1977))
15/20
... les femmes (1977)

L'homme qui aimait...

 

... les femmes (1977)

  

Avec ce film très autobiographique, Truffaut livre un chant d'amour à la féminité, voire à toutes les féminités : « les jambes de femmes sont des compas qui arpentent le globe terrestre en tous sens, lui donnant son équilibre et son harmonie... » Chaque femme constitue une aventure singulière et irremplaçable : voilà l'idée que développe le personnage interprété par Charles Denner, écrivain dont la passion pour les femmes sera à l'origine de la création littéraire... et de la mort ! Rassurez-vous, ce n'est pas un spoiler : le film commence par l'enterrement de son héros - ni macho ni érotomane, mais amoureux délicat, sensible à la diversité des sentiments, de l'amour platonique à un désir purement charnel.

 

La Chambre verte (1978)
16/20

La Chambre verte (1978)

 

Pour la dernière fois de sa carrière, François Truffaut apparaît devant sa caméra dans ce film méconnu de 1978, inspiré de plusieurs nouvelles de Henry James, où il incarne l'ami hanté d'un homme récemment devenu veuf. Loin de la frivolité douce (quoique vertigineuse) de son précédent film, Truffaut aborde ici les thèmes de la mort, de l'amour et du souvenir avec une sensibilité qui peut prendre aux tripes, tout en retrouvant, à travers le personnage d'un enfant handicapé auquel le sien apprend à parler, le thème principal de 'L'Enfant sauvage'.

 

L'Amour en fuite (1979)
17/20

L'Amour en fuite (1979)

 

Epilogue des aventures amoureuses d'Antoine Doisnel, 'L'Amour en fuite' est sans doute, de l'avis même de Truffaut, l'épisode le moins réussi autour du personnage incarné par Jean-Pierre Léaud, dont c'est ici la dernière collaboration avec le cinéaste. En 1979, les temps ont changé : l'héroïsme libertaire de Mai 68 est déjà loin et l'insouciance du personnage de Doisnel ne fonctionne plus vraiment. A 35 ans, le jeune acteur prodige lancé par 'Les Quatre Cents Coups', ultra-prolifique dans les sixties, semble se préparer à une traversée du désert dont il ne sortira que pour jouer chez ses frères - ou sœurs - d'armes (Varda, Garrel), avant de renaître à partir du milieu des années 1990 chez Assayas, Belvaux ou Kaurismäki. D'où une mélancolie triste, presque râpeuse, qui émane a posteriori de cet 'Amour en fuite' (malgré la présence inattendue de la future présentatrice pour enfants, Dorothée).

 

Le Dernier Métro (1980)
18/20

Le Dernier Métro (1980)

 

Avec près de quatre millions d'entrées en France, 'Le Dernier Métro' aura été l'un des films les plus populaires de François Truffaut, récompensé de presque tous les Césars (meilleurs film, réalisateur, scénario, acteur, actrice, montage, musique, décor...), écrasant exagérément tous les autres films sortis cette année. Un exploit pour cette fresque adaptée d'une pièce de Jean Renoir, 'Carola' (ce que l'on mentionne peu, mais qui conserve son importance), et où se mêlent les thèmes du théâtre et de l'Occupation, tandis que Depardieu et Deneuve se tournent autour avec incertitude - comme dans l'extrait qui suit.

 

La Femme d'à côté (1981)
19/20

La Femme d'à côté (1981)

 

Après son 'Dernier Métro' aux airs de blockbuster historique, Truffaut revient au quotidien et aux histoires d'amour avec 'La Femme d'à côté', où il met en scène Fanny Ardant, sa compagne de l'époque, aux côtés de Gérard Depardieu - qu'il retrouve ainsi pour la deuxième fois consécutive. Bernard (Depardieu) est marié. Mathilde (Ardant) également. Leurs couples respectifs se fréquentent, s'apprécient. Mais Mathilde et Bernard ont eu une aventure, dans le passé, que leurs conjoints ignorent. Chassé-croisé romantique et sensuel, 'La Femme d'à côté' restera l'ultime romance truffaldienne, servi par des dialogues et un art de la parole toujours aussi vifs.

 

Vivement dimanche ! (1983)
20/20

Vivement dimanche ! (1983)

 

Dernier film de Truffaut (qui mourra d'une tumeur cérébrale à 52 ans en octobre 1984), 'Vivement dimanche !' est un polar humoristique au second degré, tourné en moins de deux mois, fin 1982. Fanny Ardant y interprète la secrétaire de Jean-Louis Trintignant, secrètement amoureuse de lui et menant l'enquête, tandis qu'il se voit accusé d'un double meurtre. Renouant finalement avec la veine (et le noir et blanc) de 'Tirez sur la pianiste', 'Vivement dimanche !' n'a rien d'un requiem à la Mozart. Au contraire, c'est un film espiègle, où brillent l'humour, le charme pétillant et la voix rocailleuse de l'ardente Fanny.

 

Commentaires

0 comments