Monde icon-chevron-right France icon-chevron-right Paris icon-chevron-right Spoiler : et à la fin, c’est le Villejuif Underground qui pisse sur le Trône de Fer
Actualités / Musique

Spoiler : et à la fin, c’est le Villejuif Underground qui pisse sur le Trône de Fer

Villejuif Underground
© Camille Bokhobza

Avec When Will the Flies in Deauville Drop ?, sorti chez Born Bad Records, Le Villejuif Underground vient de balancer l'un des disques références de ces dernières années. Entre rythmes psychotropés et textes toujours plus proches du génie, la came du Villejuif Underground est maladivement addictive. Alors qu’ils s'apprêtent à faire leur release party le 4 mai à l'occasion du week-end de réouverture de la Station, voici un petit préambule façon politique de la terre brûlée.

Avec Le Villejuif Underground, oubliez tout ce que vous avez lu sur les prophètes. Avec eux, rien ne sera propre et rien ne sera sain(t). Imaginez-vous plutôt quatre zozos surgissant des ruines de Notre-Dame, la clope au bec, l'allumette à la main et un petit rire de hyène en supplément, et vous tenez l’image d'Epinal de l'arrivée du Villejuif Underground dans le rock game.

Histoire de filer la métaphore jusqu'au bout et coller plus que jamais à l'air du temps : oui, ce deuxième album du Villejuif Underground a tout du disque parfait pour foutre le feu à la discothèque idéale de Philippe Manœuvre. Chaque morceau semble pensé pour découvrir une drogue différente. De l'esctasyque Post Master Failure au kétaminesque diptyque Subterranean Skies / Come Back Special en passant par le cannabique Wuhan Girl, Le Villejuif Underground nous convie dans son monde fait d'étrange, de délire et de crasse. Bienvenue.

C'est l'histoire de branleurs qui foutent des branlées

Presque trois ans qu'on attendait ce disque. Et trois ans qu'on sait qu'il va nous mettre une claque. Mais lorsque vous traitez avec quatre types qui se définissent comme « les Mötley Crüe du cosmétique rock » après une digression sur leur potentiel statut de concept-groupe, vous savez à quoi vous en tenir. Mötley Crüe ou la personnification du groupe de branleurs.

Il y a d'abord eu l'inondation de leur cave à Villejuif. Puis la fin de la coloc et l’éparpillement des membres du groupe aux quatre coins de la France. Peu pratique pour enregistrer ce fameux album. Ajoutez-y des paroles qui prennent un peu de temps à s'écrire (« on les a attendues pendant deux ans »), un peu de pression « du fait de savoir qu'on allait être écoutés » et vous comprenez mieux l'ambiance de création de ce disque.

© Camille Bokhobza

Et forcément, qu'est-ce qu'ils font de mieux les branleurs ? Ils mettent des branlées. Car ce que préfère faire le groupe avec la pression – au-delà de la boire –, c'est la mettre sur les journalistes en disant tout et n’importe quoi. C'est comme ça qu'avait commencé notre histoire avec eux. C'était à Rock en Seine il y a trois ans, on était jeune, ambitieux mais alors pas du tout vicieux, contrairement à eux. Trois ans plus tard, il fallut trouver des stratagèmes pour tenter enfin de leur sortir les vers du nez.

C'est l'histoire de la comédie du monde

Car les quatre membres du groupe s'amusent des interviews comme ils s'amusent du monde. Regardez cette séparation de 26 jours juste après la sortie de l'album. Ne fallait-il pas y voir qu'un coup de projecteur sur leur titre Come Back Special ? « Nathan y a pensé. Il nous a envoyé un mail avec Come Back Special en objet », balance le bassiste. 

Nathan Roche, le chanteur australien du groupe, est la preuve vivante que la poésie a encore de beaux jours devant elle. S'il redéfinit le concept de frontman à chaque concert du groupe, c'est dans ces textes que Le Villejuif Underground trouve sa sève. Chaque titre est un univers à part entière, peuplé de millième degré, d'absurde, d'acidité et surtout d'une tendresse quasi enfantine.

Prenez I’m Sorry JC. Face A ? On peut y voir une lettre d'excuse à John Cale pour s'être esclaffé devant son concert alors qu'il évoquait la noyade d'un ami dans l'Hudson. Face B ? On y perçoit davantage un titre blindé d'ironie face à la réaction consternée de la légende du Velvet. Autre exemple ? Haunted Château, sorte d'hymne métaphorique où il décrit cette sensation du déraciné qui se retrouve dans un pays dont il ne connaît pas la langue.

Et si LA chanson de l’album parlait d’hémorroïdes ? La question méritait d'être posée tant la subtile évocation des problèmes de fondement de l'Australien dans Subterranean Skies nous donnerait presque envie de prendre un abonnement chez le proctologue. Il suffit de mentionner le titre en présence du groupe pour décrocher une anecdote de leur tournée chinoise :  « Je ne te raconte pas comment on a dû faire pour trouver le mot hémorroïdes en chinois et choper sa crème à la pharmacie. »

C'est l'histoire d'une destitution du rock

Au-delà de de se passer la pommade, ce qu’aime faire le Villejuif c’est de pisser sur le trône (du rock) façon PNL. Ou comment avoir la possibilité de s'affaisser sur ledit trône et préférer la banquette moisie du rade du coin.

« Destituere en latin signifie : placer debout à part, dresser isolément ; abandonner ; mettre à part, laisser tomber, supprimer ; décevoir, tromper. Là où la logique constituante vient s'écraser sur l'appareil du pouvoir dont elle entend prendre le contrôle, une puissance destituante se préoccupe plutôt de lui échapper, de lui retirer toute prise sur elle, à mesure qu'elle gagne en prise sur le monde qu'à l'écart elle forme », Comité invisible, Maintenant, Paris, La Fabrique, 2017

Acoquiner le Villejuif Underground et le Comité invisible, il fallait oser. Deux entités a priori étrangères avec, d'un côté, un groupe de rock somme toute apolitique – quoique – et, de l'autre, un collectif anonyme devenu référence de la mouvance autonome avec trois brillants écrits publiés depuis 2007. Alors non, nous n'établirons pas de filiation entre eux. Ce qui nous intéresse, c'est cette idée de geste destituant énoncé dans l'ouvrage Maintenant du Comité invisible et de l'appliquer à la place du Villejuif Underground dans la scène rock actuelle.

Il y a cette manière d'exister, aussi bordélique qu'un slip de collégien. Ils sont nés en vivant en autarcie du côté de Villejuif, ils explosent aujourd'hui alors que les quatre membres du groupe habitent dans trois villes différentes. Surtout, le groupe s'affranchit du CV rock classique. On a bien tenté de les rattacher à la Fat White Family. Nous voici alors en face d'un bassiste, devenu presque sérieux : « Je dirais deux choses qui n'engagent que moi. Un, je n'aime pas du tout être comparé à ces mecs. Deux, c'est l'un des seuls groupes dans le rock qui fait de la bonne musique. » Mais au fond, le groupe n'en a rien à cirer de tous ces noms.

La clé du groupe est à retrouver dans cette branlée de Rock en Seine, dont on vous parlait plus haut (vous nous suivez toujours, hein ?). Ça citait du PNL et du Kekra à tout-va et on était complètement à la rue. Ou comment se placer dans les pas des plus gros kingslayers du rap. La première pierre de la destitution était posée. Tout était annoncé. Rassurez-vous, le rock n'a pas de soucis à se faire, Le Villejuif le laisse tranquille. Il n'a pas vraiment d'objectif par ailleurs, seulement des actes. Le dernier en date s'intitule When Will the Flies in Deauville Drop ? et il a fermé pas mal de bouches. Maintenant est leur futur et il commence à la Station le 4 mai prochain. On ne vous promet rien, vous êtes prévenus.

© Camille Bokhobza

Quoi ? Réouverture de la Station
Quand ? Vendredi 3 et samedi 4 mai 2019, de 20h à 6h
Où ? 29 avenue de la Porte d'Aubervilliers, 18e
Combien ? De 10 à 15 € (Billetterie ici)

 

Advertising
Advertising

Commentaires

0 comments