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Stéphane Meunier, le réalisateur du légendaire documentaire “Les Yeux dans les Bleus”, offre un nouveau contrechamp sur l’épopée France 98 avec une expo des photos qu’il a prises durant le Mondial, à la façon d’un “album de famille”.

Sans lui, l’aura de France 98 ne serait pas la même. Stéphane Meunier est le réalisateur des Yeux dans les Bleus, ce documentaire immersif sur l’épopée de l’équipe de France championne du monde sorti deux jours après la finale et immédiatement entré dans la mémoire collective. Vingt-sept ans plus tard, les 13 et 14 septembre 2025, à l’initiative de l’agence Why Always Loge, vont être exposées pour la première fois en galerie une quarantaine de photos prises durant le tournoi comme de simples “souvenirs”. Zizou à vélo, Thuram qui se fait raser le crâne… Stéphane Meunier nous raconte comment ces photos cultes ont refait surface.
Pourquoi ces photos n'avaient-elles jamais été exposées ? Et pourquoi le faire aujourd’hui ?
A part quelques-unes, elles n’avaient jamais été exposées parce que ça n’a pas été fait pour ça. Ce n’est pas l’œuvre d’un photographe qui travaille sur le long terme sur un sujet. En 98, j’étais là pour faire un film pour Canal+ et toute mon énergie et ma concentration allaient dans la fabrication de ce film. Je ne savais pas qu’il y aurait une expo, et que s’il devait y en avoir une, j’attendrais vingt-sept ans. Elle a lieu parce que j’ai été contacté et touché par l’enthousiasme de l’agence Why Always Loge. Ils ont 30 ans et ils m’ont dit que pour eux, 98 représente le top de la hype. Ce sont des fans de l’épopée et j’ai trouvé ça super.
Quelle était ta démarche derrière ces photos ?
J’avais acheté un Instamatic tout simple et un stock de pellicules noir et blanc. Pendant la Coupe du monde, j’avais un copain qui développait les photos dans sa cuisine et je faisais quelques tirages que je donnais aux joueurs trois quatre jours plus tard. Mais ça n’avait aucune dimension, il n’y avait aucune publication, c’était pour nous. Je me suis rendu compte que le film était un travail et que les photos étaient un carnet de notes. Comme des selfies aujourd’hui. C’était du plaisir pour moi puisque je n’avais aucune pression de résultat. Je voulais juste faire des photos pour les joueurs en guise de souvenir, comme quand on fait des photos avec des gens avec qui on vit. C’est un album de photos de famille.
Pourquoi ne sont-elles pas sorties avant ?
Il fallait le temps de l’histoire. 98 a pris une place tellement particulière dans le souvenir de beaucoup de gens, de plein de générations. On m’a récemment dit que 98 était quelque chose de transmis entre les générations. On a le souvenir d’une période un peu idyllique, plus fraternelle, plus apaisée. Avec le temps, ça prend une valeur historique, la première Coupe du monde gagnée par la France. Et j’ai la chance d'y avoir participé. Ces photos n’étaient pas censées sortir, je n’étais pas du tout dans une planification. Je me suis mis dans une logique de valoriser l’esprit de 98, cette équipe et ces mecs formidables.
Quel regard portes-tu sur la place du documentaire dans l’édification du mythe France 98 ?
Le documentaire a une place évidente. Il n’y aura plus jamais ce moment-là : la première Coupe du monde remportée par la France contre le Brésil, en France. Il n’y aura jamais cet engouement populaire de cette manière. Et ça ne minimise pas les autres victoires. Le film sort deux jours après la victoire et c’est, comme dirait Stéphane Guy, « quelques minutes de bonheur en plus », permettant de revivre la situation avec des émotions différentes.
Comment a été vécue l’immersion par les joueurs ?
C’était assez naturel. Je me souviens m’être présenté au tout début en leur disant que j’étais journaliste-reporter, que je filmais et savais le faire, que j’avais travaillé dans plein d’univers mais jamais de cette manière-là dans le sport. Je leur ai dit que je ferais sans doute des erreurs et qu’ils n’hésitent pas à me le dire. Laurent Blanc m’a dit « Bien parlé ». C’était une manière de dire bienvenue. D’un point de vue technique, faut savoir que j’étais en permanence avec ma caméra dans les mains, même quand je ne filmais pas. Mais ils me voyaient comme eux, comme quelqu’un qui travaillait. Et il y avait les moments de détente, c’était les photos.
Percevais-tu en direct l’aspect iconique de certaines scènes ?
Pas du tout ! Moi, j’étais dans la tension narrative. Je n’ai jamais été spectateur pendant la Coupe du monde, je n’ai pas vu un match. Pendant la finale, je filmais sur le banc, le cul dans l’herbe, dos au terrain, je n’avais qu’une envie, c’était de me retourner. Sinon, tu deviens spectateur, tu as les poils qui se dressent, je suis comme tout le monde. J’ai regardé tous les matchs après le tournoi, forcément avec les images du contrechamp en tête mais surtout comme un fan de foot.
Comment ont réagi les joueurs à la diffusion du documentaire ?
Ils ont réagi très positivement, accueillants et certains dans l’émotion. Trezeguet avait adoré et je me souviens de Zizou qui disait à quelqu’un lui demandant ce qu’il en pensait : « Y a des gens qui l’ont vu 50, 60 fois. Quand on regarde quelque chose 60 fois, c’est que ça doit être bien, non ? »
Une quarantaine de photos vont être exposées ce week-end. Il y en a encore d’autres inédites ?
Oui bien sûr ! Peut-être que l’on fera d’autres expositions. Ça me fait plaisir qu’on les voie, et aux joueurs aussi. C’est un grand souvenir pour eux. Parmi les inédites, il y en a une que j’ai vendue aux enchères pour recueillir des sous pour des assos lors d’un rassemblement de France 98. Je l’ai prise juste avant la finale : je suis dans le vestiaire, juste avant le retour de l’échauffement, je suis seul et j’ai cette émotion d’être juste avant une finale de Coupe du monde. Je ressens la pression du moment. Je regarde autour de moi et je vois tous ces maillots accrochés, je vais vers le premier à côté de la porte, celui de Didier Deschamps. Il y a tout, le maillot avec lequel il va gagner la Coupe du monde, le short, les chaussures, le brassard, le fanion daté – je prends la photo, une demi-seconde. Et là, c’est un moment important pour moi, je prends le temps de profiter et je savoure ce moment. Vingt-sept ans plus tard, je vends cette photo et je comprends alors son poids. C’est un temps suspendu historique et je perçois à travers les yeux des joueurs la présence qu’elle a.
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