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Commune de Paris
Barricade de la rue d'Allemagne et de la rue Sébastopol. 18 mars 1871. Anonyme / CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

30 livres pour paver votre connaissance de la Commune de Paris

Ouvrages historiques, BD, romans... Voici 30 livres pour découvrir la Commune de Paris

Par Rémi Morvan
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Top ! Je suis un grain de sable dans l’Histoire de France, et pourtant, mes 72 jours d'existence au cœur du printemps 1871 demeurent l'un des points de bascule et de référence de la période contemporaine. Alors que la France vient tout juste d'être défaite par la Prusse, des femmes et des hommes, initialement insurgés pour défendre la patrie, Paris et la République, mettent en place une singulière forme politique. Je suis, je suis ?… La Commune de Paris. 

Durant deux mois et demi, un conseil municipal et des commissions façon gouvernement populaire président à la destinée d'une capitale rebelle, votant des mesures à l’accent utopique. Si tout n'a pas été rose et que sa brièveté a empêché l'aboutissement de beaucoup de choses, la Commune a plongé Paris dans une effervescence démocratique. Des clubs citoyens germent un peu partout, on s’engage comme jamais et l'espoir fleurit pendant ce temps des cerises. La fin ? La Commune est écrasée dans un bain de sang et un déluge de feu par l'armée du gouvernement de Versailles. C’est la Semaine sanglante. 

Si elle a longtemps été truffée de mythes et qu’elle fait toujours l'objet de mobilisations, la Commune reste au final assez méconnue aujourd'hui, et peu ou pas enseignée. Alors, pour les 150 ans de l'événement, on s'est dit qu'on allait mettre un petit coup de projo sur quelques imprimés, pour se mettre à la page.

Ce qu'on trouvera dans ce dossier ? Le nectar des recherches historiques, particulièrement abondantes ces dernières années, ainsi que des témoignages souvent passionnés d'acteurs sur cet évènement qui les a marqués au fer rouge. Egalement au sommaire, des romans et des BD pour montrer à quel point la Commune et son univers ont aussi été des sources d'inspiration. Nullement exhaustive et répondant à une logique imparfaite, cette compilation a sans doute vocation à être enrichie, mais c'est un début. Voici 30 livres pour paver votre connaissance de la Commune et les pires cauchemars de Lorànt Deutsch.

Barricade de la Chaussée Ménilmontant, 18 mars 1871. Anonyme. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Ouvrages historiques

Autour de l'œuvre de Jacques Rougerie

Entre Jacques Rougerie et la Commune, c'est du (très) sérieux. Soixante ans déjà que l'historien a profondément rebattu les cartes de son historiographie. A une époque où l'histoire de la Commune se confondait souvent en considérations politiques, Jacques Rougerie est revenu à l’événement, à ceux qui l'ont fait, avec une utilisation à la fois fine et ambitieuse des sources. Il n'a cessé depuis de poser de nouvelles hypothèses sur cette période, ses processus démocratiques, ses filiations ainsi que sur le mouvement ouvrier au XIXe siècle. Nul doute que pour commencer en douceur votre découverte de la Commune, le petit Que sais-je ? de Rougerie sera votre ami. 

Que sais-je ? La Commune de 1871, PUF, 2009
Procès des Communards, Gallimard, Archives, 1978
Paris libre 1871, Points Seuil, 1971, réédition avec corrections 2004

Pour lire plein de Jacques Rougerie, ça se passe sur son site !

La Commune de 1871 : une relecture, Marc César, Laure Godineau, Créaphis, 2019

Attention, poids lourd. Monumentale, la Relecture patronnée par Marc César et Laure Godineau démultiplie les focales d'étude – temporelles, spatiales… – pour dépasser le cadre de la « simple » synthèse. Avec, pour chaque contribution, un expert sur le sujet. Un peu comme un plateau CNEWS, l'expert en plus. Les thèmes abordés sont originaux, qu'ils questionnent la filiation de l'événement, ses échos hors de la capitale ou sa postérité. Intéressant d'y aller un peu à l'instinct et de découvrir au hasard un communard un peu « savant fou », un exilé auprès de Tolstoï, de se balader au comico des Champs, parler loyer ou de savoir ce qui s'en disait chez les Ottomans. Ou comment une relecture prend des airs de passage obligé. 

La Commune de 1871 expliquée en images, Laure Godineau, Seuil, 2021

Vous avez toujours eu envie de découvrir la Commune sans passer par la case gros pavé ? Nous avons trouvé la solution ! Cette Commune expliquée en images a tout du petit bijou pédagogique pour s'éprendre de cette période. L'idée du livre est simple : Laure Godineau, pointure historique sur l'événement, s'attelle à expliquer ce que fut la Commune de Paris à son fils jeune ado. Elle le prend par la main, simplement mais avec rigueur, appuyant son récit sur un corpus d'images à vous rafistoler la cataracte en un battement de cils. Gravures, dessins, photos ou tableaux, c'est beau et ça vaudrait bien une expo. 

Commune(s) 1870-1871. Une traversée des mondes au XIXe siècle, Quentin Deluermoz, Paris, Seuil, 2020 

C'est sans doute l'ouvrage qui pousse le plus loin le curseur de la réflexion sur la Commune. Un peu comme dans Interstellar, Quentin Deluermoz entremêle les dimensions d'analyse et distend le temps et l'espace. Il sort la Commune de ses dates et de l'espace parisien pour la questionner de manière globale. On s'intéresse à ses combattants étrangers, à son écho médiatique mondial, mais également à d'autres « trajectoires insurrectionnelles » comme les Communes d'Alger ou de Lyon. L'auteur touche aussi au quotidien de la Commune et à l'engagement : pourquoi et comment ces hommes et ses femmes y ont adhéré ? Parmi les plus intrigants – et brillants – passages, notons ceux qui touchent au temps historique et aux perceptions sensorielles. Particulièrement bien écrit, ce livre n'en est pas moins très dense et pas le plus facile d'accès. Mais après tout, avez-vous déjà compris un film de Nolan du premier coup ? 

Bertall, Ancien mobile et fédéré « Charonne-Ménilmontant », 1871, Paris, musée Carnavalet. © La Commune expliquée en images

La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux, Michel Cordillot (coord.), Paris, Editions de l'Atelier, 2021

Sous le pavé, « tout sur la Commune de Paris… ou presque ». Edité dans la lignée du dictionnaire Maitron (cette folle entreprise biographique du mouvement ouvrier), cet ouvrage est le col le plus hors catégorie de notre étape communarde. Ses mensurations ? 2 kilos, plus de 1 500 pages et une trentaine de contributeurs. Comme tout volume du Maitron qui se respecte, on y trouve une ribambelle de bios de communard(e)s (500 dans le livre dont celle du « communard inconnu », 17 000 en ligne). Allez-y au pif, c'est une mine d'or, addictive, qui, en plus, comblera votre petit côté voyeur. Et entre les bios, à peu près tous les éclairages sur les questions que vous vous posez sur l'événement, ses suites et ses imaginaires. Ajoutez à cela des cartes en ligne des cafés, restaurants, barricades ou encore des écoles et vous avez votre maillot à pois rouge de la liste.

La Commune de Paris par ceux qui l'ont vécue, Laure Godineau, Parigramme, 2010

A bien y regarder, ce livre est un peu comme la Commune elle-même : court, imagé mais par-dessus tout incontournable. Eminente spécialiste de l'insurrection, Laure Godineau dresse ici sur un mode immersif un formidable panorama du printemps 1871. On est baladé entre les différentes strates de pouvoir, on se meut dans les solidarités de quartier, on observe les clubs comme espaces d'expression et l'on voit en filigrane se dessiner une sociologie communarde. Tout est stimulé avec finesse et clairvoyance, avec une large place laissée aux paroles des acteurs – communards ou pas – ainsi qu'à une abondante iconographie.

Autour de l'œuvre de Robert Tombs

L'une des plus fines lames de l'historiographie de la Commune de Paris est anglaise. Peut-être un détail pour vous mais ça en dit beaucoup… Avec sa thèse La Guerre contre Paris publiée au début des années 1980, Robert Tombs aborde l'insurrection du printemps 1871 sous un prisme nouveau, celui de l'adversaire honni, l'armée versaillaise. Rudoyant au passage les usages et considérations politiques françaises entourant l'événement. Tombs s'intéresse à la préparation de l'armée versaillaise mais aussi à la signification et aux comptes de la répression de la fin mai, avec, au fil des ans, une estimation à la baisse, pour un débat à jamais relancé. Egalement incontournable, son Paris, bivouac des révolutions, traduit en 2014, à l'allure de synthèse alliant érudition qu'accessibilité.

 

Barricades Place de la Concorde. Anonyme, Photographe. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris

Les Pétroleuses, Edith Thomas, L'Amourier, 2019

Paru en 1963, ce livre est une étude pionnière sur l'histoire des femmes pendant la Commune, longtemps passée sous le radar avant deux récentes rééditions (ici et ). A travers une myriade de parcours de communardes, Edith Thomas dessine, sans fard, le quotidien des femmes sous la Commune, leurs actions, leurs espaces d'expression, foutant au passage le feu à quelques mythes comme celui de la pétroleuse. La force du récit d'Edith Thomas, c'est qu'il est construit avec la précision de l'archiviste, la mise en perspective de l'expérience de Résistante et le talent narratif de l'écrivaine. Pas la peine d'aller plus loin.

La Commune n'est pas morte. Les usages politiques du passé de 1871 à nos jours, Eric Fournier, Libertalia, 2013 

Ici, on touche au monde d'après la Commune et à la façon dont elle a été utilisée. Car si l'événement a duré 72 jours, cela fait 150 ans que sa mémoire est au cœur d'intenses mobilisations. Eric Fournier nous plonge dans cette incandescente et passionnante mémoire, repoussoir ultime pour ses détracteurs, totem à brandir pour ses partisans. Pour ces derniers, la Commune et ses célébrations sont tour à tour des moments d'affrontement idéologique, physique – ça tire au Père-Lachaise en 1888 ! – mais également d'unité pour le mouvement ouvrier. La Commune est-elle morte aujourd'hui ? Un début de réponse est à trouver dans ses nombreuses réverbérations contemporaines. 

La Semaine sanglante. Mai 1871. Légendes et comptes, Michèle Audin, Paris, Libertalia, 2021

Déjà quelques années que la mathématicienne Michèle Audin s'est intéressée à un problème nommé Commune. Alors qu'elle documente au jour le jour l'événement sur un site dédié, qu'elle lui a déjà consacré plusieurs ouvrages, elle s'attaque en ce cent-cinquantenaire à l'un des chiffres les plus chauds du sujet : celui des morts de la Semaine sanglante. De cet objet de tous les contes et comptes depuis 150 ans, Michèle Audin propose une nouvelle revisite, exhumant et croisant des archives parfois inexploitées, en abordant notamment les morts tout au long de l'événement. Enfin, elle met également en perspective certaines « légendes » de la Commune. Tout cela avec un ton très libre, distribuant tacles et claques historiographiques au gré des pages. Du coup, le compte est bon ?

Dessin de Daniel Vierge, Marins fédérés devant une barricade rue de Rivoli, mai 1871, Paris, musée Carnavalet. © La Commune expliquée en images

Dictionnaire de la Commune, Bernard NoëlL'Amourier, 2021

Ce Dictionnaire de la Commune n'est pas un dictionnaire. Il en a le nom et est usiné par ordre alphabétique, c'est vrai. Mais la comparaison s'arrête là. Ce livre, Bernard Noël l'a davantage imaginé comme un terrain de jeu littéraire, poétique et de l’esprit… Les pions, ce sont les entrées, cousues main et construites par l'auteur au détour de ses minutieux dépouillements des journaux et livres d'époque. Pour la manière d'appréhender cet objet pas commun, c'est comme avec l’éthylique théorème du chasseur, il n'y en a pas de bonne ni de mauvaise. Votre règle sera la règle. L’ancienneté du livre – il est cinquantenaire – fait que l’historiographie de l’événement a avancé, mais l’essentiel de cet ouvrage, tout juste réédité chez L’Amourier, est sans doute ailleurs.

Les Ecrivains contre la Commune. Suivi de Des Artistes pour la Commune, Paul Lidsky, La Découverte, 2021

Face au drapeau rouge, les plumes se sont transformées en ergots. Ici, Paul Lidsky dresse un panorama de la réception de l'évènement par les écrivains. Ou plutôt de la répulsion, tant, à part quelques cas qui se comptent sur les doigts d'un poing levé – Rimbaud, Verlaine… –, les écrivain(e)s – Anatole France, Goncourt, Flaubert, mais aussi Zola ou Sand – ont démonté l'événement et ses acteurs dans un rare et violent unanimisme. La Commune y est dépeinte comme le fait de déclassés, alcooliques, voyous, étrangers ou encore de prostituées ; les femmes sont particulièrement servies. A cette réédition s'ajoute un nouveau contrepoint qui traite du soutien des artistes pour la Commune. On citera le rôle clé de Gustave Courbet, président de la Fédération des artistes et à l'origine… de la chute de la colonne Vendôme. 

Nous irons chanter sur vos tombes. Le Père-Lachaise, XIXe-XXe siècle, Danielle Tartakowsky, Aubier, 1999

Le Père-Lachaise ou la mémoire de la Commune. Avec ce livre titré avec l’accent de Boris Vian, Danielle Tartakowsky excave l’histoire politique du cimetière parisien. S’il a toujours été l'objet d’un investissement politique, la Commune y adjoint un sens nouveau, qui a longtemps irradié tous les autres. Rembobinons. Fin mai 1871, le Père-Lachaise accueille entre ses tombes certains des derniers combats de la Semaine sanglante : 147 fédérés sont fusillés et ensevelis le long de son mur sud-est. Plutôt que de siffler la fin de l'histoire, l’espace martyr devient sacré pour le mouvement ouvrier et, à partir de 1880, on monte au Mur des fédérés pour honorer les morts. Autour de ce mur se construisent – parfois avec fracas – tout un imaginaire et une culture politique, le cimetière accueillant par exemple 600 000 personnes en mai 1936 pour célébrer la victoire du Front populaire en mai 1936.

Autour des Communes de province

Comme toujours, Paris tire un peu la couverture à elle avec sa Commune. Et pourtant, tandis que ça chauffait sur la capitale, tout un tas d'autres feux insurrectionnels ont jailli dans le pays, de taille, durée et considérations différentes. Où ça ? Où ça ? A Lyon, Marseille, au Creusot ou encore à Saint-Etienne. Avec, au-delà des problématiques locales, la question des relations entre la Commune de la capitale et celles de province. Défriché par Jeanne Gaillard dans les années 1970, ce champ de recherche a plus récemment vu germer les travaux de Marc César sur les Communes du Midi et particulièrement Narbonne. Egalement à lire, les analyses de Quentin Deluermoz sur les Communes d'Alger, de Lyon et Thiers, longue d'à peine quelques heures, dans son dernier ouvrage. Allez les Parisiens, on respire un bon coup, on se mouille la nuque et on passe le périph. 

La Garde nationale devant la colonne Vendôme avec femme et enfant au sol, Commune de Paris. Braquehais, Auguste Bruno, Photographe. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

BD et romans graphiques

Le Cri du peuple, Tardi, Vautrin, Casterman, 2021

Vingt ans après le début de sa quadrilogie adaptée du Cri du peuple de Jean Vautrin, Tardi vient apporter son intégrale à l'édifice des 150 printemps du printemps 1871. Son Cri du peuple est une suffoquante immersion dans la Commune, avec des petites histoires qui se règlent au milieu de la grande, des histoires d'amour qui se nouent au détour d'engagements et une formidable clameur pour le Paris populaire. Lieux, surnoms, expressions, rien n'est laissé au hasard dans le langage et tout est imagé avec agilité. L'Ourcq se fait plus piste aux étoiles des gueules de traviole et des coups de surin que parties de mölkky, Adolphe Thiers a droit à son dictionnaire personnel des sobriquets et la Commune est dépeinte sous ses plus beaux atours. Quant aux piques argotiques, se référer au glossaire de fin de volume. 

Les Damnés de la Commune, Raphaël Meyssan, Delcourt, 2017

Sans aucun doute, il y a des histoires de voisinage (et des Courbet) qui se valent plus que d’autres. Pour Raphaël Meyssan, parti sur les traces de Lavalette, un communard ayant habité dans son immeuble, ça a donné une trilogie tendance chef-d’œuvre : Les Damnés de la Commune. Pour situer le niveau, au royaume de la Commune graphique, il regarde désormais droit dans les yeux l’omnipotent Tardi, c’est dire. Il y a cette quête de Lavalette et de son histoire, qui nous mène au cœur de l’insurrection parisienne, étayée par le récit de Victorine Brocher et de toute une série d'archives et mémoires. Surtout, il y a l’univers graphique, complètement délirant car entièrement réalisé avec des gravures récupérées dans les journaux et livres d’époque. Huit ans de travail pour des milliers d’images collectées. Raphaël Meyssan se plaît à citer Chris Marker en inspiration, et c’est vrai que le fond de sa bulle est beau.

Témoignages, bios et écrits de communard.es

Mes Cahiers rouges. Souvenirs de la CommuneMaxime VuillaumeLa Découverte, 2013

« Tout dire ou ne rien dire, voilà ma règle. » Alors, de sa Commune, Maxime Vuillaume dit (presque) tout dans ses Cahiers rouges, et sans balles à blanc. Aurait-il pu en être autrement avec l'une des trois têtes pensantes de la redite communarde du Père Duchêne, la gazette corrosive d'Hébert durant la révolution ? Ce qui fait le sel de ces cahiers, consciencieusement compilés et mis en musique par Maxime Jourdan, c'est qu'ils sont écrits avec panache, et sans éluder les potentielles polémiques. Vuillaume laisse tour à tour le premier rôle à ses souvenirs, ses recherches ainsi qu'à ceux qu'il juge dignes de confiance. Le tout dans un récit aussi long et complexe que haletant et limpide. Certains passages, comme la balade cinématographique dans le 5e arrondissement juste avant la bataille, séquencée heure par heure, ou la folle cache et fuite de Vuillaume, sont de vrais morceaux de bravoure. Et puis il y a ces petits moments, ces recettes de bouffe ou ce directeur de l'Hôtel-Dieu qui pêche en pleine canonnade, qui donnent corps comme jamais à la Commune. Concluons sans faux-fuyants : ces Cahiers rouges sont tout simplement l'un des plus intrigants, captivants et remarquables témoignages sur la Commune.

Histoire de la Commune de 1871Prosper-Olivier Lissagaray, La Découverte 

Le livre de Lissagaray, c'est un peu comme un classique qu'on a écouté en boucle, qui a un peu vieilli, mais qui garde tout son intérêt. Journaliste, Prosper-Olivier Lissagaray, qui a combattu pendant la Commune, est à Londres quand paraît en 1876 la première édition de son Histoire de la Commune. Partisane, cette somme enrichie jusqu'en 1896 a alors un objectif : réaliser une enquête étayée sur la Commune, ses significations et apporter un contrepoint au tombereau de publications anticommunardes. Longtemps repère historique indéboulonnable, cette histoire de Lissagaray constitue aujourd'hui un formidable témoignage d'un acteur de l'événement, sur lequel il est difficile de faire l'impasse. Un classique, quoi. 

C'est la nuit surtout que le combat devient furieux. Une ambulancière de la Commune, 1871, Alix Payen, Paris, Libertalia, 2020

Il y a vos cartes postales de vacances et il y a la correspondance d'Alix Payen pendant la Commune. Ce recueil de lettres fiévreuses présenté par Michèle Audin – dont une bonne partie est inédite – retrace le parcours de cette femme issue de la bourgeoisie lettrée pendant le siège et surtout la Commune. Au fil des jours et des lettres, on voit sa perception des événements changer, jusqu'à son engagement comme ambulancière dans le bataillon de son mari. On la suit en train de se perdre dans la nuit noire sous la canonnade, évoquer le quotidien et le dévouement des soldats, les soigner, s'étonner de leurs bonnes manières et développer sa croyance en l'idéal communard. Pour la fin, on a connu mieux niveau suspens. Quoique…

Portrait de Michel Louise (1830-1905), pris à la prison des Chantiers à Versailles. Commune de Paris, 1871. Appert, Ernest Charles, Photographe. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet – Histoire de Paris

Autour de Louise Michel 

Sa vie, son œuvre ou sa légende : que du bon, du brut et du brillant chez Louise Michel. Son destin sous la Commune est un bon aperçu de sa vie, traversée par un engagement de tous les instants et sans compromis. Elle aide les gosses de son école, soigne, milite, se bat avant d'être déportée en Nouvelle-Calédonie où elle soutient une insurrection kanake. Si la vie de Louise Michel est un roman, l'institutrice a elle-même joué de la plume pour la raconter. Mémoires, recueils de discours, poèmes, correspondances, histoire de la Commune, on ne compte plus les ouvrages édités et souvent estomaquants. Il faut lire Louise Michel pour comprendre son statut d'icône féministe, anarchiste et de l'émancipation.

Souvenirs d’un morte vivante. Une femme dans la Commune de 1871, Victorine Brocher, Libertalia, 2017

Les Souvenirs d'une morte vivante, c'est le genre de bouquin à faire passer l'année 2020 pour un paisible Déjeuner sur l'herbe. Ce livre, c'est celui de Victorine Brocher, fille d'un exilé politique (de 1851) qui porte l'émancipation en filiation et raconte ce qu'elle a vécu avant et pendant la Commune. Et c'est pas des plus gai. Avec trois décès d'enfants, elle trouve quand même la force de militer politiquement, avant de devenir ambulancière sous le siège et la Commune. Elle y embrigade son mari, avec une conception très moderne de la place de la femme. Ça se lit en apnée, les descriptions coupent parfois l'appétit et la fin, avec ce « cercle de feu » qui se rapproche, donne l'impression que Brocher joue à la roulette russe avec l'inéluctable.

Autour d'Eugène Varlin

Eugène Varlin, c'était un peu « le meilleur d'entre nous », la révolution en plus et les emplois fictifs en moins. Si sa mort tragique – à 31 ans – à la fin de la Commune l'a élevé au rang de martyr ouvrier, elle met surtout un terme à une hyperactivité militante peu commune. Sur la décennie écoulée, cet ouvrier relieur aura pris une part considérable au développement de l'Internationale à Paris, écrit sur le mouvement social, fait des tours en prison, posé la question de l'égalité homme/femme et créé une caisse de grève, une coopérative d'achats et même un restaurant coopératif. Brillamment élu sous la Commune, il fuit la lumière des débats pour devenir gestionnaire du quotidien dans son arrondissement, avant de combattre sur l'une des dernières barricades. Ça se passe où pour découvrir Varlin ? Soit dans le texte avec une anthologie présentée par Michèle Audin, ou en bio avec les pontes Jacques Rougerie et Michel Cordillot.

Léo Frankel, communard sans frontières, Julien Chuzeville, Paris, Libertalia, 2021

A tous les globe-trotters qui nous font chier avec leur semestre en Australie, ceci est une vraie « expérience de vie ». Né en Hongrie en 1844, Léo Frankel passe par l'Autriche, l'Allemagne avant de débarquer à Paris en 1867. Militant hyperactif de l'Internationale, cet ouvrier orfèvre rallie immédiatement la Commune, dont il est le seul étranger élu, à la commission au travail et à l’échange. Ce qu'il y a fait ? La réquisition d'ateliers abandonnés, les suppressions du travail de nuit des boulangers et du mont-de-piété… Ha, et il pose aussi la question de l'égalité homme/femme. Il finit sur une barricade, se prend une balle, part se requinquer en Suisse, avant de filer à l'anglaise – comme de nombreux communards – en s'installant à Londres, devenant un intime de Marx. Revenu à Paris en 1889 après mille aventures en Europe, il y meurt en 1896, quasiment vingt-cinq ans jour pour jour après son élection à la Commune. 

La Revue Blanche, « Enquête sur la Commune de Paris ». Présentation de Jean Baronnet, Editions de l'Amateur, 2011

Déjà critique d'art redouté, anarchiste mais pas encore comptable des Nouvelles en trois lignes, Félix Fénéon lance, en 1897, une enquête sur la Commune pour La Revue blanche. Trois questions posées à 42 « publicistes », « membres de la Commune » et « autres témoins » pour éclairer l'insurrection, le rôle et l'avis de chacun sur le printemps 1871. L'enquête donne une large part aux paroles des communards à une époque où le sujet est encore explosif, mais Fénéon interroge aussi leurs adversaires, dont certains ont participé aux massacres. Toutes les réponses, refus compris, sont publiées, pour des malaises garantis. 

Une enquête également accessible gratuitement ici

Souvenirs d'un révolutionnaire. De juin 1848 à la Commune, Gustave Lefrançais, La Fabrique, 2013

Quarante-huitard, communard et globalement révolutionnaire au plus profond de son lard, Gustave Lefrançais possède une boîte à souvenirs presque aussi remplie qu'une chaussette de militant RPR un jour d'élection. Instituteur pas vraiment en phase avec la monarchie de Juillet, on le découvre, entre ses crapahutes sur les barricades de Juin et de Mai, en exil à Londres, où il rencontre un certain Karl Marx, en héraut des réunions publiques à la fin de l’empire, et bien souvent devant dès que ça chauffe. Lefrançais est intransigeant politiquement, pas vraiment adepte des compromissions, il distille ses souvenirs avec acidité, n'hésitant pas à tacler à la carotide certains de ses anciens petits camarades. « Souvenirs souvenirs… »

Vue générale des bâtiments incendiés dans Paris, lors de la semaine sanglante, sous la Commune. Anonyme, Graveur. CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet - Histoire de Paris 

Blanqui. L’Enfermé, Gustave Geffroy, L'Amourier

Blanqui, c’est un peu l’arlésienne de la Commune. Arrêté la veille de l’insurrection parisienne, il est emprisonné et mis au secret. Mais on ne compte pas les disciples du « vieux » à Paris, dont certains négocieront pour le faire sortir. Parce que Blanqui n’est pas n’importe qui. Le XIXe siècle et ses soubresauts révolutionnaires se confondent avec la vie et les théories de l’Enfermé. Un surnom gagné au prix de plus… de quarante ans à l'ombre. Pour un « Vis ma vie de Blanqui », ça se passera donc avec la maousse bio du journaliste Gustave Geffroy, parue en 1897 et rééditée en 2015 chez L’Amourier. 

Romans

Dans l'ombre du brasier, Hervé Le Corre, Payot et Rivages, 2019

Pour l'ambiance, imaginez un polar noir en plein milieu des derniers jours apocalyptiques de la Commune. Au milieu de tout ça, une histoire tissée par Hervé Le Corre où s'entrechoquent idéaux, vies et vices. On y suit des fédérés bien sûr, la compagne de l'un d’eux mais aussi un commissaire qui enquête et des sales types. Pendant dix jours, Dans l'ombre du brasier, ça rêve, ça s'aime, ça combat, ça enlève des femmes et ça fait des photos dégueulasses. Au fil des pages et des liens qui se resserrent entre les personnages, le rythme se fait de plus en plus oppressant et l'intrigue accrocheuse. Hervé Hardcore. 

Josée Meunier, 19 rue des Juifs, Michèle Audin, L'Arbalète, 2021

Tout part d'une histoire vraie : une perquisition de police le 27 juillet 1871 par le commissaire Victor Berlioz. Ce qu'il cherche ? Des communards. Ce qu'il trouve ? Rien. Mais c'est à partir de cette archive (et d'autres) que Michèle Audin a tricoté l'intrigue de son dernier roman, relatant l'histoire d'amour de Josée Meunier et Albert Theisz, le délégué aux Postes sous la Commune. Il s'enfuit à Londres, elle le rejoint, quittant son mari, sa ville, cet immeuble et ses voisins chéris. Une communauté communarde se construit, s'épaule mais ces dix ans à Londres sont aussi teintés de mélancolie pour cette ville et cet idéal pour lesquels ils ont tout perdu. 

Comme une rivière bleue, Michèle Audin, L'Arbalète, 2017

A jamais le premier livre de Michèle Audin sur la Commune. Dans ce roman à la forme libre, l'auteure zigzague entre une obsession pour la Commune – celle du narrateur, mais aussi un peu la sienne – et un récit de l'événement vu du rez-de-chaussée. On éprouve le quotidien de celles et ceux qui vivent la Commune, entre noms célèbres et obscurs. Ce quotidien, c'est prendre part à la vie politique, aller au bal, à la foire aux jambons, à un concert, au musée pour la première fois, faire paraître un journal, être empli de joie et aimer au moment des combats. Quant à ceux qui seraient en manque de guide culturel, une très belle visite de la ville par le journaliste Lissagaray au temps de la Commune vous est offerte dans ce livre. 

L’Insurgé, Jules Vallès, 1886

Difficile de passer à côté du classique de Jules Vallès, rédacteur en chef du Cri du peuple, l’un des journaux les plus lus du printemps 1871 et parmi les personnages les plus illustres de l’insurrection. La légende raconte qu’on aurait fusillé plusieurs Vallès pendant la Semaine sanglante ; il mourra finalement en 1885. Pour vous donner une petite idée, L’Insurgé raconte les tribulations de Jacques Vingtras sous la Commune, qui ressemblent quand même pas mal à celles de Vallès. Lisez-le, chroniquez-le, le ou la meilleur(e) remportera une barricade à taille réelle. 

Ruines de la Commune de Paris, 1871. L'Hôtel de Ville, la place et le quai de l'Hôtel-de-Ville, le pont d'Arcole vus de l'île de la Cité, 4ème arrondissement, Paris. Andrieu, Jean, Photographe.
CC0 Paris Musées / Musée Carnavalet

Bonus (livres non lus, feuilletés ou en attente de jugement dernier)

*Mémoires d'un communard, Jean Allemane, La Découverte, 2001
*La Commune au présent ; une correspondance par-delà le temps, Ludivine Bantigny, La Découverte, 2021
*Jetés aux ténèbres, Sandrine Berthet, Editions du Sonneur, 2021
*La Commune des écrivains. Paris 1871 : vivre et écrire l'insurrection, anthologie établie par Alice de Charentenay et Jordy Brahamcha-Marin, Folio, 2021
*La Commune au jour le jour ; le journal officiel de la Commune de Paris (19 mars-28 mai 1871), Syllepse, 2021
*Le Banquet des affamés, Didier Daeninckx, Gallimard, 2012
*Philémon, vieux de la vieille, Lucien Descaves, La Découverte, 2019
*Nous la Commune. 18 mars - 28 mai 1871, Dugudus, Hugo Rouselle, 2021
*La Proclamation de la Commune, 26 mars 1871, Henri Lefebvre, La Fabrique, 2018
*Commune 1871. La révolution impromptue, Roger Martelli, Arcane 17, 2021
*L’Imaginaire de la Commune, Kristin Ross, La Fabrique, 2015
*Rimbaud, la Commune de Paris et l'invention de l'histoire spatiale, Kristin Ross, Amsterdam, 2020
*Petit Dictionnaire de la Commune. Les oubliées de l'histoire, Claudine Rey, Annie Gayat, Sylvie Pepino, Le Bruit des autres, 2013
*Rouges estampes, une enquête pendant la Commune de Paris, Jean-Louis Robert, Carole Trébor, Nicola Gobbi, Steinkis, 2021
*Paris 1871, l'histoire en marche ; 21 circuits pédestres sur les traces de la Commune, Josef Ulla, Editions libertaires, 2020

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