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Sofia Coppola dans les yeux de Priscilla Presley

Dans son nouveau film “Priscilla” , Sofia Coppola raconte la vie de recluse de la femme d’Elvis Presley.

Écrit par
Olivier Joyard
Coppola Presley
© Sabrina Lantos - Grane office Presse
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Pour beaucoup, elle est celle qui a vécu dans l’ombre du King. Mais Priscilla Presley méritait aussi que son histoire soit racontée, avec toute l’intensité et la délicatesse nécessaire, à travers le regard d’une sœur. Voilà ce qui est passé par l’esprit de Sofia Coppola en tombant il y a quelques années sur le livre de mémoires Elvis et moi, que Priscilla Presley, aujourd’hui âgée de 78 ans, avait publié en 1985. « Il traînait chez moi et j’ai fini par le lire après l’avoir longtemps ignoré », nous raconte la réalisatrice de 52 ans. « J’ai été surprise par le côté intime mais aussi universel de l’histoire. Je connaissais très peu de choses sur Priscilla, alors que c’est une célébrité dans la culture américaine. J’ignorais par exemple qu’elle avait vécu à Graceland (la résidence d’Elvis Presley à Memphis, achetée par le chanteur en 1957, ndlr) alors qu’elle était encore au lycée. Tout cela était difficile à croire et choquant. Elle en parle très bien dans son ouvrage. J’ai été aussi très attirée par l’univers visuel, ces années 1960 ultra américaines que j’avais envie de retranscrire. »

Priscilla est le huitième long-métrage de Sofia Coppola. Il y a presque un quart de siècle, elle avait débuté avec un teen movie planant, le superbe Virgin Suicides (1999), avant de construire une filmographie quasi obsessionnelle autour de personnages féminins souvent isolés, déphasés dans leur tour d’ivoire. Chez elle, l’ennui et la solitude apparaissent toujours sublimés. On se souvient aussi de Marie-Antoinette (2006), dépeignant Versailles comme une immense cage dorée pour une reine fantasque mais insatisfaite incarnée par Kirsten Dunst.

Domino Priscilla Coppola
© Sabrina Lantos

Deux histoires qui font écho à celle de Priscilla, qui réussit pourtant le tour de force de paraître nouveau et captivant de bout en bout, peut-être parce que son sujet dépasse l’entendement. Entre leur rencontre sur une base américaine en Allemagne à la fin des années 1950, où Elvis effectuait son service militaire, jusqu’à sa conclusion par un divorce presque quinze ans plus tard, le film raconte comment cette jeune femme, ou plutôt cette enfant, a vécu sous le joug de la plus grande star de son temps. 

Comme une poupée

Elle a 14 ans quand ils se rencontrent, lui en a dix de plus. Vu de l’ère MeToo, le récit paraît surréaliste. Sofia Coppola nous rappelle subtilement que le regard de la société n’était pas le même à l’époque et met en scène ce décalage avec finesse mais sans concession, car nous sommes bien devant le récit d’un homme qui fait d’une adolescente sa prisonnière. « Personne ne réfléchissait vraiment à l’étrangeté de la situation, cette femme très jeune qu’il a mise sous pression pour devenir sa femme idéale. Il voulait qu’elle se coiffe et s’habille d’une certaine manière, elle était comme une poupée. Je voulais montrer à quoi cela ressemble, à un si jeune âge, d’être avec un homme si puissant. J’ai essayé de le comprendre. J’ai été très impressionnée que Priscilla ait eu le courage de partir, parce que c’est la seule chose qu’elle connaissait. »

PRISCILLA Coppola
© Philippe Le Sourd

Sofia Coppola refuse l’étiquette militante, rappelant que Priscilla Presley « continue d’évoquer Elvis comme le grand amour de sa vie et demeure un produit de sa génération ». Mais le film se montre implacable dans sa description d’une relation abusive, et limpide dans son soutien à l’émancipation de son héroïne recluse dans Graceland. « Nous avons beaucoup parlé, Priscilla et moi, de son isolement et de ses luttes. Quand je lui ai projeté le film, elle a ressenti beaucoup d’émotion. Elle m’a dit que sa vie ressemblait à ça. C’était très important pour moi. » 

Sofia Coppola, à qui la Cinémathèque française a rendu hommage à travers une rétrospective début décembre, a choisi le duo Cailee Spaeny et Jacob Elordi pour incarner le couple. Elle pour son « visage d’enfant et son intelligence », lui parce qu’il sait « dévoiler la part vulnérable d’Elvis » et plaire aux jeunes filles. « J’ai deux ados à la maison : quand j’ai prononcé le nom de Jacob Elordi, elles se sont mises à hurler », raconte en riant celle qui est aussi l’épouse de Thomas Mars, le chanteur du groupe Phoenix, qui signe la musique du film.

Sofia Coppola
© Melodie McDaniel

« Je sais qu’il y a des similarités entre cette histoire et d’autres que j’ai racontées précédemment », convient la réalisatrice. « Priscilla a passé beaucoup de moments seule dans la maison, elle n’avait pas grand-chose d’autre à faire que de l’attendre. Que faisait-elle pendant ? Elle se faisait coiffer,  manucurer, car Elvis s’énervait si ses ongles n’étaient pas parfaits. J’ai voulu montrer son expérience, rester collée à son point de vue. J’ai dû éteindre la partie adulte et parentale de mon cerveau, oublier qui je suis pour vivre avec ses yeux. »

Priscilla de Sofia Coppola. Avec Cailee Spaeny et Jacob Elordi. Sortie le 3 janvier.

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