La première rétrospective consacrée par la Maison européenne de la photographie à Camille Vivier est probablement le meilleur plan pour se mettre à l’ombre cet été dans ce Paris sous canicule. Au dernier étage de l’ancien hôtel particulier, l’exposition fait dialoguer corps et objets à travers un parcours thématique qui refuse l’organisation millimétrée d’un CV pour faire parler toute une carrière.
Construite à partir d’une centaine d’œuvres allant du Polaroid au tirage XXL, la monographie mélange commandes éditoriales, séries personnelles, portraits, natures mortes et images quasi fantastiques. Elle fait surtout la part belle aux corps féminins, dans des représentations nourries par les influences multiples de Camille Vivier, qui n’hésite pas à questionner les normes de beauté et la hiérarchie des goûts. Intéressant pour une artiste qui a fait ses armes dans les magazines de mode ! Car si la photo de mode a longtemps fabriqué des silhouettes standardisées, la Française, elle, préfère les corps qui débordent du cadre. Et c’est ce qui fait tout son charme.
Une féminité au pluriel
Les culturistes Sophie, Deborah ou Tjiki traversent ainsi plusieurs salles comme des héroïnes récurrentes, muses des temps modernes dont les corps deviennent une matière plastique à part entière. Les biceps sculpturaux répondent aux courbes d'un vase, les épaules massives à l'architecture d'un décor. Le muscle n'est ni performance ni provocation, mais prétexte à une poésie visuelle inédite. Sans discours militant appuyé, Camille Vivier élargit simplement le champ des représentations. Elle photographie des femmes puissantes sans les transformer en symboles, les rendant tour à tour mystérieuses, drôles, sexy. Une féminité au pluriel, loin des clichés taille XS et des injonctions qui encombrent les réseaux et les esprits.
Toute l'esthétique de Camille Vivier tient dans cet équilibre rare entre beauté et étrangeté. Chaque image semble tirée d'un magazine venu d'une dimension parallèle, où les éditos seraient pensés par de surréalistes abonnés de Vogue. Couleurs sourdes, lumière veloutée, sensualité froide, références pop… Tout concourt à semer le trouble, mais toujours avec élégance. Une rétrospective qui muscle l'imaginaire plus sûrement qu'un abonnement à la salle.

