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2666 : alors, ça donne quoi un spectacle de 11h ?

2666 : alors, ça donne quoi un spectacle de 11h ?
© Simon Gosselin

Du 10 septembre au 16 octobre, le Festival d'Automne présente à l'Odéon le travail titanesque de Julien Gosselin (dont on avait aimé 'Les Particules élémentaires'). Une adaptation bouleversante de '2666', roman fleuve de Roberto Bolaño. Le spectacle dure 11h (oui, onze heures) et on vous conseille de le voir dans son intégralité les samedis et dimanches. On vous rassure tout de suite : pas besoin d'être un fou adorateur de théâtre pour survivre à cette expérience. 

D’un festival (d’Avignon) à l’autre (d’Automne).

Samedi 10 septembre à 11h, porte de Clichy. Devant le théâtre de l’Odéon aux ateliers Berthier, une petite foule s’amasse, profitant de beaux rayons de soleil avant d’entrer dans l’obscurité sacrée de la salle de théâtre.

© EP

 

Véritable odyssée théâtrale, la pièce de Julien Gosselin adaptée du roman ‘2666’ de l’auteur chilien Roberto Bolaño s’installe à Paris après sa création à Avignon. Un récit de 1300 pages découpé en cinq parties où il est question, entre autres, d’un mystérieux auteur allemand étrangement appelé Benno von Archimboldi, d’un professeur de philosophie, de quatre critiques littéraires et de la ville mexicaine de Santa Teresa terrassée par un gynécide (on pense évidemment à Juarez).

 

1300 pages racontées en 8 heures

De ces 1300 pages passionnantes, Julien Gosselin, jeune garde du théâtre français, a imaginé une pièce tentaculaire de 11 heures. Oui, vous avez bien lu, 11 heures. Un marathon. En réalité, si on allège l’agenda de la journée des pauses salutaires qui y sont glissées, la durée du spectacle tombe à 8h. C’est vrai, ça reste assez long. En 8h, on peut regarder aisément deux fois 'Titanic' de James Cameron voire se « binger » la saison entière de 'The Night of' en une seule fois. C’est d’ailleurs cette impression qui nous reste quand, à la fin des 11 heures, on sort du théâtre, respirer l’air frais du périphérique.

On sort avec la sensation d’avoir passé la journée dans le noir à mater des histoires qui s’enchaînent. Alors oui, quelquefois notre esprit s’est parfois échappé à l’extérieur du théâtre, et parfois, c’est vrai, à l’étroit dans notre fauteuil, on a eu envie de de délasser les jambes. Mais rien à voir avec l’idée de torture que 11 heures de spectacle peuvent inspirer. D’abord parce qu'il respire régulièrement grâce à quatre entractes dont deux d’une heure. On ne reste donc jamais assis plus de deux heures.

© Simon Gosselin

 

Une prouesse technique et artistique

Mais si le temps passe vite, c’est que sur scène et derrière le plateau, Julien Gosselin et son équipe ont monté un spectacle à la hauteur de ces longues heures. Un spectacle qui rend hommage à l’histoire contée par Bolaño. Des histoires jouées dans une scénographie ingénieuse (signée Hubert Colas, évidemment !) qui s’avance et se recule, qui se déplie et se referme pour mieux restituer les différents univers qui bâtissent ‘2666’. Nous sommes à Paris, à Londres, à Barcelone, au Mexique. En 2016, en 1920, en 1993.

Les personnages de Bolaño racontés derrière un voile, une vitre, un écran ou un épais nuage de fumée, baignent dans une ambiance fantomatique comme pour faire face aux histoires sombres qui les traversent.

En véritable archéologue, Julien Gosselin a fouillé les entrailles et l’architecture du roman fleuve pour en reconstituer sur scène, l’essence. Il utilise la vidéo en direct, s’enveloppe dans une écriture sonore vrombissante et s’entoure d’une dizaine de comédiens tous excellents qui jouent pendant ces 8 heures en français, en anglais, en allemand et en espagnol. Le résultat est fascinant et il aurait pu durer encore deux heures de plus, largement.

 

Où ? Théâtre de l'Odéon - Berthier, 1 rue André Suares, 17e
Quand ? Du 10 septembre au 14 octobre
Combien ? De 20 à 54 € 

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