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2017-2022 : quel avenir pour la Gaîté Lyrique ?

Par
Nicolas Hecht
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« Le changement dans la continuité » : voilà les mots qui nous viennent en tête en sortant de la conférence de presse présentant le nouveau projet de la Gaîté Lyrique, ce 7 décembre. Si sa nouvelle équipe ne revendique à notre connaissance aucun héritage pompidolien, le slogan de l’ex-chef de l’Etat résume assez bien ce qui s’y est dit ce matin-là pour présenter les six prochaines années d’activité.

Une nouvelle équipe pour un nouveau projet

En juillet 2016, on apprenait avec étonnement (et déjà une pointe de nostalgie) le changement d’équipe de la Gaîté Lyrique. Si l’ancien directeur Jérôme Delormas (2011-2016) n’était pas candidat à sa succession, l’équipe en place avait tout de même déposé sa candidature pour la période 2017-2022. Lundi 4 juillet, le Conseil de Paris décidait finalement d’attribuer la délégation de service public pour la gestion de l’établissement à un autre projet : celui de la société ARTER et de la Société des Arts technologiques de Montréal.

C’est donc Marc Dondey, ex-directeur de projet Entreprises créatives à la direction du développement économique de la Communauté Urbaine de Strasbourg,  qui récupère le gouvernail artistique du navire. Le grand mot d’ordre de ces prochaines années ? Une plus grande « diversité des publics ». Une volonté louable, qu’on retrouve de toute façon dans la plupart des projets d’établissements culturels (puisqu’elle rime notamment avec « augmentation de la fréquentation »), et qui a présidé au choix de la nouvelle équipe, si l’on en croit Bruno Julliard, premier adjoint chargé de la culture à la mairie de Paris.

Arnaud Laporte, Marc Dondey et Jean-Dominique Secondi
© NH

Le constat est en effet simple : la Gaîté a su capter un public parisien jeune (majoritairement âgé de moins de 35 ans), féminin (à 59 %) et fortement diplômé (Bac + 5) – selon les données citées lors de la conférence de presse. Un public que la nouvelle équipe entend bien sûr garder, tout en répondant à la volonté d’ouverture de la mairie de Paris, qui alloue chaque année à l’établissement  4,6 millions d’euros (sur un total de 8 millions) de subventions. Les moyens sont là, reste la question des initiatives mises en œuvre pour effectivement attirer un public plus large et plus divers.

♫ Chhh… chhh… changes ?

Quand on jette un coup d’œil à la programmation culturelle annoncée pour 2017, on a du mal à se dire que les sujets, artistes et nouveaux dispositifs prévus vont permettre de dépasser les précédents chiffres de fréquentation (1 300 000 visiteurs en 5 ans). Jugez plutôt : un grand format sur les Lanceurs d’alerte (avec installations, performances, débats, projections…), un autre sur les Aéroports pensés en tant que Villes-mondes, des concerts qui restent dans une veine assez indé (avec les groupes Teenage Fanclub, Paradis, les 10 ans du label Infiné, le festival Arte Concert), une carte blanche au compositeur contemporain Pascal Dusapin, le festival Impatience consacré au spectacle vivant… Des événements qui séduisent évidemment la rédaction de Time Out, composée de trentenaires majoritairement féminines, titulaires d’un Bac + 5. Pour le reste…

Autre point sensible, la politique tarifaire, qui sur ces événements reste équivalente à ce qui se pratiquait jusqu’alors, avec une fourchette de prix allant de 5 (conférences, projections) à 35 € (concerts, spectacles). Au final, l’ouverture à une plus grande « diversité des publics » semble devoir prendre une forme déjà rôdée à la Gaîté : celle d’ateliers gratuits et de l’ouverture des espaces en entrée libre (jeux vidéo, documentation, etc.). Le risque étant que les différents publics fréquentant le lieu ne puissent que se croiser sans se mélanger, puisque ceux qui fréquenteront le 1er étage et profiteront des activités gratuites ne seront pas forcément les mêmes que les amateurs de musique qui payeront 25 € pour un concert produit par la Gaîté Lyrique.

La nouvelle identité visuelle de la Gaîté Lyrique © NH

Bref, il est encore tôt pour dresser un bilan d’une action encore en cours d’écriture, mais la révolution annoncée n’aura vraisemblablement pas lieu tout de suite rue Papin – bon, à part pour l’identité visuelle, qui elle a été complètement repensée. Attendons donc de voir ce que donneront les axes de développement hors les murs (deux demi-géodes qui proposeront des ateliers et autres dans Paris), la coopération avec la Société des Arts Technologiques (SAT) de Montréal (sous la houlette de Monique Savoie), ou encore le projet Hôpital et créativité, qui nous ont semblé être les seuls véritables changements à attendre, en tout cas pour 2017.

Au final, la Gaîté reste la Gaîté, et côté culture on ne s’en plaindra pas.

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