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Loud & Proud : rencontre avec Benoît Rousseau et Anne Pauly

Loud & Proud

C'est LE festival de musique de début juillet, celui qu'il ne faudra sous aucun prétexte manquer. La Gaîté lyrique organise pour la première édition de Loud & Proud quatre jours de festival queer. Concerts, projections, conférences et ateliers pour se frotter à la marge et se départir des idées reçues. Rencontre avec deux des quatre programmateurs du festival, Benoît Rousseau (conseiller artistique à la Gaîté lyrique) et Anne Pauly (journaliste). L'été sera queer ! 

 

Est-ce que tout ce qui s’est passé autour du mariage pour tous a influencé votre envie de faire ce festival ?

Benoît Rousseau : Oui, évidemment. Pendant un an et demi, l’espace médiatique a été occupé 24h sur 24 par les anti. On a vu très peu d’engagement des artistes ou des gens en général pour le mariage. Maintenant que c’est passé, on a envie de s’amuser, de prouver que l’on existe toujours et que ce n’est pas parce qu’on a le droit de se marier que l’on doit fermer sa bouche !

Anne Pauly : Les gens ne se rappellent pas forcément, mais on s’est fait traiter de pédophiles, de zoophiles, de malades mentaux, d’anormaux… Ca a été très violent. Ce festival, c’est notre réponse à ça, mais une réponse un peu flamboyante. C’est dire aux gens de sortir de chez eux, que les cultures queer ne sont pas aussi caricaturales qu’ils le croient. Et c’était important de répondre de manière culturelle, de s’assurer que l’on ne retourne pas au placard.

C’était important pour vous que ce festival ait lieu à la Gaîté Lyrique, au cœur de Paris ?

Benoît Rousseau : Le faire à la Gaîté lyrique, c’est mettre un pied dans l’institution. Les queers ont longtemps été cantonnés aux caves des bars et aux arrière-salles des cafés. Là, on a la chance de pouvoir montrer ce que l’on veut. Jérôme Delormas, directeur de la Gaîté, nous a fait une confiance absolue sur le programme et sur le discours que l’on pouvait porter.

Anne Pauly : Il s’est même engagé à être porteur de valeurs d’égalité, d’émancipation, de progression...

Benoît Rousseau : Et puis la Gaîté, c’est un peu le lieu des pop cultures. Dans mon travail, j’ai toujours fait attention à élaborer une programmation à peu près paritaire, et dans laquelle les minorités soient, elles-aussi, représentées. Le festival, s’est donc aussi monté par rapport à ça. Je bosse dans la musique depuis quinze ans et je ne me suis jamais vraiment senti chez moi. Les festivals sont majoritairement dominés par des hommes blancs hétérosexuels, que ce soit chez les artistes comme chez les gens qui les programment et les dirigent. Ces choses-là doivent évoluer. Il y a beaucoup de musiciennes, pourtant très peu sont programmées dans les festivals d’été. Ces milieux supposés être animés par des gens plus progressifs, de gauche, ne font pas plus attention aux minorités que les autres… Ce n’est que le reflet de la société patriarcale. 

Anne Pauly : C’est un impensé total…

Benoît Rousseau : Oui, c’est ça, c’est un impensé. On ne réalise pas qu’aujourd’hui en 2015, c’est important que les minorités soient représentées dans les musiques actuelles, qu’il y ait autant de femmes que d’hommes sur scène dans les festivals. « Mais les femmes, on ne les trouve pas ! »… Bah, vous n’allez pas chercher bien loin…

Anne Pauly : Les femmes, ces créatures farouches qui disparaissent dans les buissons… 

 

Perfume Genius

 

 

 

 

Quels sont, selon vous, les temps forts du festival ?

Benoît Rousseau : Parmi les artistes à voir absolument pour moi, il y a Big Freedia, la reine du bounce de la Nouvelle Orléans. Ca va être un grand moment ! Et Christeene, une artiste drag terroriste d’Austin qui dézingue un peu la figure du drag avec sa performance-show-musical. On a aussi des artistes plus sensibles comme Perfume Genius, classé parmi les meilleurs albums de l’an dernier mais invité nulle part cet été en France. Est-ce que ça gêne les programmateurs de proposer un mec aussi efféminé sur scène ?

Anne Pauly : Christeene ! C’est une drag qui dynamite les codes du drag show traditionnel où tout le monde chante du Gloria Gaynor. Elle est tellement dégueulasse avec sa perruque sale et ses bas filés. Ca choque le bourgeois, c’est normal, c’est fait pour ça, mais c’est fait aussi pour secouer la communauté qui finit elle aussi par exclure. En musique, il y a aussi Anna Meredith, elle n’est pas très connue ici. C’est une anglaise assez discrète mais surpuissante. Elle a fait des études de musique classique, s’est tournée ensuite vers la composition d’orchestre. Elle a aussi dirigé un orchestre de musique symphonique et s’est mise en 2012 à l’électronique. Le résultat est complètement fou. Ils sont sept sur scène avec des machines. C’est un vrai show !

 

Il y a bien sûr les concerts, mais aussi des ateliers, des conférences, des projections…

Anne Pauly : Oui, l’idée c’était de mettre en contexte. Pour des artistes comme Big Freedia ou Christeene, l’identité sexuelle ou de genre a un impact dans la création. Mais soit cette démarche-là est complètement occultée soit elle est totalement folklorisée.

Benoît Rousseau : Big Freedia, par exemple, joue aux Eurocks le même week-end que chez nous, et sur sa bio, il est écrit nulle part le mot homosexualité, ou queen ou ce qu’elle représente vraiment pour sa communauté.

Anne Pauly : Avec le festival, on voulait asseoir un peu théoriquement, ou en tout cas avec quelques notions de base, ces musiques que l’on produit. En projection, il y a un film sur Christine Delphy, figure du féminisme et fondatrice du MLF, un documentaire en deux parties de Maxime Donzel sur l’homosexualité et la pop culture, une sélection de courts-métrages expérimentaux du collectif Jeune Cinéma autour de l’identité queer et enfin un film sur le black Harlem gay.  Un documentaire sur comment les mouvements noirs homosexuels se sont battus depuis les années 1920 et jusqu’à maintenant. Et la clôture, ce sera ‘Dyke Hard’, un espèce de B-movie lesbien où il y a des riot girls, du karaté, des femmes en prison, des ninjas et des motos !  

Benoît Rousseau : Un peu de légèreté pour clôturer !  

Dyke hard

 

Quand ? Du 2 au 5 juillet, à la Gaité Lyrique.

Combien ? Ateliers gratuits sur inscription ou à 5 €, concerts et soirées entre 14 et 25 €.

 

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