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Clara Haskil, prélude et fugue

  • Théâtre
  • 3 sur 5 étoiles
Clara Haskil
© Edouard Elias - H&K
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Time Out dit

3 sur 5 étoiles

Au théâtre du Rond-Point, Laetitia Casta prête une timide voix à la pianiste virtuose Clara Haskil

A l’âge où vous peiniez à lire Babar dans le texte et à colorier sans dépasser, Clara Haskil (1895-1960) était capable de jouer du Schumann à l’oreille, sans partition ni fausse note. Son parcours, de sa Roumanie natale jusqu’à Bruxelles, qui l’amena à croiser Charlie Chaplin (et à en être admirée), n’en fut pas moins exempt de heurts. Sur le plateau du théâtre du Rond-Point, Laetitia Casta prête son corps et sa voix à la musicienne, l’incarnant de sa plus tendre enfance jusqu’à sa mort. Mais c’est à la jeune pianiste turco-belge Isil Bengi qu’il revient de prêter son doigté de fée pour offrir un contrepoint musical au récit de cette vie essentiellement marquée par l’amour du jeu. Le duo qu’elles forment toutes deux est une des plus belles trouvailles de la mise en scène. La subtile chorégraphie qui les fait évoluer en dialogue sur le plateau, comme dans un jeu de miroirs, insuffle beaucoup de tendresse et quelques beaux moments de grâce à ce portrait qui se retrouve comme dédoublé.

Au début de la pièce, on est intrigué par cette Clara Haskil de 60 ans déclamant ses derniers mots avec une étrange voix d’enfant, avant qu’elle ne retombe – justement – en enfance, pour filer le récit de sa vie. Malgré le passage des années, ce timbre juvénile ne quitte pas le corps de la musicienne, Laetitia Casta faisant de Clara Haskil une éternelle jeune fille, qui ne deviendra jamais tout à fait femme. L’ingénuité de la pianiste, son innocence et sa douceur semblent être les uniques moteurs d’une interprétation finalement assez lisse, au risque d’enfermer le personnage dans sa propre fragilité, sans aller en chercher la complexité. C’est que le texte lui-même ne permet pas moult modulations : qu’elle fasse face à la guerre, à de graves problèmes de santé ou à un premier amour déçu, la Clara Haskil que dépeint Serge Kribus semble ne jamais devoir faire preuve d’autre chose que de candeur, voire de résignation.

La pièce n’en manque pas moins de rythme et d’évolution, grâce à une mise en espace très bien pensée, tout en délicatesse et sobriété, qui s’articule en un triptyque autour de trois pianos renvoyant à différentes étapes de la vie de l’artiste. Par ailleurs, la partition complexe du texte, qui fait sonner d’autres voix que celle de Clara Haskil (celle de sa mère, de ses sœurs ou de ses professeurs, que Laetitia Casta enchaîne avec une certaine virtuosité) apporte le relief qui manquait peut-être au personnage principal. Un spectacle plutôt harmonieux… qui aurait pourtant gagné à faire entendre plus de dissonances.

Écrit par
Alix Leridon

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Prix
De 14 à 40 €
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