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Niska, rappeur zélé à textes salés

A l'occasion de la sortie de son album Mr Sal, on a rencontré le rappeur au plus d'un milliard de vues sur Youtube.

Par Charline Lecarpentier
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Le rap français aura décroché ces cinq dernières années assez de disques de diamant pour concurrencer les reflets des vitrines de la place Vendôme. Et ses représentants ont décidé de le faire savoir. Après PNL les pieds dans le vide au sommet de la tour Eiffel, c’est Niska qui annonçait la sortie de son troisième album Mr Sal – véritable détergent pour les humeurs maussades – sur les murs de l’Arc de Triomphe et de la place du Trocadéro. Le rap français est riche : d’un langage créatif qui diffuse les nouvelles expressions urbaines, mais aussi de rythmiques panafricaines et de productions de plus en plus variées. Niska, 25 ans, qui aime “quand ça devient trash” comme il le dit sur La zone est minée, en est un des exemples les plus criants.

Sur ce nouvel opus, le rappeur affûte sa plume en variant toujours plus les flows, aux textes proprement salés. Toujours dans son personnage de Charo, dont la danse des bras planants a été adoptée jusque sur la pelouse des stades de foot (coucou Matuidi), il fait partie des empêcheurs de tourner en rond d’une nouvelle scène rap française hyperactive et plus dansante que jamais, avec des tubes générationnels comme Réseaux ou plus récemment Médicament avec Booba. Rencontre avec le phénomène évryen au plus d’un milliard de vues sur YouTube.

Ton album a été annoncé avec des projections sur l’Arc de Triomphe et la place du Trocadéro. Te considères-tu comme Parisien ?

Non, je suis banlieusard. Paris a sa culture rap aussi, tout comme le 91 a la sienne. Mais moi, à la base, j’allais à Paris pour faire des sorties, j’allais voir la tour Eiffel ou les Champs-Elysées comme un bon blédard. Aujourd’hui, Paris, c’est ce qui me relie au business : les bureaux d’Universal, les interviews, les showcases… Mais je ne sors pas pour autant dans la capitale. D’ailleurs, lors de la présentation de mon album sur les monuments, j’étais à un anniversaire. Mais c’était important de le faire : quand tu travailles tout ce temps sur un projet, tu as envie que tout le monde soit au courant et puisse avoir un avis sur ton travail.

Les deux premiers titres de Mr Sal sont Vrai puis Siliconé. Quelle est la part de vrai et la part de fabriqué dans ta musique et ton personnage ?

La part de vrai, c’est tout l’album, tout est authentique. Siliconé, ce n’est pas pour dire que quelque chose est fake. Je dis juste que les femmes, on les préfère siliconées car parfois, c’est vrai que les choses fausses sont plus attirantes.

Comment se fabrique un album de Niska ?

Je passe sept mois en studio, je commence ensuite à réfléchir à mes clips. J’ai besoin d’un an et demi pour travailler un album bien comme il faut. Je n’ai pas de studio fixe, Mr Sal, je l’ai enregistré à l’étranger, en Angleterre, aux Pays-Bas, au Maroc. Partir m’a donné de l’air et du recul sur ce qui se fait en France et sur comment c’est perçu à l’extérieur.

Qu’as-tu osé faire sur cet album que tu ne t’étais pas permis sur Commando ?

Travailler avec de nouvelles personnes ! Ça m’a permis d’aérer mes idées, de sortir de ma zone de confort. Le titre Stop ressemble à ce que j’ai pu faire avant, mais l’instrumental change, l’état d’esprit, les gimmicks, mais je suis toujours sur la même chose. Mon voyage aux Pays-Bas m’a beaucoup inspiré sur ce titre et, en club, on sent cette agressivité sur laquelle je me suis penché.

Sur J’suis dans les wayes, il y a une petite punchline disant que pour la trap, il faut des gros bras…

C’est un peu ironique, mais c’est pour montrer que ce que je fais n’est pas facile. La trap, tu la fais malgré toi, tu ne te réveilles pas un matin en te disant : je vais être trappeur. Pour moi, la trap, c’est faire de la musique sans se prendre la tête, c’est ce qui fait la différence avec d’autres styles de rap – même s’il n’y a pas de hiérarchie.

Le rap français a-t-il encore quelque chose à envier au rap américain ?

Le rap français s’élargit et touche de plus en plus de monde, il devient très populaire, plus qu’il y a dix ans. Aujourd’hui, c’est devenu normal de jouer du rap dans les clubs ; même en Allemagne, les gens écoutent du rap français. Nous, les dernières générations, on est inspirés par le rap français contrairement aux plus anciens, qui devaient obligatoirement regarder les States, puisque c’était la première vague.

Il y a beaucoup d’invités sur cet album. Quels sont tes réseaux dans le rap français en ce moment ?

Je travaille avec des gens au feeling, soit je capte leur délire – même de loin –, soit je les connais déjà. Sur l’album, on retrouve Koba LaD, qui vient de ma ville, Ninho, avec qui j’ai travaillé depuis sa première mixtape, et Booba sur Médicament et avec qui je bosse depuis mon premier album.

Le couronnement du rap en France a-t-il changé quelque chose à la vie dans le 91 ?

La musique a eu un rôle important, elle a calmé pas mal de conflits entre les quartiers et les différentes villes. Il commence à y naître une certaine solidarité, ce qui n’était pas le cas avant. Aujourd’hui, même à Evry, on dirait qu’il n’y a plus de quartiers. C’est lourd, ça a ramené la paix.

Comment concilier ce nouveau succès, l’argent qui l’accompagne, tout en gardant un pied dans ces villes ?

Il faut apprendre à savoir d’où tu viens et, quand tu vas dans ces endroits-là, à respecter les gens avec qui tu as grandi. Tu as réussi, c’est bien, mais tu n’es pas là pour les humilier.

Ce succès donne-t-il aussi plus de confiance pour être plus personnel ? Sur Manu Le Coq, tu dis être seul, enfermé dans ta sphère…

Je me connais mieux, j’ai plus confiance en moi et donc j’arrive à mieux m’expliquer. Dans Manu Le Coq, je dis que parfois, pour mieux avancer, ça fait du bien d’être seul. Et parfois, j’aime me mettre seul, fumer un bon calumet de la paix et là, j’ai de bonnes réflexions.

Pour finir, quels sont les mots que tu préfères placer en ce moment ?

« Méchant méchant », « Quel bail ? », « tuba » : bref, tous mes gimmicks !

Niska, Mr Sal, en concert à Paris à l’AccorHotels Arena le 21 avril 2020 (Billetterie ici).

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