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Time Out rencontre DJ AZF

Deuxième édition de l’un des festivals de l’été et sûrement le moins consensuel. Rémi Morvan rencontre sa fondatrice.

© Maud Lecompte
© Maud Lecompte
Par Rémi Morvan |
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C'EST LA BOSS techno dont tout le monde parle. Programmée de soirée en soirée, on en oublierait presque que DJ AZF est à la tête du projet radical du moment : Qui Embrouille Qui, une entité électronique vraiment pas comme les autres. Mise au point avant la grosse embrouille estivale.

Qui Embrouille Qui : c'est qui, c'est quoi ?

C’est un projet polymorphe qui est parti du festival du même nom qui a eu lieu à la Station l’an dernier. Avec mon associé Pasteur Charles [Le Turc Mécanique], on a ensuite choisi 13 artistes pour monter un collectif et il y a un label qui arrive l’an prochain.

Une fanatique de rap comme toi avec Pasteur Charles, boss d'un label de punk. Sacrée association !

Je trouve que sur bien des choses, le rap est un peu le punk d’aujourd’hui. C’est encore l’une des seules musiques où tu peux avoir des revendications et une révolte similaire à celle du punk à une autre époque. Et c’est à l’image de Qui Embrouille Qui : une énergie commune avec des esthétiques différentes.

Donc avec Qui Embrouille Qui, on se situe sur un festival contestataire ?

On ne souhaite pas se placer en face de certains festivals mais davantage montrer qu’on peut faire différemment les choses. Aujourd’hui, il y a beaucoup de festivals qui se contentent d’aligner des prix astronomiques pour des DJs qui font la même musique depuis 15 ans. A Qui Embrouille Qui, il n’y pas de têtes d’affiche, il n’y a que des artistes locaux et tout le monde est payé pareil. Des artistes à la personne qui fait les visuels, il y a un cachet minimum et c’est bien en-dessous de ce qu’ils touchent normalement ! Dans ce sens-là, c’est contestataire.

Tu évoques la scène locale indépendante. Quel regard portes-tu sur elle ?

La scène indé est certes de plus en plus riche mais c’est surtout qu’elle s’organise mieux. On crée des espaces, des lieux et des événements en essayant de faire le moins de compromis possible avec les majors ou les clubs mainstream. Disons que j’ai une philosophie de pirate qui consiste à aller chercher l’argent là où il est pour le redistribuer. On se sert du mainstream pour nourrir des projets alternatifs. Avec Qui Embrouille Qui, on ne gagne pas d’argent, on en perd. Je ne vais pas te dire que notre volonté est de jouer dans une cave, ça serait mentir. On souhaite juste ramener cette énergie de la cave pour retourner les clubs mainstream. Et éviter que la fête soit aseptisée.

Tu as toujours beaucoup fonctionné en collectif, Qui Embrouille Qui étant une sorte de climax. Est-ce le format dans lequel tu te sens le mieux ?

Je n’y suis pas forcément mieux, c’est juste que j’ai toujours vécu comme ça. Je me sens bien en meute, il y a un truc de loup là-dedans. J’aime le groupe parce qu’il m’inspire, tu te scléroses sinon. Je ne veux pas tomber dans le cercle où je jouerais tout le temps la même musique. Un artiste enfermé est un artiste mort. Je ne suis pas une marathonienne, je lance des idées, des projets et je délègue ensuite autour de moi aux gens qui ont envie de les porter. Et à terme, j’aimerais me détacher au maximum de Qui Embrouille Qui. Ce n’est pas le projet d’AZF. Qu’il existe par lui-même, par sa musique et par les artistes qui le composent.

La deuxième édition du festival se tiendra donc à la Station, un lieu que tu décris souvent comme LE nouveau lieu de fête à Paris.

Quand on s’est décidés à monter le festival, on n’a pas pensé une seule seconde à le faire ailleurs. On a des valeurs communes fortes avec eux : mettre l’artiste au centre, faire que les gens rentrent directement en interaction grâce à un tarif d’entrée et des consos accessibles.

A quoi peut-on s'attendre ?

Pour commencer, il y aura un énorme after le 12 août avec une légende de la scène hardcore française. Puis, sur les trois jours, une soixantaine d’artistes se relaieront sur scène. Le jeudi aura un ton très particulier avec des duos parfois très éloignés qui composeront spécialement des lives électroniques. On aura par exemple Adrien Soleiman, qui fait de la chanson française, en duo avec son frère, bassiste du groupe Forever Pavot. Il y aura des artistes comme DJ Pute-Acier, Teknomom et une bonne partie du line up de l’an dernier.

Ultime question à la fan de Booba : c'est qui le/ la vrai(e) numéro 10 de Qui Embrouille Qui ?

C’est Camélia Moghaddam, la personne de l’ombre qui gère nos réseaux et la logistique. Quand tu fais venir une grosse star américaine, c’est rôdé. Quand tu fais jouer Graal (un des membres du crew, ndlr), c’est plus compliqué, ça devient du sport. On est 15 bras cassés, on a tous des rythmes de vie différents. Et puis tu en as qui aiment vraiment faire la fête du lundi au dimanche dont mon associé que j’ai toujours du mal à joindre avant 15 heures. Tu peux l’écrire, ça lui fera les pieds.

Qui Embrouille Qui Festival, La Station - Gare des Mines, 29 avenue de la Porte d'Aubervilliers, 18e. Métro : Porte de la Chapelle. 9-11 août.

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