La ballerine sur la pochette de My Beautiful Dark Twisted Fantasy de Kanye West ? C’est lui. Grand nom de la peinture américaine, George Condo, chouchou du marché de l’art, prend aujourd’hui ses quartiers dans une institution bien française : le musée d’Art moderne, qui réunit près de 80 toiles, plus de 100 dessins et quelques dizaines de sculptures, pour retracer le parcours éclectique du pote de Warhol, Basquiat et Haring.
C’est d’ailleurs toute la difficulté : rendre intelligible une pratique chaotique, qui oscille entre amour de l’histoire de l’art et de la pop culture, fusain énervé et huiles “à la Raphael”, monochromes et éclats de couleurs. Un défi qui n’est malheureusement qu’à moitié relevé par le MAM, qui nous perd dans un parcours peu lisible, à la fois thématique et chronologique. Mais n’est-ce pas finalement une façon de nous immerger pleinement dans la tête bien remplie – quoique un peu en bordel – de George Condo ? Passionné de peinture européenne, il la pastiche, s’en inspire, s’en moque aussi, un peu, dans ce qu’il appelle le “réalisme artificiel”, concept qu’il a lui-même développé pour décrire ses toiles aussi anachroniques que référencées. Faisant se rencontrer le graffiti, la Renaissance, l’abstraction de Malévitch ou le cubisme de Picasso, l'Américain est à l’image de son pays : excessif, fun et (un poil) mégalo.
Un côté “too much” assumé par l’artiste que le MAM s’efforce malgré tout de lisser au fil d’une expo beaucoup trop rangée (non, accrocher des toiles en “gallery wall” ne suffit pas à être subversif). Le problème, c’est qu’il est difficile de caler Condo dans une boîte sans l’amputer de la dimension beaucoup plus critique de son art. Car au-delà de revendiquer une liberté créative totale, l’artiste milite surtout pour une parole sans filtre, un monde sans contraintes. Heureusement, si l’expo perd de sa substance en raison de choix muséaux critiquables, elle peut compter sur quelques œuvres très réussies, des Combination Paintings (1990-1993) aux Expanding Canvases (1985-1986) en passant par le cabinet central des carnets et croquis, pour nous donner envie de poursuivre la déambulation et d’enfin percer le mystère Condo.

