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'Wasted on the Dream' de JEFF The Brotherhood, le grunge ressuscité

Par
Emmanuel Chirache
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Un premier titre heavy qui sonne comme "Paranoid" de Black Sabbath, un second morceau qu'on croirait sorti de l'album bleu de Weezer : bienvenue chez JEFF The Brotherhood, l'un des groupes les plus méconnus et réjouissants à l'heure actuelle. Deux frangins biberonnés au grunge et par conséquent passionnés par une autre musique qui a influencé tout le rock des nineties, stoner et grunge en tête : le heavy metal, de Black Sabbath à Led Zeppelin, en passant par Hawkwind, Rush, Bang ou Deep Purple. Depuis leurs débuts en 2001, les frères Jake et Jamin Orrall ont toujours développé une formule en duo, simple et efficace, qui correspondait parfaitement au caractère brut et à la sobriété du rock alternatif. A l'époque, Jake poussait même la frugalité jusqu'à jouer avec seulement les trois cordes les plus graves de sa guitare accordée en dropped D. Bon an mal an, la formule a continué son bonhomme de chemin au fil d'albums frais, hébergés chez papa producteur, dans son label Infinity Cat Recordings. Lassés de manger des pâtes, les deux frères décident en 2012 d'accélérer le mouvement en faisant appel à Dan Auerbach des Black Keys pour produire 'Hypnotic Nights' chez Warner. Un cap plus pop est franchi, mais le groupe conserve sa structure en duo et les riffs heavy mâtinés de punk garage.



Après un EP de reprises intitulé 'Dig the Classics', Jake et Jamin passent aujourd'hui la troisième et sortent une petite tuerie. Produit par Joe Chiccarelli, l'homme derrière 'Consolers of the Lonely' des Raconteurs notamment, 'Wasted on the Dream' est une véritable ode aux années 1990, à Weezer, aux Smashing Pumpkins et même au punk californien « kitschouille » de cette époque (cf. le cheesy mais très efficace "Coat Check Girl"). Surtout, le groupe s'est donné les moyens de son ambition. Fini le duo, les deux frères sont accompagnés à la basse par Jack Lawrence des Raconteurs et à la guitare par Evan Bird et Emmett Miller des attachants Diarrhea Planet, eux aussi signés sur Infinity Cat Recordings. Grâce à tous ces musiciens, la production a pu s'épaissir, les arrangements pointer le bout de leur nez. Guitares saturées, accordage un demi-ton plus grave, riffs lo-fi passés au phaser, voix lancinante d'adolescent attardé, chœurs entre copains, tout ça ne serait qu'une belle imitation du grunge si les JEFF The Brotherhood n'avaient pas le principal : des putain de bonnes chansons.

On retiendra notamment le formidable "Black Cherry Pie" sur lequel, ô surprise, vous entendrez de la flûte traversière. Sachez qu'elle est jouée par un maître en la matière, nous avons nommé le grand Ian Anderson de Jethro Tull. Nous avouons aussi un petit faible pour le titre suivant, "Cosmic Visions", une chanson plus nineties tu meurs, un truc sale mais presque dansant et pop. Avec "Mystified Minds", le groupe lorgne maintenant du côté du heavy metal plus vivace façon années 1970 (les petits licks de guitare nous évoquent par exemple "Breadfan" de Budgie), un titre moins accrocheur. Il faut dire que nous entrons dans le ventre mou du disque, une tendance confirmée par "Melting Place", un morceau dans la droite lignée du Sabbath : couplets heavy en diable et breaks en accélération soudaine. "In my Dreams" peine à relancer l'intérêt et il faut attendre le très bon "In my Mouth" pour retrouver un air entraînant qu'on croirait sorti de l'année 1994. De quoi hisser les dernières chansons vers des sommets : "Karaoke, TN" est une merveille au refrain imparable, idem pour les formidables "Coat Check Girl" et "Prairie Song". Quant à "What's a Creep", on peut y voir une réminiscence de l'ancien JEFF The Brotherhood, plus garage et sautillant. Inégal mais définitivement irrésistible, 'Wasted On The Dream' garantit des heures de plaisir sans aucune lassitude ; un retour plein de charme vers le dernier âge d'or du rock, celui du grunge et des années 1990, trois ou quatre années durant lesquelles le rock alternatif a dominé le monde.

'Wasted On The Dream' de Jeff The Brotherhood, disponible chez Infinity Cat Recordings.

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