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Le festival Ourcq Living Colors fête ses 10 ans : interview avec son créateur, dAcRuZ

Dacruz
© C.Gaillard dAcRuZ au Café Mama Kin, son QG de l'Ourcq où l'artiste a réalisé une fresque dans la salle du fond.

2006-2016. Voilà une décennie que l’Ourcq Living Colors, festival de street-art réunissant des graffeurs du monde entier, enlumine de ses fresques gigantesques les environs du canal de l’Ourcq. Et, alors que sa dixième édition se tiendra les samedi 4 et dimanche 5 juin prochains, dAcRuZ n’en revient toujours pas. Cet artiste urbain de renom, aussi humble que talentueux, est en effet à l’origine de ce projet fou qu’il n’imaginait pas perdurer aussi longtemps. Mais l’Ourcq Living Colors, que l’homme aux « racines goudronnées à la rue » (selon son expression) a souhaité implanter dans le quartier multiculturel du 19e où il est né et a vécu plus de vingt ans, a fini par devenir un rendez-vous immanquable dans l’univers du street-art. Propulsant ainsi dAcRuZ au rang de rock star dans son arrondissement natal, où tous les gamins – même ceux qui n’étaient pas nés en 2006 ! – connaissent son blaze. Des mini-admirateurs à qui ce jeune papa ne refuse d’ailleurs jamais un autographe…

A l’occasion de l’événement anniversaire de l’Ourcq Living Colors 2016, dAcRuZ nous a donné rendez-vous au Café Mama Kin, un bar de l’Ourcq où il a ses petites habitudes – à savoir une tomate bien chargée –, pour dresser le bilan de ces dix années écoulées. Mais aussi aborder l’avenir de ce festival haut en couleurs – définition à prendre au pied de la lettre.

 

Pourquoi et comment avoir eu l’idée de lancer l’Ourcq Living Colors il y a dix ans ?

Je suis né à Ourcq, j’y ai vécu plus de vingt ans et j’ai anticipé les changements radicaux de son tissu social, l’urgence d’y mettre de la couleur et de tisser un lien de partage entre les artistes et les habitants. Et puis l’Ourcq semblait un lieu tout indiqué pour y ancrer ce projet parce que le graff est né pas loin d’ici, entre Stalingrad et La Chapelle. Toute mon enfance, j’ai baigné dans cette culture urbaine et les racines multiculturelles de ce quartier : je voulais donc leur rendre hommage.
Enfin, ici, y a une surface à peindre incroyable, notamment un mur de 200 mètres de long, ce qui est assez exceptionnel dans Paris intra-muros ! 

 

 

 

dAcRuZ nous offre une balade graphique à travers l'Ourcq. Ici, une fresque réalisée sur plusieurs années par les nombreux artistes conviés.
© C.Gaillard

 

 

D’ailleurs, est-ce qu’il reste encore des endroits vierges où laisser libre cours à votre art dans le quartier ?

Bien sûr ! Les artistes conviés à l’Ourcq Living Colors interviennent généralement sur les murs en voie de disparition, ce qui fait qu’il y a plein de nouveaux espaces qui se construisent ensuite, et donc plein de nouvelles pages blanches à remplir. Toutefois, comme ces murs ne disparaissent pas toujours en même temps, on a parfois la bonne surprise de voir nos œuvres durer sur certains spots…

Ton « bébé » a 10 ans : ça te fait quoi ? Quel bilan tires-tu ?

Je suis content et ému, penses-tu ! Et je tire de cette aventure un bilan très positif, au-delà de mes espérances. Il faut dire que, durant les premières années de l’Ourcq Living Colors, le public était un peu frileux. En plus, on a démarré en mode « freestyle », un peu à l’arrache, alors on ne s’imaginait vraiment pas que ça durerait dix ans : rester plus de six mois était déjà un exploit. Mais aujourd’hui, le bénéfice de tous ces efforts est d’avoir marqué les esprits et accompagné des générations de gamins. Et cette fierté, personne ne nous l’enlèvera.

Que nous as-tu préparé pour cette dixième édition ?

Ces dix ans, c’est l’occasion d’inviter les anciens participants mais également de convier de nouvelles têtes. Au-delà de la line up artistique qui vaut déjà son pesant de cacahuètes (Mosko, Shaka, Katre, Marko93 [avec qui dAcRuZ a mené une exposition commune, ‘Animalement Vôtre’, ndlr]…), une expo photo retracera aussi ces dix années de fresques à Ourcq. Elle sera accrochée selon un parcours suivant les réalisations faites in situ à travers l’Ourcq, au fil des années, afin que les visiteurs se rendent compte du temps qui est passé grâce à un ludique avant/après. Ce sera également un bon prétexte pour mettre en lumière le quartier : l’Ourcq Living Colors ne veut pas s’inscrire dans la lignée des événements « one shot », où les artistes graffent et puis s’en vont. Nous on préfère assurer un « service après-vente », disons. Cette dixième édition a donc pour but d’aborder plus en profondeur l’histoire d’un spot régulier où nous avons fini par créer des liens avec les habitants, par fédérer autour de nos œuvres. D’ailleurs, pour encore plus de convivialité, on a prévu d’installer un village avec buvette où seront exposées des réalisations artistiques, fruits des animations entre les artistes impliqués dans le festival et les écoles du coin.

© C.Gaillard

 

Quels projets futurs pour l’aventure Ourcq Living Colors ?

Il y a tellement de choses à imaginer ! On aimerait bien mettre en place un Ourcq Living Colors off, à l’année. Même si cela demande du temps et des moyens, on garde cette idée bien au chaud dans un coin de la tête. Faire pleinement participer les gens aux créations est aussi dans les cartons. Bref, pourquoi pas repartir sur dix ans ! Mais avec un nouveau format, parce que je sens qu’on arrive sur les dernières années de celui-là…

Toi qui as beaucoup voyagé, tu n’as pas envie d’exporter ton projet ?

Ce genre d’initiative existe déjà à l’étranger, ça ne porte juste pas le même nom. L’envie de propager la couleur est à la base du street-art et l’Ourcq Living Colors est né de cette envie d’ouvrir les gens aux cultures – parce qu’il n’y en a pas qu’une. Tous les artistes partagent cette aspiration pour la simple et bonne raison qu’investir l’espace public c’est donner, ça a une notion de partage. D’où la dimension transgénérationnelle de l’Ourcq Living Colors et des festivals du même type. Ainsi que la pédagogie des artistes, pour qui rencontrer les gens est primordial, afin de rendre l’art populaire accessible. 

En parlant de tes voyages, quels pays t’ont le plus marqué et inspiré, autant artistiquement qu’humainement ?

Tous les pays que j’ai visités m’ont marqué à leur manière. Sans qu’il se fasse à des milliers de kilomètres le voyage te marque, ou plutôt le mouvement fait que tu retires des choses de ce déplacement. Car la distance et le fait de changer de continent remettent tellement en question notre vision de la vie… Et puis, vivre à Ourcq, c’était déjà un voyage. J’avais des petits camarades maliens, d’origine asiatique ou tunisienne. Côtoyer toutes ces cultures m’a ensuite donné envie de les découvrir sur leurs terres natales, de m’en imprégner à la source. Des escapades à l’autre bout du monde qui m’ont conforté dans mon impression que, durant ma jeunesse à Ourcq, j’avais fait un merveilleux voyage immobile.  

 

Une boîte aux lettres graffée par dAcRuZ, placée juste en face de l'immeuble où l'artiste a passé son enfance.
© C.Gaillard

 

 

Mais il est vrai que l’Amérique latine, l’Afrique ou encore l’Asie ont profondément influencé mes travaux. Très vite, j’ai eu envie de remixer ces cultures primitives avec cet art contemporain qu’est le graffiti et de les mélanger dans le shaker qu’est ma bombe de peinture. D’autant qu’il y a un gros point commun entre toutes ces cultures, comme une évidence. Des ressemblances qui m’ont sauté aux yeux lorsque, il y a quinze ans, j’ai eu la chance de peindre un centre culturel à Nazca au Pérou. Mon univers n’était pas encore aussi abouti qu’aujourd’hui, j’étais encore en gestation mais j’avais déjà cet amour des masques, mi-humains mi-divinités (j’adore ce rapport), et j’ai donc décidé de reproduire un masque de Côte d’Ivoire que je trouvais visuellement intéressant. Or, quand je le peignais, des natifs péruviens m’ont interpellé en étant persuadés que ce masque venait de chez eux. Ce sont ces passerelles culturelles que je m’efforce à présent de mettre en avant.

Ton style poétique et atypique t’a d’ailleurs valu de faire partie des onze graffeurs sélectionnés par la ville de Paris pour réaliser un mur dans le 7e arrondissement de la capitale. Quelle fut ta réaction en l’apprenant ?

Je n’ai pas tout de suite réalisé, d’autant que le processus de sélection puis d’attribution s’est fait assez vite, mais je suis ravi de faire partie de ce projet. D’avoir cette reconnaissance institutionnelle de la ville c’est un signe assez fort. Maintenant je commence à me rendre compte, surtout que les choses sérieuses vont commencer – si tous les problèmes logistiques sont réglés ce sera bientôt à Noe Two d'inaugurer le bal...

A part ce projet, tu as d’autres entreprises en cours ?

J’ai récemment décoré un restaurant dans l’aéroport d’Orly, le C.U.P. Et j’ai dessiné une anamorphose sur une école maternelle des années soixante, dans le 13e, qui va bientôt fermer ses portes.

A l’avenir, j’aimerais aussi remettre le couvert avec mon pote Marko93 pour une nouvelle exposition. Ou avec quelqu’un d’autre mais pas avec n’importe qui ni n’importe comment : après tout, créer c’est se mettre à nu ! Un peu comme dans une relation amoureuse… C’est pour ça que ma copine commence d’ailleurs à se poser quelques questions à propos de Marko et moi ! (rires)

 

Autographe exclusif de dAcRuZ à Time Out Paris
© C.Gaillard

 

 

 

 

 

Quoi ? • Les 10 ans du festival Ourcq Living Colors
Où ? • Au métro Ourcq et ses abords.
Quand ? • Samedi 4 et dimanche 5 juin 2016 (événement GRATUIT et ouvert à TOUS).

 

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