1. Kerry James Marshall,
    Kerry James Marshall/Harvard College | Kerry James Marshall, “Untitled"
  2. "School of Beauty, School of Culture" de Kerry James Marshall
    © Kerry James Marshall Courtesy de l'artiste et Jack Shainman Gallery, New York Photo : M. Sean Pathasema | "School of Beauty, School of Culture" de Kerry James Marshall

Critique

Kerry James Marshall : The Histories*, au musée d’Art Moderne

5 sur 5 étoiles
Incontournable de l’autre côté de l’Atlantique, Kerry James Marshall fait enfin l’objet d’une rétrospective à sa hauteur, organisée par le Musée d’Art Moderne.
  • Art
  • Musée d’Art Moderne de Paris, Chaillot
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Zoé Terouinard
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Time Out dit

Non, Kerry James Marshall n’a rien à voir avec Kery James, boss de la Mafia K’1 Fry. Quoique : cette rétrospective organisée par le Musée d’Art Moderne, la première française consacrée au peintre américain, a elle aussi du flow et des revendications. 70 œuvres, dont huit inédites, retracent plus de quarante ans de travail autour d’une question : qui a vraiment le droit d’apparaître dans l’Histoire de l’art ? Chez Marshall, les figures noires reprennent ainsi le premier rôle dans une peinture occidentale qui les a longtemps invisibilisées, jusqu’à occuper toute la scène dans des toiles parfois monumentales. L’expo s’ouvre sur de grands classiques, comme « Invisible Man » (1980), inspiré de l’ouvrage du même nom de Ralph Ellison. L’approche est radicale, la gamme de pigments noirs utilisée est plus que bre-som

Plus loin, « De Style » paraît moins politique (ce n’est pas le cas) et nous plonge dans un salon de coiffure afro, où les clients semblent nous prendre en flagrant délit d’observation. Le grand geste ? Transformer une scène quotidienne en peinture d’histoire.

Car Kerry James Marshall ne peint pas seulement des personnes noires : il peint surtout leur absence dans l’histoire de l’art. Nuance, et pas des moindres. Pensé de manière chrono-thématique, le parcours avance par cycles, comme une playlist bien mixée. On passe de l’esclavage à la vie quotidienne, du mouvement des droits civiques, des Black Power aux portraits imaginaires de figures historiques, pour amorcer un retour critique vers les grands genres de la peinture occidentale, et les oublis volontaires de l’Histoire. « Past Times », « Vignette #13 », « School of Beauty, School of Culture » ou « The Academy », avec son modèle levant le poing façon Black Power en plein cours de nu, racontent tous quelque chose de différent, certes, mais ont ce point commun : tous parlent de représentation.

Tout au long du parcours, il faut veiller à garder les yeux bien ouverts, pour découvrir, au cœur des toiles, des milliers d’indices, de références, de dates, de signes politiques. Dans De Style, un simple calendrier renvoie au passage à tabac de Rodney King. Dans Black Painting, un livre d’Angela Davis émerge de l’obscurité. Et oui, chez Marshall, le détail n’est jamais le fruit du hasard. À nous maintenant de les repérer. On ne vous surprendra pas à dire que les thèmes traversés par l’exposition sont plus qu’actuels. Cruciaux, même. À l’heure où les récits historiques font l’objet de batailles politiques sur les plateaux de BFM et CNEWS, Kerry James Marshall rappelle que l’image n’est jamais innocente. Que l’invisibilité n’est jamais mise en place par magie, mais qu’elle infuse doucement, jusqu’à ce que la disparition paraisse presque normale pour les personnes non concernées. À nous alors de nous assurer que tout le monde soit correctement représenté.

Infos

Adresse
Musée d’Art Moderne de Paris
10 avenue du Président Wilson
Paris
75016
Transport
Métro : Alma-Marceau
Prix
De 15 à 17 €

Dates et heures

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