Les Chatouilles ou la danse de la colère

Théâtre
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Les Chatouilles ou la danse de la colère
KARINE LETELLIER
Photo : Karine Letellier

D'un sujet lourd, Andréa Bescond nous livre une œuvre puissante et bouleversante.

Quelques notes de piano, une lumière tamisée et un plateau, nu. Une femme pénètre en jean-baskets, une queue de cheval sur la tête. Elle danse vigoureusement avant de nous plonger dans une histoire sinistre : celle d’Odette, gamine de 8 ans confrontée aux « chatouilles » de Gilbert, l’ami de la famille. Mais au-delà de l’innocence du mot, c’est bien de viols successifs dont il s’agit. D’un sujet lourd et trop peu traité au théâtre – la pédophilie –, Andréa Bescond ose le pari d’un récit inénarrable, nous offrant un spectacle aussi puissant que bouleversant.

Seule, sur scène, elle se livre pendant une heure et demie à un formidable exercice schizophrénique. L’actrice y interprète brillamment et avec aplomb un barnum de personnages, passant avec une aisance déconcertante du terrible bourreau à ses camarades, les flics, et les adultes aveugles face au drame. C’est ainsi que la mère de l’ex-fillette nie l’évidence, quand le père est lui bâillonné et absent. Adulte, Odette file chez le psy pour retracer l’horreur, les souvenirs, la difficile reconstruction et la décadence. Le tout agrémenté de références culturelles, nous permettant de situer l’espace dans le temps.

Surtout, il fallait bien tout le talent d’Andréa Bescond pour nous raconter cette histoire, la sienne. Avec intelligence et brio, elle oscille en permanence entre drame et humour – les rires procurant au spectateur quelques bouffées de légèreté dans ce tourbillon émotionnel. Mieux encore, quand les mots ne suffisent plus, c’est avec la danse que la jeune femme boxe son histoire : elle se tord, se cambre, semble étouffer et souffrir dans de longs solos, tantôt tragique, tantôt poétique. La danse comme moyen de survie : « C’est avec ça que j’ai commencé à fuir. » Il faut dire que la femme, comme son héroïne, est passée par le conservatoire de danse de Paris, avant d’exercer pêle-mêle du krump, du moderne, du hip-hop et des comédies musicales archi connues (‘Les Dix Commandements’, ‘Roméo et Juliette’). C’est tout cela qu’on retrouve dans 'Les Chatouilles ou la danse de la colère'. La mise en scène habile d’Eric Metayer transportant sur un geste le spectateur d’un espace à l’autre, alors que la scène est habitée par rien, si ce n’est une chaise blanche.

Surnommée comme le personnage du 'Lac des Cygnes', celui qui meurt par amour, Odette se démène pour survivre, exister. Un combat nécessaire pour toutes les victimes. Et pour les autres, aussi.

Par Houssine Bouchama

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