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Born Bad Records à Rock en Seine (3/3) : avec les pionniers de Frustration

Frustration
© Blaise Arnold

C'est un peu plus d'une semaine après leur participation à Rock en Seine que nous avons rencontré Frustration, dans leur fief de Mains d'Oeuvres. Frustration, LA toute première sortie Born Bad. Aujourd'hui, les membres du groupe ne sont pas loin de la cinquantaine ou l'ont dépassée mais ils distribuent toujours autant de hargne, d'amour et de tacles à la carotide. Conversation avec un groupe né pour procurer de l'émotion. 

Une série sur les dix ans du label Born Bad à Rock en Seine sans une interview de Frustration ? Vraiment ? Pas crédible. Il nous fallait la tête d'affiche du label de JB Wizz pour clore l'affaire tant ce groupe suinte l'identité du label et surtout, a grandi en même temps que lui. Leur son fleure bon l'industrieuse Manchester, la tache de graisse sur le bleu de travail et la conscience de classe et ça, c'est clairement pas dans l'air du temps. Alors quand on vous dit qu'ils transpirent l'identité Born Bad, c'est pas du chiqué.

Pour leur dépucelage à Rock en Seine, ils sont arrivés sur la scène de l'Industrie à 22h15 et ont vu l'audience grossir au fur et à mesure que leur set avançait. Au-delà d'avoir surpris, leur mélange de punk-new wave a surtout conquis un public pas vraiment venu pour eux. Mais cette position d'outsider leur sied à merveille : pas attendus, presque sous-estimés voire carrément pris de haut, pour finalement arriver à convaincre et séduire sans effet de manche. Depuis 10 ans, Frustration fait partie du clan Born Bad et y sera jusqu'à la fin. Pour paraphraser "Too Many Questions", nous avions tant de questions à leur poser, sur eux et leur relation à leur label de toujours. Comme leur musique, leurs réponses ont sonné juste et même bien plus. Quand la notion de question-réponse perd son sens, quand l'échange se mue en récit.  

Time Out Paris : Rock en Seine a été créé en 2002, la même année que Frustration. Comment expliquez-vous que ce soit la première fois que vous jouiez là-bas ? 

Nikus (guitare) : La première des raisons a trait à de simples problèmes de calendriers. Et la seconde, c'est qu'on est pas super à l'aise dans les festivals.

C'est quand même assez exceptionnel qu'un groupe de « passion » comme vous (un groupe non-professionnel) soit quasiment tête d'affiche à Rock en Seine.

Fabrice (chant) : J'aime quand dans un film, l'acteur 3 ou 4 prend progressivement de l'importance. Je pense à Guy Marchand, Robert Dalban ou Charles Denner. On n'est clairement pas les Leonardo Di Caprio du rock français, bien plus des Bruno Putzulu ou Henri Guybet. On a un statut un peu à part, celui d'amateurs qui côtoient les grands.

Fred (clavier) : Ça me fait penser à la photo de Tours, lorsqu'on avait garé notre vieux van pourri à côté des énormes bus de tournée !

 

© Frustration

 

 

Intéressons-nous à Born Bad, dont vous êtes la première sortie. Quel regard portez-vous sur les 10 ans du label ?

F : Il est où l'argent ?! [#rendslargent] Plus sérieusement, on est très fiers de faire partie de cette aventure.

Mark (batterie) : C'est un label qui a beaucoup grandi parce que JB a toujours envie d'être surpris et qu'il ne s'est pas contenté d'étiquettes prédéfinies. Ses goûts évoluent et il s'avère que ces dernières années, le label s'est davantage ouvert sur la pop par exemple, ce qui ne veut pas dire que c'est la direction définitive de Born Bad. Tant que Born Bad existera, son identité ne cessera de fluctuer.

En quoi cette collaboration avec Born Bad a eu une incidence sur votre manière de faire et de penser la musique ?

N : Ça a eu un impact sur ce qu'on a pu faire parce que JB nous a fait franchir des étapes petit à petit, en nous faisant jouer dans des endroits où on n'aurait jamais pensé pouvoir jouer !

F : La prison de Bois d'Arcy, le MoMA à New York, on ne les aurait pas faits. Aurions-nous eu une musique dans 'La Guerre est déclarée' de Valérie Donzelli ? Je ne crois pas non plus. Born Bad est une vitrine, je ne vais pas dire qu'on est la pièce du boucher mais on a eu la chance d'être un peu plus remarqués.

Fred : Pour tout ce qui touche à l'artistique, il nous laisse liberté totale.

Marc, toi qui tient le Born Bad Shop, vois-tu une évolution entre ce que tu pouvais vendre en indé français il y a dix ans et maintenant ?

M : C'est très dur à dire parce qu'à la boutique, depuis 1999, on a toujours vendu que de l'indé. On s'est construit une identité garage, punk claire et c'est grâce à cela que ça a marché. Mais avec l'abondance des disquaires spécialisés à Paris, c'est forcément un peu plus dur aujourd'hui.

Votre esthétique emprunte beaucoup au monde du travail. Comment expliquez-vous qu'on soit passé d'une époque où être ouvrier était une fierté, à aujourd'hui où il y a une dévalorisation du monde du travail ?

F : J'ai bossé pendant 28 ans dans une entreprise de location de matériel de chantier. Depuis 3-4 ans, j'ai pris conscience de beaucoup de choses et de la dévalorisation du monde du travail en premier lieu. Aussi, je pense vraiment qu'il y a une paupérisation de toutes les classes sociales, en même temps que la gentrification des quartiers populaires qui ne cesse d'avancer.

Au-delà de vos pochettes qui sont souvent signées Baldo, quelle serait pour vous celle qui représenterait dix ans de Born Bad ?

F : Elle est bien cette question ! Celle des Catholic Spray avec la femme aux trois nichons ?

Fred : Moi je dirais celle de Jack of Heart avec l'oeil. Très beau boulot d'Elzo Durt.

 

Jack Of Heart - 'Jack Of Heart' - 2009 - Born Bad Records © Elzo Durt

 

En parlant d'Elzo, il m'avait dit qu'il aimerait beaucoup faire une pochette pour Frustration.

F : La voix qu'il prend quand il dit ça ! Je vais mettre les pieds dans le plat. Je pense que ça aurait été bien de casser le truc Baldo au niveau des pochettes mais on sent que JB et certains membres du groupes préfèrent rester dans la lignée Baldo. On fera peut être quelque chose avec Elzo pour le quintuple live.

Pat (basse) : Live @ Rock en Seine ! 

F : Par contre, je lui ai dit à Elzo que ce que j'aimerais, c'est quelque chose de sombre, pas trop de rouge-doré-vert comme il a pu faire avec la pochette de Francis Bebey.

Pat : Moi je vois bien une pochette avec des trous, un truc qui casse vraiment !

En parlant de prochaine sortie, vous avez joué un nouveau titre à la fin de votre concert. Déjà des choses de prévues ?

F : Ah non, l'avant-dernière, c'est "Modern Earth in Rags" qui est sur 'Empire of Shame' [Et hop, je viens de gagner une écoute de l'intégrale de la carrière de Coldplay pour cet impair impardonnable] !

Pat : Ah bah bravo monsieur le journaliste ! 

F : Ouh le journaliste, il a pris un petit peu de couleur ! 

Et du coup, est-ce qu'il y a un nouvel album de prévu ?

Pat : Mais on vient d'en faire un !

F : Pour être honnête, on a pas fait une bonne répèt' depuis février, on doit avoir deux pauvres trucs en chantier et ce soir, on va bosser sur une reprise pour une face B de 45-tours. Pour un album, il n'y a rien mais on est très contents de recommencer à répéter. Personnellement, j'ai pas écrit un texte depuis septembre, depuis que j'ai quitté mon boulot en fait.

 

Votre dernier album s'appelle donc 'Empire of Shame'. Est-ce que Rock en Seine, territoire hybride entre un parc d'attraction et un magasin de mauvais goût, ne personnifierait pas cet « empire de la honte » ?

F : Je ne vais pas dire de gros mots parce qu'on a été très bien accueillis.

Pat : C'est là où tu commences à réfléchir. C'était bien mais est-ce que les gens sont vraiment là pour venir te voir ?

F : Les gens étaient très attentifs ! Mark a dit dans un moment de lucidité plus que rare : « On a réussi à surmonter cette petite épreuve au niveau de la cohésion sur scène. » Pour nous, 22h15, c'était super, un vrai plateau d'argent.

Je pense que les gens ont été très impressionnés et surpris par votre musique et notamment par votre intro très électronique.

P : On n'allait pas leur faire plaisir avec un riff à la Foo Fighters !

F : C'est l'intro qu'on joue habituellement, on ne voulait pas changer parce qu'on jouait à Rock en Seine.

Le côté électronique, c'est toi Fred. Il y a un retour du synthé dans ce qu'on appelle « la nouvelle chanson française ». Personnellement, quand on touche à ce type de sonorités, je trouve la frontière très fine entre bon et mauvais goût.

Fred : Je suis tout à fait d'accord ! C'est le côté années 1980 que Lescop a ramené et qu'on aime beaucoup ! Pour le bon et mauvais goût, ça dépend de tes références et intentions. Quand ton intention est de « faire comme », ça s'entend tout de suite.

Quelles sont tes références ?

Fred : Moi, ça serait Cabaret Voltaire. J'aime les synthés qui vrillent, qui tabassent. J'aime quand ça ressemble à une perceuse mélangée à une fraiseuse.

Enfin, est-ce que c'est reparti pour 10 ans avec Born Bad ? Et pourriez-vous signer sur un autre label que Born Bad ?

Pat : Je ne pense pas. Mais si le label dure encore dix ans, on y sera sûrement.

F : A mon avis, on va commencer à voir la queue de la comète. Après, ça fait 5 ans que je dis ça...

 

Quand Frustration devient joie et volupté © DR

 

Et retrouvez Frustration à la Station le 15 septembre 2017 avec des billets à prendre ici ! Et pour les 10 ans de Born Bad à Bruxelles (15 et 16 septembre), c'est  !

Enfin, pour acheter leur dernier album 'Empire of Shame' sorti en novembre 2016, c'est  !

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