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Critique
Jamais maison n’aura aussi bien mérité son patronyme. De « famille », la Villa Albertine l’est jusqu’à l’os. Il y a Adrien, 35 ans, diplômé en STAPS, héritier d’une parcelle acquise en 1933 par son arrière-grand-mère. Et puis Marie, 33 ans, infirmière en réanimation, souffle premier de la métamorphose. C’est elle qui impulse le mouvement, qui regarde l’ancien atelier de forgeron (celui de l’arrière-grand-père Albert), la grange fatiguée et le terrain en friche, et qui y devine l’avenir. La Villa Albertine naît là, à la lisière de la forêt de Fontainebleau, dans le village de la peinture pré-impressionniste Barbizon. Le chantier démarre l’année de la naissance de leur fille, Billie. Hasard heureux, peut-être. Alignement cosmique, sûrement. Plans griffonnés, matières choisies une à une, débats infinis autour de détails. Et finalement, une demeure levée comme on élève un enfant, avec patience et obstination.
Concrètement : derrière un portail terracotta en fer forgé (forcément), une maison-galerie. Beaucoup de matières : chaux, béton, grès de Fontainebleau, bois. Une ligne design, épurée, héritée du Bauhaus. Mais réchauffée par du mobilier chiné à Milly-la-Forêt, à la Recyclerie du Gâtinais, ou sur des brocantes en ligne. Tout pour l’écologie : isolation au chanvre, peintures aux algues, linge en coton bio, récupération d’eau de pluie, produits d’entretien naturels. Pour ouvrir, une grande pièce cathédrale, six mètres sous plafond. Silence d’une demi-seconde imposé. Un salon perché sur une estrade, organisé autour de Togo retapissés et d’une cheminée sur-mesure. À côté, une salle à manger dominée par une grande table de ferme, solide, rassembleuse. Et une cuisine dernier cri comme dans nos projections. Au fond du rez-de-chaussée, une première chambre double, sa salle de bain, un bureau.
Puis l’escalier en colimaçon, blanc immaculé, qui entraîne vers l’étage. Trois autres chambres. La première, familiale, lit superposé, jusqu’à cinq couchages avec jouets à volonté (à dispo aussi, une poussette, une chaise haute, un transat…). Les deux suivantes, des doubles classiques. Et encore une salle de bain avec une baignoire chinée sur Le Boncoin, parce que le bon goût sait aussi fouiller. Le bonus : un jardin de 350 m². Piscine au sel, kitchenette extérieure avec barbecue encore à fignoler.
Le couple coche aussi toutes les cases côté hospitalité. Des hôtes au sens plein, qui guident et ouvrent des portes. Un brunch bio et de saison signé Léa Schlegel (BIG Traiteur). Une initiation au breathwork avec Tatiana Pondi. Du chant en forêt avec Sasha Bogdanoff (Les Voix de la Forêt). Et pour les invités en famille, des ateliers nature parents-enfants orchestrés par Poppy Family (argile sur les arbres, cabanes à construire…). Rien d’imposé, tout proposé, comme ce déjeuner sans prétention mais très juste à L'épicerie végétale de poche de Pauline, dans la même rue.
Alors au-delà de sa beauté évidente (photogénique, éditoriale), la Villa Albertine touche ailleurs. Dans son histoire, l’élan qui l’a fait naître et, surtout, dans la personnalité de ceux qui l’ont pensée. C’est cela, bien plus que les lignes parfaites et les volumes spectaculaires, qui reste. Et qui donne envie d’y revenir.
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