Ce samedi 11 avril, une centaine de personnes font la queue rue Sorbier devant le nouveau lieu culturel PRINT, pour espérer danser à la soirée Halfpipe Records, dont les basses s’échappent au moment où la porte s’ouvre pour laisser passer un trentenaire, casquette sur la tête et baggy en bas des hanches, qui repart sur son skate. Un chassé-croisé comme un condensé des quatre ans d’activité de Halfpipe.
Depuis 2022, le trio formé de Matthieu, Thomas et Paul – alias Albré, Lespol et Emi On Skis derrière les decks – a fait son trou dans le bowl de la nuit parisienne en télescopant la culture club, version UK garage (au sens large), avec l’imaginaire et l’énergie de la culture skate.
Cela donne un projet bâti comme un ollie à 360°, traversé de sorties musicales, de merch, de cuvées de vin – celui des parents d’Albré –, de musique de pub, d’émission radio et bien sûr de soirées, dont les cultes Nollie in the Club pour lesquelles ils montent une rampe de skate en arrière-plan du dancefloor. A l’approche de leur prochain run, qui les mènera aux Time Out Food & Drink Awards, on a interviewé le trio pour capter leurs tricks.
Quel est le point de départ de Halfpipe ?
Matthieu : En 2020, on s’est retrouvé en coloc avec Thomas à Paris. On avait l’idée de monter un label de musique pour sortir nos propres sons, sans autre ambition. Mais on commence par une soirée dans un bar à l’Imprévu sur les Grands Boulevards. On n'avait pas de page, pas de visuel et pas de nom ! Le nom Halfpipe sort dans une conversation WhatsApp, et voilà. On a ensuite intégré Paul lors de la soirée suivante, un pote de prépa qui avait mixé à la soirée d’intégration et que j’avais recroisé au premier concert de Fred Again… à Paris. Mais la première année, c’était beaucoup de tests. On a fait toutes les erreurs possibles, que ce soit sur les têtes d’affiche ou les timetables. Ça nous a permis d’affiner notre patte et notre son.
Esthétiquement, qu’aviez-vous en tête ?
Matthieu : On s’est demandé ce qui avait du sens pour nous. On est revenus à nos enfances, assez similaires, immergées dans la culture skate, à écouter autant du rock que du rap, tout en frayant chacun dans les sphères électroniques.
Thomas : Dès le début, le skate était présent sur les affiches de soirée. La première, c'était un screen du film Lord of Dogtown de Catherine Hardwicke avec ses surfeurs qui deviennent skateurs en Californie.
Matthieu : L’autre film que j’aime bien citer, c’est Mid90s de Jonah Hill. Sur l’aspect collectif, il y a toujours eu cette notion de construire et de grandir ensemble. C'est ce qui se passe aujourd'hui avec beaucoup d'artistes autour de Halfpipe. Un peu comme ont pu le faire Ed Banger et Bromance, deux autres inspirations majeures.
Thomas : Dans l’écosystème de Halfpipe, aujourd’hui, il y a des photographes, des vidéastes, des graphistes… Il y a vraiment une énergie collective qui se crée.
La soirée organisée pour votre premier anniversaire a été fondatrice.
Paul : C’était au Cosanostra, un skatepark culte de Chelles. Ça a été très important. C'était la première fois qu'on intégrait le skate dans un événement, au-delà de la philosophie. Ça nous a permis de réaliser qu'on ne voulait pas, par manque de légitimité, seulement jouer dans des endroits dédiés au skate. Ça avait plus de sens d’amener le skate dans un environnement musical. L'idée était de créer des ponts plutôt que d’arriver avec des gros sabots. C’était aussi le début de la communauté car ce soir-là, on a rencontré plein de personnes du team de skate qui tournent encore avec nous, et qui ont été très importantes dans la construction de la date à l’Elysée Montmartre.
Thomas : Il y avait quasiment 300 personnes : des gens du skate venus à Chelles juste pour cette fête, et des amis à nous étrangers à ce monde qui ont passé deux heures à regarder des types tourner dans des bowls, tout en allant danser. On sentait un truc impalpable qui se créait.
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Dans une interview de Sigma réalisée au bord du bowl ce jour-là, vous parliez d'une « vision anglaise de la fête ». Qu’est-ce que ça signifie pour vous ?
Paul : C’est leur aspect plus décomplexé, avec un pied dans des sonorités plus underground et un pied dans des trucs plus accessibles. J'allais une fois par mois à Londres pour voir des labels pour le travail et j’ai découvert des DJ sets beaucoup plus hybrides.
Thomas : Ça nous parle forcément du fait qu’on écoute aussi du rock, de l'indie, de l’IDM…
Matthieu : Il y avait ces expériences anglaises, et on avait aussi en tête ce qu’a fait Ed Banger dans les années 2000. Et sans doute qu’on ne se reconnaissait pas dans ce qui se faisait à Paris.
La culture skate et la culture club sont assez peu associées dans l’imaginaire collectif.
Thomas : C'est même très décorrélé, le skate se vivant dans la rue et de jour. Mais vu que ce sont deux choses qu'on aime sincèrement, ça nous a paru logique. En mixant des sonorités UK garage, on a très vite retrouvé l'énergie du skate, celle des pogos dans le rock. On s'est dit que c’était une vraie porte d'entrée pour le skate dans le club, d’où l’idée d’introduire une rampe.
En quatre ans, vous avez fait des soirées, des rampes, créé du merch, un label, des visuels, du vin, une émission sur la webradio Rinse France. Qu’est-ce qui explique cette hyperactivité ?
Matthieu : Sans ça, on meurt ! On est tous les trois animés par ce qu’on fait et on regarde tout le temps devant. Ça nous permet de rester motivés, et c’est aussi une manière de voir les choses horizontalement.
Thomas : On a toujours vu Halfpipe comme un écosystème qui se nourrit. C'est intéressant pour créer un mouvement communautaire. Si tu aimes la musique, tu vas porter un t-shirt, aller à un event. C’est le cœur de Halfpipe.
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Entre tous ces projets, ce sont les soirées Nollie in the Club, avec la rampe, qui vous ont fait passer des paliers.
Thomas : Ces soirées sont notre locomotive parce qu’elles nous ont permis de nous démarquer. Naturellement, ça prend énormément de place dans le projet parce que les gens nous ont identifiés à ça.
Matthieu : Les Nollie in the Club sont une porte d’entrée pour des gens moins intéressés par le côté club. Mais par exemple, à PRINT, il y avait peu (voire pas) de lien avec le skate. On sait que les Nollie portent le projet, mais on n’a pas envie que ce soit la seule chose que les gens retiennent.
Quel regard portez-vous sur votre place dans le circuit des collectifs parisiens ?
Paul : Bien sûr, il y avait des collectifs qui faisaient vivre la scène UK avant nous et qui la font toujours vivre. Sans doute qu’on a amené un aspect lifestyle qui touche une population un peu plus large.
Matthieu : Les gens viennent à une teuf Halfpipe comme ils vont à une soirée 2 Much, et c’était le but.
Paul : On a envie de faire des ponts avec d’autres collectifs, d'ouvrir des portes comme d'autres l’ont fait avec nous. Parce que si la scène monte, à Paris et au-delà, tout le monde en bénéficie.
On vous retrouve mardi soir au Parc des Princes pour un DJ set lors des Time Out Food & Drink Awards 2026. Ça vous fait quoi de jouer au Parc ?
Thomas : On a proposé à Unsho et à Lil Drea de jouer avec nous. Unsho est un fan hardcore du PSG, il est comme un fou. Il était très ému quand on lui a proposé. Pour lui, c’est sa plus belle date !
Matthieu : Personnellement, je supporte Lyon, mais je suis à fond derrière le PSG en Ligue des champions. C’est incroyable de pouvoir jouer au Parc !

