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Entretien avec Usé, le musicien le plus perché de l'époque
© Olivier Leclert

Entretien avec Usé, le musicien le plus perché de l'époque

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Seul sur scène, Usé déploie bien plus d’énergie qu’un brass band de 15 personnes. Avec Selflic, son deuxième album sorti chez Born Bad Records, LE label de rock indé français, il repousse les frontières du punk, du bidouillage électronique et de la chanson à textes. Interview-barbecue avec l’artiste le plus grillé des synapses du moment.

Interviewer Usé en se faisant un barbecue dans le jardin du patron de Born Bad Records. Le tableau était beaucoup trop beau pour être vrai. Quand les Nadine de Rothschild de l’industrie musicale y verraient un Radeau de la Méduse de leur monde, on y décèle un début de perfection à la Michel-Ange. L’idéal à atteindre n’est pas loin. Comme si cette scène (Cène ?) peignait à elle seule cette scène rock indépendante actuelle, dans tout ce qu’elle a de d’humaine, de dérangeante et forcément d’incroyablement attirante. Ici, pas de filtre Instagram, pas de clauses contractuelles, tout est clair comme de l’eau de roche, limpide.

Nicolas Belvalette ne feint pas le punk, c’est un vrai punk. Bien peu d’artistes sont aussi sincère et instinctif que lui. Tellement qu’il porte son vécu en patronyme, façon manifeste : Usé. Le simple récit de ses péripéties de vie mériterait un article à lui seul. Le plus marquant ? Sans aucun doute sa candidature à l’élection municipale d’Amiens en 2014, à la suite de la fermeture de sa salle de concerts, L’Accueil Froid. Tout un monde.

Et presque logiquement, ses disques semblent mêler philosophie deleuzienne et satire à la Reiser. En écoutant Selflic, on s’interroge sur le sens de la vie option Monty Python, on chiale et par-dessus tout on se marre comme un adolescent devant l’évocation du mot "sexe" en cours d’éducation sexuelle. Chien d’la Casse nous disait son premier album. Il est grand temps qu’il sorte de sa niche.

© Olivier Leclert

Time Out Paris : Commençons avec une question très Thierry Ardisson. Usé, pour ceux qui te découvriraient, ton nom de scène est lié à ton vécu. Tu t'es fait rouler dessus dans un festival, – le nom d’un de tes 250 autres groupes en porte d’ailleurs la trace, Les morts vont bien, et une de tes nouvelles chansons s’appelle "Cardiaque" : Usé, dis-moi, comment ça va ?

Usé : [Il fait mine de nous coller une baffe] Ça va mais je suis en suspens, avec beaucoup de choses qui arrivent de manière inopinée, pas mal de couilles.

J'ai eu vent d’une histoire où une artiste avait annulé à 16h, que les organisateurs t’avaient appelé et qu’à 19h, t’avais déboulé pour faire un super concert. Tu sembles constamment fonctionner à l’instinct, à la passion. Dans une société où tout est brainstormé, planifié, tu détonnes. Tout est comme ça dans ta vie ?

Usé : Souvent, mais pas complètement non plus. Je serais sans doute mort si j’étais totalement à l’arrache ! Par exemple avec notre salle de concerts, il faut un minimum d’organisation. Et puis j’ai eu un label… que j’ai totalement niqué en étant un très mauvais vendeur !

C’est ce qui t’a fait aller chez Born Bad ?

Usé : A vrai dire, c’est JB [Jean-Baptiste Guillot, NDLR] qui est venu me chercher, je n’avais pas la nécessité de sortir chez Born Bad. Mais il est vrai que j’ai eu l’envie d’essayer autre chose, de voir l’autre côté et de ne pas rester bloqué dans l’underground. Lier plusieurs milieux, du punk au plus pop.

On a vraiment l’impression que Selflic a bénéficié de bien plus de soin que ton premier album, Chien d'la casse. Qu’as-tu essayé de faire de différent ?

Usé : Un meilleur son. Enfin non, un son différent ! J’aime le premier album, dans son côté instinctif. Je ne veux pas recommencer des choses, si ça se fait sur le moment, c’est que ça devait se faire. Avec le deuxième, c’est une autre manière de travailler, de faire une pochette et de réaliser un album presque à thème.

© Olivier Leclert

Plus politique peut être ?

Usé : Je dirais que ça serait davantage thématique que politique. Tu penses sans doute au titre Danser un slow avec un flic mais celui-ci n’a rien de politique, c’est une simple histoire racontée. Et ce clip est pour un moi un véritable court-métrage.

C’est très cinématographique.

Usé : Tout à fait ! Bien plus qu’engagé.

Pour revenir à Danser un slow avec un flic, d’où vient-elle cette chanson ?

Usé : La base de cette chanson, c’est le titre de Renaud J’ai embrassé un flic. Et mon cerveau en a fait un J’ai embrassé un flic dans une Renault. Ce qui est drôle, c’est que j’ai écrit les paroles en écoutant I Shoot the Sherif de Bob Marley, un morceau que je trouve extrêmement violent. Je me suis dit "pourquoi ne pas écrire des paroles violentes au possible sur une rythmique très douce".

On retrouve ce côté très doux avec Sous mes draps et pour le coup, on se pose vraiment la question : est-ce qu’au fond, Usé ne serait pas un crooner qui s’ignore ?

Usé : Tu as oublié Marilou, la première chanson que j’ai écrite ! Mais j’aime vraiment les chansons d’amour !

Et tu as l’autre versant avec Dans un coin et son côté très Aphex Twin, où je me dis, le gars part en raveparty.

Usé : Pas vraiment pour Aphex Twin que je n’ai jamais écouté. Tu as pleins d’influences notamment du DAF, du Ideal ou encore du Liaisons Dangereuses. Et puis la fin peut ressembler à du Sonic Youth, du Swans, du Neubeuten.

On a de la « chance », on fête aujourd’hui – 21 juin – la journée du selfie. Peux-tu me parler de ce titre d’album ?

Usé : Je te raconte. Mon pote qui est sur la pochette était là pour trois jours et dans ce laps de temps, on devait tourner le clip et faire la pochette. On tourne deux jours – deux jours de cuite – et nous voilà le dernier jour à devoir faire la pochette avec un sacré mal de tête. Et comme d’habitude, ça s’est fait à l’instinct. C’est le moment où tu amènes un thème et tu tripes avec tes potes et ça en donne quelque chose de sublime ! Et le nom vient du fait que le photographe a vu cette perche à selfie que j’avais volé sur une aire d’autoroute et m’a dit "tiens prends-la". J’avais mon nom d’album.

 

                               [Jean-Baptiste Guillot, boss de Born Bad, débarque du fond du jardin]

JB, toi qui sort des rééditions, si tu devais citer une ascendance à Usé, tu te tournerais vers qui ?

Usé : Moi je dirais Métal Urbain ou les Bérus.

JB : Si je ne devais t’en dire qu’un, ce serait Lucrate Milk plus que les Bérus !

Pour finir, dans le documentaire Mauvaises Graines qui retrace les 10 ans de Born Bad, tu évoques le fait que Chien d’la Casse t’a permis de cocher des cases avant de mourir. Du coup, quelle case Selflic t’a-elle permis de cocher ?

Usé : Vu que j’ai failli claquer pleins de fois, c’était encore une autre case à cocher. Quand tu te retrouves dans un lit d’hôpital, tu as des regrets. Et tu te dis que si tu t’en sors, tu la cocheras, cette case.

Et comment tu te trouves de nouvelles cases à cocher ?

Usé : Déjà, je fais en sorte d’être plus calme ! Et c’est Deleuze qui racontait ça : toute personne a une nécessité de faire quelque chose. Ce n’est pas de prouver quelque chose, c’est d’assouvir quelque chose dont tu as besoin et au fond, de te satisfaire. 

© Olivier Leclert

Et parce qu'en ces temps de Coupe du Monde, une légende dit que ne pas avoir vu Usé en concert, c'est un peu avoir raté sa vie, on file vite à la release party ce 4 juillet au Point Ephémère ! Pis ça coûte 5 € ! Billetterie par ici !

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