Les numéros gagnants du jour ? Le 1, le 3 et le 5. 135, c’est cette escouade interlope créée au début de la décennie entre le 13e et le 5e arrondissements de Paris, et formée d’une grosse dizaine de membres : le beatmaker et cimentier du projet Adelmark, une demi-douzaine de MC, des graphistes et des réals. Dans Incendie(s), leur premier disque sorti le 18 septembre dernier, 135 affine (sans s’y enfermer) son concept de dry music, cette fusion nucléaire entre le rap et les musiques électroniques. Le groupe réussit surtout à faire infuser avec davantage d’âme et de netteté ses refs et revendications bien à gauche – eux qui s’étaient retrouvés dans une sauce avec la fachosphère en 2024.
135 parle de la Commune de Paris, de vies cabossées, du Sisyphos, de La MZ, des blocus, rend hommage à Adama Traoré en rappelant que l’Assemblée nationale s’est levée pour Quentin, évoque la guillotine, dénonce la casse des hôpitaux et l’islamophobie en citant Diam’s, ou célèbre les sacrifices maternels : un disque qui pourrait carrément faire office de bande-son du mouvement lycéen (débuté le 18 septembre, tiens tiens). Avant leur release party prévue à Main Room le 15 octobre, les membres du collectif nous parlent des germes d’Incendie(s), des mouvements sociaux en cours et de l’ambiance attendue pendant la soirée.
Les premières maquettes de cet album remontent au printemps 2025. Comment a évolué le projet ?
Big Balth : Notre première idée, c’était de ne pas se cantonner à la dry music, et c’est pour ça qu’on y entend autant du rock, de l’électro, du rap que de la trap.
Adelmark : On a cessé de vouloir se trouver une ligne directrice. Ce n’est pas un manque d’envie mais quand tu as dix personnes qui rappent, ça fait trop de goûts différents à gérer. On s’est laissés emporter et on a testé plein de genres musicaux. Et on a tranché en ne gardant que les morceaux qu’on aimait. Cet album, c’est un collectif qui apprend à travailler ensemble : faire en sorte que chacun s’y retrouve, que les sensibilités de chacun se ressentent et que les personnalités émergent.
De quels incendies 135 parle-t-il ?
Adelmark : On n’a pas la prétention d’être les porte-parole d’un quelconque mouvement incendiaire. Par incendiaire, j’entends le mouvement social qui se déroule actuellement et dont on rêve tous depuis des années. On est évidemment dégoûtés par ce que subissent les jeunes, on est témoins de notre époque et on part en couille avec.
SW : Le vieux monde atteint ses limites et c'est à notre jeunesse d'inventer un système qui profite à tous. En tant que faiseurs de musique, on est là pour tenir le rythme et faire vivre le mouvement.
Quels liens avez-vous avec le mouvement lycéen en cours ?
Issam : On est très concernés par ce qu’il se passe.
Adelmark : On a envie que ça serve à quelque chose pour une fois. Cela fait 30 ans qu’il y a des mouvements d’ampleur et qu’il ne se passe rien. On espère que ce ne sera pas un énième coup d’épée dans l’eau et que des personnes n’auront pas perdu des membres pour rien.
L’album est d’ailleurs rempli de revendications et de références politiques.
SW : Le mouvement hip-hop et le rap sont souvent associés à la contestation. C'est quelque chose qui s'est un peu perdu depuis plusieurs années. On trouvait cool de trouver de nouvelles formes comme le « shit-talk » façon Detroit, qu’on a voulu remettre au goût du jour sur le morceau « Trois sur une Allumette ».
Alphonse : C’était aussi une volonté de notre part d’apporter des idées plus concrètes, en citant des noms par exemple.
L’ambiance de vos concerts est à mi-chemin entre la teuf et les pogos. Qu’est-ce que ça dit de vous ?
Adelmark : C’est là où l’on prend tout notre sens.
Issam : C’est à mon sens important de dire qu’on ne prend pas de drogues, comparé à d’autres collectifs et on trouve ça cool.
Adelmark : On a ce petit ego : on aime effectivement être les acteurs principaux de la fête. On a l’impression que les gens ressentent notre énergie et nous la renvoient. C’est le truc qui m’a donné foi en 135. J’aime bien la musique mais c’est surtout l’énergie des concerts : quand on est dix sur scène, il y a un truc qui switche, et les gens switchent avec nous, et ça crée quelque chose de très cool.

