Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right Comment accueillir les migrants à Paris ?

Comment accueillir les migrants à Paris ?

7 initiatives pour accompagner et aider les nouveaux arrivants

Refugiés
© Vincent Pflieger
Par Charline Lecarpentier |
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Depuis février 2016, on peut recevoir chez nous une carte de citoyen(ne) de Paris. La mienne trône, moitié cartonnée, moitié plastifiée, dans mon portefeuille, pile entre ma carte de cinéma illimité et celle du supermarché qui rapporte des points à un jeu qu'on a toujours pas bien compris. On n’a jamais su à quoi elle servait non plus, la carte de citoyen de Paris, malgré ses promesses.

Lutèce, ouvre-toi 

Dans la rubrique du site de la mairie de Paris qui lui est dédiée, on lit : « Paris est ouverte sur le monde par sa culture, tournée vers l'autre par sa générosité. » En poursuivant la lecture, on s'aperçoit que les portes que ce sésame est supposé ouvrir semblent bien mornes : « Visite des coulisses des services publics, rencontres avec les élus, accès aux manifestations culturelles les plus prestigieuses. » Tout ceci nous semble à côté de la plaque d’égout quand on ouvre notre portefeuille pour attraper ce ticket de métro (ou un pass Navigo si nos revenus le permettent). Au métro Jaurès, ce sont les tentes et les visages cernés de centaines d'humains qui ont passé la nuit dehors qui nous font loucher sur cette carte et son choix du mot « citoyen ».

Initiatives individuelles et collectives 

Chaque personne (des bénévoles) que l’on voit s’activer auprès des migrants, des arrivants, des personnes réfugiées, des demandeurs d’asile s’interroge sur leur appellation, mais on pourrait aussi s’enquérir de leurs prénoms. La ville elle - on le lit sur le mur des associations - n’est presque pas présente, ferme ses beaux yeux sur ce désastre humanitaire (Ville Lumière, vraiment ?). Heureusement, les initiatives individuelles devenues collectives se transforment en des associations au fonctionnement souvent horizontal, qui naissent dans un voisinage réel ou virtuel, grâce à Facebook particulièrement. Elles fleurissent depuis plus d’un an pour accueillir les migrants, avec du café, un foot, un toit, un accompagnement dans des démarches kafkaïennes quand on ne parle pas le français.

Nous avons discuté avec quelques bénévoles, pour savoir comment ils tentent malgré tout d'accueillir ces migrants dans la capitale.

7 initiatives à connaître :

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Réfugiés bienvenue
DR

Proposer un hébergement ou rencontrer des demandeurs d’asile au café-brocante avec Réfugiés Bienvenue

« Réfugiés Bienvenue suit des demandeurs d’asile qui ont fait une demande officiellement, le but étant de les sortir de l’isolement. On y rencontre des Maliens, des Guinéens, des Pakistanais », détaille David, l’un des membres de cette association. Il rappelle aussi que la mission principale de Réfugiés Bienvenue est de leur trouver des hébergements. Pour souhaiter la bienvenue à ces nouveaux arrivants, des événements hebdomadaires sont organisés régulièrement.

Une semaine sur deux, au Café Curieux du 3 rue Scipion dans le 5e arrondissement, la curiosité y est fraternellement célébrée quand Parisiens et demandeurs d’asile s’y rendent pour faire connaissance.

Dans ce lieu qui fait aussi brocante, c’est l’asso qui paie sa tournée pour les demandeurs d’asile. Les jeux de société brisent les barrières du langage à condition de patienter un peu avant de sortir le Scrabble. La semaine suivante, les activités varient, depuis la visite de musée, l’atelier théâtre, le cinéma ou un dîner au Troisième Café, 16 rue de Beauce dans le 3e, qui prête sa cuisine à l’asso pour qu’elle passe aux fourneaux.

Comment participer ? Sur le site, tout simplement. 

Pratique : Le guide citoyen de septembre de l’association pour accueillir les demandeurs d’asile à Paris 

2

Répondre aux besoins centralisés sur le groupe Soutien aux exilés de GdE et Stalingrad, renouer avec les grandes marmites

Delphine fait partie de ce groupe Facebook à l’organisation horizontale où en ce moment les appels à chaussettes se multiplient à l’approche de l’hiver. Delphine s’occupe particulièrement des plus jeunes : « Le collectif essaie de faire en sorte que les plus fragiles des primo-arrivants de dorment pas à la rue, les malades par exemple. Sur la page Facebook, on peut proposer un canapé, c’est plus à l’arrache et au coup par coup que Singa » explique-t-elle.

Le groupe regroupe les actions du CPSE (Collectif Parisien de Soutien aux Exilé-e-s), lequel recherche des bénévoles pour préparer et distribuer des repas aux Jardins d’Eole (18e) et au 186 quai Jemmapes, mais aussi des volontaires pour prendre soin des mineurs, les repérer sur les camps, les accompagner dans leurs démarches.

Toutes les actions sont recensées sur ce site et sur le groupe Facebook.

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Dans ma rue
DR

Faire une maraude dans le 13e ou participer à un tournoi de basket avec l’association Dans ma rue

Dans ma rue est une association solidaire créée par un groupe d'amis il y a un an.

« L'idée première était d'aller à la rencontre des personnes dans la rue, de leur parler, les écouter et leur apporter un soutien moral et matériel. Nous avons rencontré des profils très différents avec des personnes sans abri depuis longtemps, d'autres depuis peu, des migrants, des femmes, des hommes et des enfants. Outre le besoin matériel, ces personnes avaient et ont toujours le besoin de parler, d'échanger et de sortir de leur quotidien, ne serait-ce que pendant cinq minutes, Autour d'un café, d'une part de gâteau, nous discutons de leur vie, du monde, de politique, de philosophie. Les réfugiés que nous avons rencontrés ont tous le désir de vivre, étudier ou travailler en France. Beaucoup ont notre âge, entre 18 et 30 ans et aspirent à la même vie. Leur histoire, leur personnalité et leur sourire nous ont touchés », explique Meryl, vice-présidente de l’association, qui propose aussi des pique-niques et des rencontres autour du sport, comme bientôt des tournois de basket.

Retrouver Dans ma rue sur leur page Facebook 

4

Donner des cours de français, offrir un accompagnement pyscho-corporel aux femmes avec l’association Kâlî

Mathilde fait partie de l’association Kâlî, à destination des femmes : « On offre un accompagnement sociologique, juridique, psycho-corporel, c’est-à-dire que nous mettons ces femmes en relation avec des médecins, des psys, nous proposons aussi des cours de français et avons besoin d’aide en permanence. »

Il n’est pas nécessaire d’avoir des compétences précises pour rejoindre Kâlî, qui tient sa permanence les jeudis à partir de 18h à Montreuil, au 5 rue de la Révolution.

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Singa
© Singa

Faire un foot ou jammer avec des personnes réfugiées avec Singa

Singa, « une communauté d’êtres humains souhaitant mieux se comprendre » est devenue une communauté bien organisée pour loger les personnes réfugiées. Tous les vendredis, l’association organise des soirées pour mettre en binômes et trinômes des personnes réfugiées avec des Parisiens. Le but de ces rencontres, où la moyenne d'âge tourne autour des 25 ans, n'est pas de faire de l'assistance ou de l'humanitaire, mais d’aller directement dans des relations amicales.

« Pour les personnes réfugiées ou dont le dossier est en cours, pratiquer le français est pratiquement impossible, ils ne parlent aux gens que dans des échanges se limitant à "que veux-tu manger ?" », explique Marie de Singa. 

Le 22 décembre, Singa organisera un concert à la Bellevilloise où tout le monde peut déployer ses talents sur scène. Les musiciens et organisateurs dans l’âme seront accueillis à bras ouverts.

6

Popoter avec La Cuisine des migrants

Installée à la Nouvelle Rôtisserie près de la place Sainte-Marthe depuis août et jusqu’à fin décembre, la Cuisine des migrants, toujours en recherche d’un lieu à temps plein, fait chauffer ses marmites avec l’aide de réfugiés et migrants, et cherche toujours du renfort, autant aux fourneaux qu’à la distribution. 
Il est possible de leur déposer des dons le lundi et le mardi (les barquettes et couverts en plastique étant particulièrement appréciés).

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Mais aussi :

soupe
© Montypeter

La recette de Delphine du groupe Soutien aux exilés de GdE et Stalingrad pour « pour nourrir 200 personnes »

Ingrédients :

- 9 kg de semoule moyenne (couscous)
Sauce legumes :
- Oignons 3/4 kg
- 2/3 de boîtes de concentré de tomates 1 €/boîte de 800 g
- 3 kg de lentilles
- Légumes congelés
- 4/5 paquets de carottes rondelles
- 2/3 paquets de petits pois
Epices : cumin, paprika, raz el hanout, piment doux, etc., ail en poudre, poivre en poudre... Varier les plaisirs.

La sauce :

- Cuire à part les lentilles (1 kg de lentilles pour 3 litres d’eau froide). Amener à ébullition, réduire à feu doux, cuisson vingt minutes.
- Emincer les oignons (dans le mixeur, si possible, c’est plus rapide) et les frire dans l’huile (quantité généreuse) quelques minutes. (Une grande quantité d’oignons a tendance à bouillir, ce n’est pas grave du tout !)
- Ajouter aux oignons des épices variées. Mélanger.
- Ajouter le concentré de tomates et beaucoup d’eau pour faire une sauce.
- Ajouter les légumes congelés.
- Ajouter les lentilles cuites. C’est fait !

La semoule :

- Mettre la semoule dans des grands récipients (ça conserve la chaleur).
- Verser une louche d’huile sur la semoule. Bien mélanger. Faire bouillir 1 litre d’eau par 1 kilo de semoule.
- Verser d’un coup l’eau sans mélanger ! Couvrir avec du papier d’aluminium. Emietter la semoule en arrivant au camp d’un coup de louche. 

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