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Portrait de Jacques Sirgent, premier vampirologue au monde

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Des frissons et la chair de poule. Voici ce qui vous attend au musée des Vampires, l'unique au monde, d'abord parce que vous y verrez des objets inquiétants comme cet authentique kit de protection contre les vampires datant du XIXe siècle, et surtout parce qu'il y fait plutôt froid, brrr. Mais si vous osez vous aventurer dans cette ruelle sombre des Lilas à la porte de Paris, ce n'est pas seulement pour le musée que vous serez heureux d'être venu. C'est pour son créateur, Jacques Sirgent. Spécialiste de la littérature gothique anglo-saxonne, « vampirologue » autoproclamé, prof d'anglais, passionné de légendes, de magie, d'histoire, de vieux bouquins, de fantastique et d'anticléricalisme, tout de noir vêtu, le verbe haut et le regard perçant, Jacques Sirgent sait passionner son auditoire. Et c'est bien d'auditoire qu'il s'agit, car pendant une heure et demie, nous avons assisté à une petite conférence improvisée sur tous les thèmes possibles et imaginables, preuve que le vampire n'est qu'un prétexte pour parler d'autre chose.

Même le roman 'Dracula' de Bram Stoker, que Sirgent a traduit pour Flammarion, parlait moins des vampires que de l'Angleterre de l'époque, de ses colonies et de sa société. « L'idée du vampire dont on n'aperçoit pas le reflet dans un miroir, ça n'existait pas avant Bram Stoker, explique le vampirologue. Pourquoi c'est génial comme idée ? Parce que si vous regardez votre reflet dans un miroir en compagnie d'un vampire, qu'est-ce qu'il reste ? Juste vous. Le roman reflète l'Angleterre, tout comme le monstre reflète la part monstrueuse en chaque homme. » Ce qui intéresse Jacques Sirgent, c'est donc le monstre, la légende, la métaphore. Pour lui, le vampire est sans doute l'une des légendes les plus anciennes, qu'il date à 450 000 ans avant Jésus-Christ d'après la lecture de Mircea Eliade, qui raconte qu'en Chine, on aurait découvert des squelettes d'hommes de Néanderthal recouverts de peinture rouge. Avec un sourire, notre interlocuteur poursuit : « Mircea Eliade avance comme hypothèse qu'il s'agissait de donner aux morts le sang dont ils avaient besoin pour qu'ils ne viennent pas le prendre aux vivants. Ca, j'aime bien comme interprétation. »

« Beaucoup d'universitaires me prennent pour un original, mais il n'y en a pas beaucoup qui m'accompagneraient la nuit au Père Lachaise ! »

Les innombrables objets et bibelots qui jonchent le moindre recoin du musée, une seule pièce complétée par un jardin gothique, ont été chinés par le collectionneur, sur Internet ou aux puces de Montreuil. Il lui a fallu des décennies pour trouver certains, d'autres ont été récupérés directement au Père Lachaise, comme cette découpe d'arbre qui contient un profil de femme, ou ce chat momifié. Mais ce ne sont pas les photos dédicacées de Peter Cushing, Martin Landau ou Bela Lugosi qui éclairent l'œil de Jacques Sirgent, ce ne sont pas non plus les masques, les têtes de mort ou l'arbalète anti-vampires. Non, ce qui agite son esprit et tout son être, ce sont les livres anciens. Romans gothiques français du XIXe siècle, manuels de catéchisme du XVIe, bouquins d'anthropologie contemporaine, livres de psychanalyse... C'est dans leur sein qu'il a bâti son savoir et ses connaissances, c'est dans leurs pages qu'il étudie les légendes, c'est au fil de leur lecture qu'il édifie ses exégèses passionnantes, capables de guérir de leurs cauchemars les petits enfants des écoles communales auxquels il livre ses secrets.

De quoi susciter quiproquo et perplexité chez tous ceux qui seraient venus au musée pour se moquer, se détendre ou se faire peur. « Oh, j'ai tout eu ! Un couple qui pensait que j'organisais des soirées sado-maso, un autre qui espérait débarquer dans un musée à la Disney avec des trains fantômes, et puis des responsables officiels un peu moqueurs qui prennent peur une fois qu'ils sont là... Beaucoup d'universitaires me prennent souvent pour un original, mais il n'y en a pas beaucoup qui m'accompagneraient la nuit au Père Lachaise ! » En bisbille perpétuel avec les dirigeants du cimetière qui voient d'un mauvais œil les vertus fantastiques et magiques que certains attribuent au lieu, Jacques Sirgent constate que la France est devenue un pays trop rationnel, qui renie ses traditions ancestrales. « La littérature gothique est née en France ! Nous avons toujours été un pays de légendes, il serait temps de l'assumer. » Avant de partir, la tête pleine de contes, de créatures et d'idées de lectures, une dernière question. Est-ce que Jacques Sirgent aime avoir peur ? « Moi ? Pas du tout ! Les légendes, c'est fait pour conjurer la peur. C'est la victoire absolue de l'amour. »

Quoi ? • Le Musée des vampires, 14 rue Jules David, Les Lilas (93).

La véritable machine à écrire sur laquelle Bram Stoker a écrit 'Dracula'. Authentique ? Jacques Sirgent nous l'assure.

Jacques Sirgent a traduit pour Flammarion la version de 'Dracula' la plus complète, avec des passages qui avaient été supprimés des éditions précédentes.

Un bout du jardin qui mène au musée.

Affiches de films et photos dédicacées des acteurs ayant incarné Dracula sur le grand écran.

Une chauve-souris vampire empaillée.

Ici, la silhouette d'une magicienne apparaît dans la coupe de la branche d'un arbre du Père Lachaise qui a poussé sur une tombe.

 

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