Avec un titre pareil, on s'attendait à une exposition sur les héritiers du Caravage. On vous prévient : il n'en est rien. Le sujet est complexe, voire un poil ambitieux, et s'appuie sur une centaine d'œuvres (quasi toutes issues de la collection Pinault) pour tenter de créer un parcours où le visible se heurte à l'invisible. Hasard du calendrier (ou pas), l'exposition s'est ouverte au milieu de conflits géopolitiques majeurs, qui lui donnent un éclairage tout particulier. L'idée ? « Partir d'une feuille noire pour y faire jaillir la lumière et les œuvres », comme l'explique la commissaire Emma Lavigne.
Immédiatement, notre regard est happé par la magnifique rotonde et l'immense écran qui l'habite, diffusant en boucle le film Camata de Pierre Huyghe. Tourné dans le désert d'Atacama, au Chili, il met en scène une sorte d'archéologie funéraire 2.0, où des robots s'affairent autour d'un squelette. Le ton est donné : ici, on ne va pas beaucoup se marrer. Plus que le contraste caravagesque, les thèmes véritables se dévoilent : la disparition, l'absence, la mort. Des peintures et des dessins du surréaliste Yves Tanguy (qu'on se réjouit de voir enfin présenté dans une institution d'envergure) aux travaux d'Alina Szapocznikow, le parcours déroule une procession d'œuvres où le corps n'est jamais très rassuré d'être là. Fragmenté, spectral, parfois carrément en pièces détachées, il hante les salles comme une mauvaise conscience esthétique. De Bruce Nauman à Robert Gober, l'humain semble réduit à un kit IKEA existentiel. Des corps à monter soi-même, sans notice.
Et puis on tombe sur ce qu'on imagine être la pièce principale : Fire Woman, de Bill Viola, où une femme s'immole par le feu. Une image difficile à regarder, au regard de celles qui nous sont récemment parvenues d'Iran. Mais Clair-obscur est une exposition qui regarde la mort en face. Parfois un peu trop longtemps. C'est bizarrement dans cet excès que réside sa force. Elle refuse la lumière facile, celle des réseaux, celle qui flatte le teint, pour lui préférer une pénombre plus brute, plus honnête. Car après tout, dans un monde saturé d'éclairage artificiel, perdre un peu de vue, ne serait-ce pas commencer à voir vraiment ?


