À Paris, l’appétit pour les « Food running clubs » se confirme
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À Paris, l’appétit pour les « Food running clubs » se confirme

Depuis un an et demi, plusieurs « Food running clubs » sont nés à Paris (et ailleurs en France) avec l’idée d’associer course à pied et bombance. Enquête sur un phénomène qui donne le goût du dépassement à de plus en plus de gourmands.

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Bouger, puis manger, c’est le slogan des « Food running clubs » qui essaiment à Paris depuis 2024. « On court tous ensemble avant de manger tous ensemble. C’est la manière la plus conviviale qui soit de faire du sport ! », résume Léa, habituée de ces événements rassemblant des gens entre 25 et 30 ans qui se sont souvent mis au running sur le tard. Ce public qui demande à conjuguer effort, gourmandise et sociabilité a désormais l’embarras du choix : Cookie Run Club, Fasta Pasta Club, Pattes Pressées Running Club… Le concept est le même, seul le menu change. 

De leur côté, Théo Chaudet, 28 ans, et Théo Delahaye, 29 ans, à l’origine du Food Runners Club, ne se cantonnent pas à une niche culinaire. Parmi les premiers à avoir lancé la tendance à Paris, les Théo mangent à tous les râteliers : cookie de la boulangerie végétale Land & Monkeys, sandwich italien de chez Orto, bagel du nouveau coffee shop Munch, raclette au Bar à Fromage… Autant d’établissements ravis d’offrir aux runners des produits en l’échange d’un Reel ou d’une story sur le compte Instagram du club, suivi par quelque 50 000 abonnés.

A Paris, l’appétit pour les « Food running clubs » se confirme
© Flora Métayer

Un run, pas une course

Pensé sous forme associative et selon un principe de gratuité, le projet de Théo Chaudet et Théo Delahaye a vite rencontré son audience. « On a fixé la jauge à 100 coureurs par sortie et il nous arrive régulièrement d’en inscrire le double voire le triple sur liste d’attente », assure Théo avec un D. Directeur de son agence d’influence, il est de tous les runs organisés par son club – soit deux fois par semaine, le mardi à 19h30 pour la version salée et le samedi à 10h pour la version sucrée. « Une quinzaine de bénévoles s’assurent qu’on s’attende tous, car on refuse de trier les gens par allure », tient-il à préciser. « Il s’agit d’un run social, pas d’une course. »

Le boom de ces « Food running clubs » n’est pas étranger à cette culture de la performance qui imprègne crescendo nos modes de vie, estime néanmoins Baptiste Aubour, fondateur du « studio d’intelligence culinaire » Ventre. « L’ampleur du phénomène est symptomatique du tournant qu’ont récemment pris nos sociétés : une quête permanente du sur-performing qui passe par de nouvelles lubies autour du wellness. » 

Et de poursuivre : « Faire du sport, bien manger, s’acoquiner avec des gens sympas qui nous ressemblent… Sur le principe, associer ces deux consommations est plutôt cool, mais je regrette le raisonnement sous-jacent fondé sur une récompense post-effort, d’autant qu’on mécanise un peu, d’après moi, des actes qui se font naturellement depuis la nuit des temps, comme si mettre des concepts sur du vent nous rassurait collectivement. »

Courir, manger, sociabiliser : à Paris, les « running food clubs » ne connaissent pas la crise
© Flora Métayer
Courir, manger, sociabiliser : à Paris, les « running food clubs » ne connaissent pas la crise
© Flora Métayer

Un intérêt plus social que nutritionnel

La diététicienne du sport Laura Martinez voit les choses autrement. Elle se félicite de la déconstruction de l’amalgame entre course à pied et modération alimentaire. « Quand on sait que la communauté du running est l’une des plus concernées par les troubles du comportement alimentaire, on ne peut que se réjouir de l’émergence de ce genre de concepts. » 

Qu’importe, selon elle, que les mets dégustés ne soient pas parfaitement adaptés à la récupération sportive, d’un point de vue nutritionnel. L’intérêt est ailleurs. « Il est surtout social et motivationnel. Si ces clubs parviennent à donner le goût de la course à ne serait-ce qu’une personne, ils ont tout gagné ! »

A Paris, l’appétit pour les « Food running clubs » se confirme
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Signe que l’affaire est bien engagée, le Food Runners Club a essaimé à Lille, Bordeaux, Lyon, Annecy, Grenoble et Montpellier. « Plus d’un an après le lancement du concept, les listes d’attente ne désemplissent pas et on voit régulièrement les mêmes têtes ! », se réjouit Théo D, qui vient de lancer un club à Genève et travaille sur un développement international. Les runners de Londres ou Berlin vont bientôt pouvoir passer à table !

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