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Comment les artistes peignent Paris en 2025

Chagall peignait Montparnasse. Eux croquent les rues de Barbès, les devantures du 11e et les toits de Montmartre.

Zoé Terouinard
Écrit par
Zoé Terouinard
Journaliste, Time Out Paris
Paris dans l’œil des artistes
© Bilal Hamdad
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Robert Doisneau l’a photographiée, Truffaut l’a filmée, Juliette Gréco l’a chantée. Paris n’a jamais cessé d’inspirer. Aujourd’hui, ce sont les peintres et illustrateurs qui la racontent, sans décor en toc. Loin du Paris de carte postale, leurs œuvres montrent la ville telle qu’elle se vit : sous le métro aérien, dans les rues cabossées, au ras du trottoir.

Antoine Maignan

Crayon à la main, Antoine Maignan croque les façades des spots les plus en vue aussi souvent que l’équipe de Time Out croque les meilleurs grecs de Paris. Là où Gustave Caillebotte peignait les hauts-de-forme dans les rues mouillées de 1877, Maignan dessine les jeans baggy et sweats oversize des clients de Walk in Paris ou du Bouyon. Témoin de son époque, aussi à l’aise en design graphique qu’en photo ou en illustration, il réinvente la carte postale : une ville où la hype remplace les monuments.

Jakman

Originaire du Sénégal et installé à Fontenay-sous-Bois, Jakman, alias le « Cowboy Urbain », se met en scène en touriste dans sa propre ville, Stetson vissé sur la tête. Nourri par les couleurs vives des années 1960 à 1980, la démesure de la mode et la poésie du cinéma, il promène son alter ego de quartier en quartier, offrant une version Technicolor des toits parisiens et des comptoirs en zinc. Le bonus ? Des salons de coiffure afro aux bistrots du coin, dans l’univers de Jakman, on voit toujours la tour Eiffel. Même à Fontenay.

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Around The Block

Si le duo formé par Morgan Baufils et Corentin Besse est originaire de La Rochelle, pas de doute : c’est bien Paname qui les inspire. Mettant en scène différents spots emblématiques de la capitale, de la Petite Ceinture à la place des Vosges, en passant par (feu) Tati Barbès, la BNF ou le Palais de Tokyo, leurs compositions épurées font la part belle à l’architecture si particulière de Paris, surtout représentée la nuit. Car, après tout, pour tirer tout le charme de la Ville Lumière(s), encore faut-il qu’elle soit allumée !

Bilal Hamdad

De Sidi Bel Abbès à Barbès, Bilal Hamdad est un Parisien d’aujourd’hui, qui peint la capitale avec une justesse sans pareille. Digne héritier d’Edward Hopper ou de Manet, l’hyperréaliste saisit des scènes urbaines sur le vif, des terrasses de café aux abords du métro. Pas de fioritures, ni de clichés de la rive droite : avec Bilal Hamdad, Paris révèle toute sa beauté, même dans sa banalité. Un parti pris qui a récemment séduit le Petit Palais, qui lui consacre actuellement une expo événement, sobrement baptisée Paname.

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Louise Gouet

Et si, pour apprécier toute la beauté de Paris, il fallait regarder la ville à travers les yeux d’une étrangère ? Originaire de la côte sud de l’Angleterre, Louise Gouet réussit à capter l’atmosphère de la capitale sans jamais tomber dans le cliché de la carte postale. Proposant une vision ultra-douce des toits de Paris ou de la fontaine des Tuileries, l’illustratrice nous donne envie d’errer dans ces lieux que l’on oublie quand on y vit, que l’on pense réservés aux touristes ou aux nouveaux venus, et dont on se prive trop souvent du charme.

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Calixte Bernard

Sous le pseudo Calyfornie, l’illustratrice et peintre insuffle un peu de soleil de la West Coast dans ses vues de Belleville ou de Montreuil. Passionnée de foot et enfant de la génération MTV, elle fait de Paris le décor joyeux d’un clip de R&B des années 2000 grâce à sa galerie de personnages éclectiques et à ses couleurs toujours électriques. Une patte reconnaissable entre mille qu’elle dévoile aujourd’hui dans une bande dessinée largement inspirée de sa vie, où l’on suit Bamby, héroïne des années 1980 fraîchement arrivée du Cameroun, entre galères et histoires d’amour.

Enfant Précoce

Également originaire du Cameroun, Francis Essoua, alias Enfant Précoce, peint Paris à travers ses yeux d’enfant, ceux qui s’attendaient à voir un vrai château rouge dans le quartier du même nom et qui se gelaient le matin en accompagnant sa mère au marché de Saint-Denis. Une vision naïve mais jamais dépolitisée, qui célèbre celles et ceux que l’on ne voit jamais : des nounous qui s’occupent des enfants des autres pour nourrir les leurs à ceux qui ont emprunté une prétendue « Route vers le Paradis », semée d’embûches, pour venir s’installer ici.

Paul Duru

Illustrateur hyperréaliste et pur produit de la capitale, Paul Duru est un artiste du détail. Avec lui, les vues de Paris n’ont jamais semblé aussi photographiques, comme si le temps s’était figé au bout de son crayon. Il émane de ses travaux une poésie inexplicable, un silence rare dans une ville à 100 à l’heure. Du vol des oiseaux sur les ciels orange d’été aux toits grisés par le froid de novembre, en passant par le calme des matins pré-métro-boulot-dodo, avec Paul Duru, Paris se repose enfin. Et nous aussi, par la même occasion.

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Charles Monnier

Illustrateur et graphiste surtout actif du côté de la presse, Charles Monnier s’inspire aussi bien de l’univers de la BD que des affiches publicitaires des années 1920 pour proposer des vues colorées et vivantes de la capitale. Entre immeuble haussmannien décoré de fêtards du Nouvel An et couvertures critiques mettant en scène les aspects les plus sombres de Paris, Charles Monnier prouve que Paname est un carrefour où tout se rencontre : des luttes politiques à la beauté des rues, en passant par la joie d’être ensemble, malgré tout. 

Maguelone du Fou

Si Jacques Dutronc chantait le Paris qui s’éveille, Maguelone du Fou préfère le Paris qui ne s’est jamais couché. Vue de nuit, la capitale s’anime au rythme de ses fenêtres et de ses balcons enfumés par les cigarettes consumées un peu trop tard par des Parigots enivrés par le pet’nat’ et les conversations sans fin. Le tout dans un style proche de l’album jeunesse, qui nous rappelle que, malgré les galères et le RER, Paris reste, comme le disait Hemingway, une fête. 

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