Calder à la Fondation Louis Vuitton
© 2026 Calder Foundation, New York / ADAGP, Paris. Photo courtesy of Calder Foundation, New York / Art Resource, New York

Critique

Calder. Rêver en équilibre, à la Fondation Louis Vuitton

5 sur 5 étoiles
La Fondation Louis Vuitton rend hommage à un magicien, capable de faire léviter le plus lourd des métaux.
  • Art
  • Fondation Louis Vuitton, 16e arrondissement
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Zoé Terouinard
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Time Out dit

À sculpteur monumental, rétrospective monumentale ! Alexander Calder n’avait pas fait l’objet d’une rétrospective parisienne à la hauteur de son influence depuis les années 80. Un manque comblé aujourd’hui par la Fondation Louis Vuitton, de façon magistrale. Couvrant un demi-siècle de création, des années 1920 aux années 1970, l’expo s’appuie sur plus de 300 pièces, allant des petits jouets sculpturaux aux mobiles XXL qui ont fait la réputation de l’artiste.

Face à l’immense Rouge triomphant dans le hall d’entrée, l’évidence saute aux yeux : il n’y avait pas meilleur lieu pour accueillir l'œuvre de Calder. On passe assez vite les premières salles, témoins de ses balbutiements dans la peinture – intéressant, pas passionnant –, puis le fil (de fer) nous conduit vers ce qui deviendra son domaine de prédilection, la sculpture. L’invention de son “Cirque Calder” dès les années 1920 atteste de sa créativité, mais surtout de son avant-gardisme. Ménagerie bricolée de bouts de ficelle et d’imagination pure, l’ensemble présente tout à la fois un artiste, un ingénieur, un clown et un démiurge. Tout est déjà là, du goût du déséquilibre au désir de réhabilitation de matériaux pauvres en passant par l’étude des ombres et cette fameuse obsession du geste, qui fait basculer sa sculpture du côté de la performance. 

Le cirque laisse ensuite place à l’abstraction. Après le choc Mondrian, Alexander Calder lâche les figures pour mieux attraper l’invisible. Les mobiles entrent en scène, et avec eux, une révolution tranquille qui défie la gravité. L’acier se fait léger, poétique, comme l’affirme son œuvre quasi conceptuelle Small Sphere and Heavy Sphere. Et puis tout s’ouvre. Les salles s’élargissent, les œuvres aussi. Les sculptures monumentales – le duo de mobiles Black Flag et Five Swords ou le stabile-mobile noir et orange Southern Cross – plantent leurs grosses pattes dans le sol mais continuent, paradoxalement, à suggérer la délicatesse du mouvement. La déambulation se termine en apothéose sous le ciel, où ces géants de métal dialoguent avec l’un des bâtiments les plus sculpturaux de la capitale. À l’heure où tout doit aller vite, produire, performer, Alexander Calder propose l’inverse : regarder une tôle bouger pendant cinq minutes et appeler ça un bouleversement intérieur. Et le mieux, c’est que ça marche.

Infos

Adresse
Fondation Louis Vuitton
8 avenue du Mahatma Gandhi - Bois de Boulogne
Paris
75016
Transport
Métro : Les Sablons

Dates et heures

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