Pendant un concert à Petit Bain
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10 ans de Welcome à Petit Bain : « L’idée était surtout de faire se rencontrer les gens »

Retour sur l’histoire du projet Welcome de Petit Bain, qui fait tomber les barrières entre personnes exilées, habitants et artistes à coups de concerts.

Rémi Morvan
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En ces temps parfois très sombres pour la tolérance, voilà un projet plus que bienvenu. Avec Welcome, Petit Bain, cette barge culturelle à la pointe des scènes indé amarrée dans le 13e, organise depuis dix ans des concerts et des ateliers dans des centres d'hébergement pour créer du lien avec des personnes exilées. Alors qu’ils organisent ce samedi 20 juin le Welcome Day avec notamment un banquet du Refugee Food Festival, la coordinatrice et le directeur de Petit Bain, Camille Rossignol et Ricardo Esteban, reviennent sur cette décennie d’actions pleines de sens.

Qu’est-ce qui a poussé Petit Bain à lancer ce projet Welcome en 2016 ? 

Ricardo : Depuis sa création en 2011, Petit Bain porte la question de l'exclusion dans son ADN. On voulait travailler avec les populations les plus éloignées du monde du travail, en faisant de Petit Bain un projet culturel et social. Pour le conseil d'administration, on a cherché des personnalités qui pouvaient incarner ce regard et cette vision du social, et l’un des premiers présidents de la coopérative était Olivier Febvre, un des directeurs régionaux de l'association Aurore. 

Quel était le point de départ de Welcome ? 

Ricardo : La première étape a justement un lien avec Aurore. Ils avaient ouvert un accueil de jour à l’Archipel, un lieu d’hébergement installé dans les anciens locaux de l’Inpi (Institut national de la propriété industrielle) dans le 8e. Pour essayer de créer du lien dans ce quartier d'affaires, on a organisé des concerts acoustiques dans la chapelle, sur la pause de midi, avec une formule qui faisait venir les salariés du quartier. Ils partageaient le repas avec les hébergés qui étaient là. L'étincelle de la proposition artistique dans un lieu d'hébergement social s’est allumée là-bas.

Sur la terrasse de Petit Bain
© Titouan MasséSur la terrasse de Petit Bain

Camille : Mais le vrai déclencheur arrive à la fin de l’année 2016, lorsqu’on organise un concert sous la bulle de la chapelle. C’était un espace ouvert en urgence pour accueillir quelques jours des personnes exilées, majoritairement des hommes. L’idée était d'apporter un peu de douceur dans ce moment de transition très dur pour des personnes arrivant en France.

Ricardo : Comme il y avait plusieurs étages, on voulait faire deux concerts en même temps dans deux réfectoires, avant que les musiciens se retrouvent pour un jam à la fin. Et on s'est pris une énorme baffe de rencontre. Immédiatement, on s’est demandé comment continuer et trouver une économie sans billetterie. On a imaginé une taxe sur la billetterie de Petit Bain. Puis la Drac et la Ville de Paris nous ont donné de l’argent et c’est comme ça que Welcome est né.

A quel moment avez-vous voulu pérenniser ce projet ?  

Camille : Très rapidement ! Je me souviens notamment de l'envie de Tiphaine Bouniol, animatrice socioculturelle dans le centre Jean-Quarré Emmaüs Solidarité, qui, dès le début, nous a dit que ce serait super d'imaginer quelque chose sur le long terme. Il y avait beaucoup d'initiatives spontanées à ce moment-là, mais pas sur le long terme, alors que c’est ce qui permet de créer un vrai lien avec les personnes qui étaient hébergées de six mois à un an dans ce centre-là. 

Comment se passent les débuts ? 

Camille : Les premiers mois et années, c'était des concerts tous les quinze jours ou tous les mois. Et après le Covid, alors qu’on ne faisait que des concerts, on s’est mis à organiser des rencontres artistiques et culturelles avec des groupes plus restreints mais sur du temps plus long et avec des restitutions. Des projets qui étaient notamment portés par Marine, alors chargée des actions culturelles chez nous.

Ricardo : Il y a eu énormément d’actions différentes : au Chum d'Ivry, avec des familles et des enfants, on a proposé des ateliers et des choses qui relevaient davantage de l'animation. Il y a aussi des lieux comme la Maison des Réfugiés qui s'est ouverte dans le 14e, où l’on a quasiment installé une salle de concert pérenne avec la sono que la Flèche d'Or nous avait filée.

Camille : Si le premier mouvement était d'organiser des concerts, l’idée était surtout de faire se rencontrer les gens. Et de faire en sorte que le public francilien puisse aller dans un centre d'hébergement d'urgence pour éviter de se dire : « Ça fait flipper, c'est quoi, qui sont ces gens et qu'est-ce qu'ils font là-bas ? » Je me souviens notamment d'un concert avec le groupe Labess pour lequel une trentaine de personnes de l'extérieur sont venues. Ça peut paraître peu mais c'était quand même une grosse victoire d'avoir 30 personnes de l'extérieur dans un centre qui accueillait 300 jeunes hommes à ce moment-là. On communiquait tout le temps dessus, les gens pouvaient venir et c’était vraiment inscrit dans notre programmation comme un concert qu'on produirait ici. 

Quel était l’accueil dans les différentes structures ? 

Camille : Le hors les murs permet au lieu culturel d’aller vers les gens. Mais la chose très importante qu’on a apprise, c’est à se reposer sur les équipes des lieux. Car quand tu t’entends bien avec l'équipe et que vous avez des envies en commun, ça entraîne les personnes du centre à participer aux actions, à venir aux concerts et à nous faire confiance. Les équipes nous font part d’une vraie demande de participer à des projets hors du quotidien. On a aussi appris que les gens peuvent venir un jour et pas le lendemain, et c’est ok. Tous les artistes sont briefés sur le fait que le concert ou les projets d'action culturelle ne vont peut-être pas marcher, que ça fonctionnera peut-être avec une personne, mais que ce sera déjà génial. 

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Quel impact a eu Welcome sur Petit Bain au fil du temps ?

Ricardo : Je pense que c’est venu redonner du sens à Petit Bain, dans une période qui aurait pu être un peu compliquée, avec une économie des salles de spectacle pas forcément florissante. Je pense sincèrement que le fait de servir fait du bien à tout le monde.

Dix ans après, quel regard portez-vous sur Welcome ? Quelle est l’actualité du projet aujourd’hui ? 

Camille : Dix ans après, on maintient la volonté de porter ce projet, par l’organisation de concerts ou d’actions culturelles avec une participation de plus en plus active des personnes résidant dans les centres d’hébergement d’urgence. Le projet sur lequel on a envie de se pencher cette année, c’est le montage d’un comité de programmation au sein du Chum d’Ivry dans une logique de droit culturel. Cela signifie que l’on ne veut pas arriver avec une programmation toute prête mais plutôt donner la parole aux personnes des centres. On va essayer de lancer ça avec un collectif d’adolescents, en les sondant sur ce qu’ils ont envie de programmer et d’écouter, avant d’aller démarcher les professionnels pour venir dans les centres.

Comment va se dérouler le Welcome Day de cette année, avec notamment ce banquet ? 

Camille : Au-delà d’être une célébration et une restitution des projets de l’année, on voit ce Welcome Day comme le point de départ d’un nouveau cycle avec le recrutement récent de Théophile à l’action culturelle. La particularité de cette année, c’est qu’on a beaucoup de préventes ! Forcément, ça fait plaisir, surtout dans cette optique de relance. La prog est variée, paritaire avec notamment le duo parisien Felhur x Andro en locomotive et pas mal d’activités pour une nouvelle fois faire se rencontrer les gens. Et je ne peux pas le dire, mais un énorme nom sera également présent. Et il y a cette première vraie collab avec le Refugee Food Festival, qui fête comme nous ses 10 ans, avec ce même principe de billetterie solidaire : la partie payante permet d’inviter des personnes des centres d’hébergement. Et avec ce banquet sans plan de table, on retrouve cette invitation à la rencontre qui nous a toujours animés.

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