Eva Gonzalès, Le Réveil, 1877. Huile sur toile, 81,1 x 100,1 cm. Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen, Photo : Lars Lohrisch, Public Domain Mark 1.0
© Eva Gonzalès | Le Réveil, 1877. Huile sur toile, 81,1 x 100,1 cm. Kunsthalle Bremen – Der Kunstverein in Bremen, Photo : Lars Lohrisch, Public Domain Mark 1.0

Critique

Eva Gonzalès, Parcours d’une artiste libre, au Petit Palais

3 sur 5 étoiles
Longtemps planquée dans l’ombre de Manet, Eva Gonzalès fait enfin l’objet d’une rétrospective à Paris
  • Art
  • Petit Palais, Champs-Elysées
  • Recommandé
Zoé Terouinard
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Time Out dit

Il était temps de rendre à Eva Gonzalès son nom, et, accessoirement, sa place. Après des décennies à jouer les figurantes dans l’histoire de l’impressionnisme, coincée entre Berthe Morisot et l’ombre XXL de son mentor Manet, la voici enfin la vedette de sa propre expo au Petit Palais, dans une première rétrospective française d’envergure. Et pour une artiste trop longtemps rangée dans la catégorie « à découvrir si vous voulez approfondir », cette entrée dans la prog parisienne est plutôt classe : près de 100 œuvres venues de Londres, Chicago, Denver, Brême ou encore Madrid constituent cette monographie en collaboration avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam.

« Parcours d’une artiste libre »

Le titre, à lui seul, résume toute sa vie : « Parcours d’une artiste libre ». Libre d’exercer dans un monde où les Beaux-Arts fermaient leurs portes aux femmes. Libre de faire de la peinture son métier, et jamais le passe-temps d’une jeune fille bien née. Libre de vouloir imposer sa peinture au Salon, plutôt que de jouer les outsiders avec le reste des Impressionnistes… Car Eva Gonzalès mérite mieux qu’un statut de victime, comme on a tendance à l’accorder à tous ces artistes mis de côté par l’Histoire de l’Art en raison de leur genre ou de leurs origines. Déjà, elle, elle n’est pas si inconnue : sa toile « Une loge aux Italiens » a vu défiler tous les visiteurs du musée d’Orsay. Pourtant, on ne connaît pas grand-chose d’elle, ni de sa vie, ni du reste de son œuvre, aussi dense soit-elle malgré son décès prématuré à 36 ans.

Son sujet s'épanouit dans le banal, le plan-plan de la bourgeoisie oisive, l’intimité d’une chambre, là où bon nombre de ses contemporains se précipitent dehors dès le moindre rayon de soleil. La sœur d’Eva, Jeanne, revient comme un refrain, à la fois modèle, complice et personnage principal. Sorte de Martine avant l’heure, Jeanne est surtout un prétexte au regard féminin, exercé sur un sujet féminin. Et ça, ça change tout. Car si l’influence de Manet est présente dans de nombreuses toiles (« La Jeune fille aux cerises » en est l’un des meilleurs exemples), en peignant l’intime, Eva Gonzalès dote les femmes d’une vie intérieure, d’une véritable profondeur. D’une voix.

Peintures, pastels, gravures servent ainsi cette figure féminine, dans un parcours limpide, pédagogique et abondamment documenté. Peut-être un peu trop scolaire pour rendre justice à une artiste libre, voire un peu rebelle ? C’est toujours le même problème avec ces artistes invisibilisés par l’Histoire de l’Art : à force de vouloir réparer une injustice historique, on en oublie parfois de laisser parler les œuvres. Eva Gonzalès n’a pas besoin d’une médaille féministe, mais qu’on regarde ses tableaux sans l’astérisque « artiste femme ». Ce qui serait la plus belle manière de lui rendre justice.

Infos

Adresse
Petit Palais
avenue Winston-Churchill
Paris
75008
Transport
Métro : Champs-Élysées - Clemenceau, Invalides RER : Invalides Bus : 42, 72, 73, 80, 93

Dates et heures

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