Aux origines, Regards croisés sur le racisme et les discriminations, au musée de l’Histoire de l'immigration
© Jane Evelyn Atwood | Photo : La boxe féminine, série, 2000. Collection du Centre national des arts plastiques.

Critique

Aux origines, Regards croisés sur le racisme et les discriminations, au musée de l’Histoire de l'immigration

4 sur 5 étoiles
En faisant dialoguer art et sciences sociales, “Aux origines” nous empêche de détourner le regard sur le racisme. Une exposition dont on ressort un peu sonné.
  • Art
  • Palais de la Porte Dorée Aquarium Tropical, Bel-Air
  • Recommandé
Zoé Terouinard
Publicité

Time Out dit

À l'heure où l'extrême droite tutoie les sommets, où le mot “wokisme” est dégainé plus vite qu’un brassard de contrôleur RATP sur les plateaux télé, l’exposition Aux origines, Regards croisés sur le racisme et les discriminations tombe à pic. Et quoi de plus ironique que de démonter cette mécanique au Palais de la Porte Dorée, ancien Palais des Colonies ? Repenti, celui que l’on nomme désormais musée de l’Histoire de l’immigration accueille une expo essentielle qui n'a rien du tribunal ni du cours magistral, grâce à un parcours thématique brillant autour du regard. Celui qui découpe le monde en cases, qui colle des étiquettes, et que 43 artistes de 20 nationalités prennent un malin plaisir à disséquer.

Ayant bien compris qu’aujourd’hui, il ne suffit plus d’émouvoir, l'expo sort l'artillerie lourde et fait dialoguer les œuvres avec les sciences sociales. Ici, un néon d'Emeka Ogboh recrache le sinistre “Quand il y en a un, ça va…”. Là, Bouchra Khalili rend justice aux travailleurs immigrés. Plus loin, la merveilleuse Sara Sadik trolle les fantasmes sur les quartiers populaires avec plus de finesse que vingt éditos de CNews. Et entre deux œuvres tombent les chiffres. Un nom maghrébin ? Un tiers de chances en moins d'être rappelé par un employeur. Un jeune perçu comme noir ou arabe a quatre fois plus de probabilités d’être contrôlé par la police. Une agence immobilière sur deux joue les videurs ethniques. Ici, les statistiques ne sont plus des chiffres nébuleux, mais les cartels d’une réalité qu’il est aussi difficile que nécessaire de regarder en face.

Mais Aux origines a le défaut de ses qualités. À vouloir embrasser tous les champs du racisme systémique (école, logement, santé, boulot, sport, religion, police…), elle finit parfois par serrer un peu trop fort. On sent le désir, presque militant, de ne rien oublier. Et si c’est évidemment à saluer, cela empêche parfois certaines œuvres de respirer. Alors que c’est justement lorsque l'expo arrête de vouloir convaincre pour laisser les artistes s’exprimer qu’elle est la plus redoutable. Les nuanciers humains d'Angélica Dass, les photographies de Gérald Bloncourt ou de Guillaume Collanges, la bibliothèque habitée d'Hamedine Kane ou les portraits de Yohanne Lamoulère remettent l’humain au centre, quand le débat public préfère les généralités. Evidemment, on ressort un peu sonné. Pas parce qu’on apprend que le racisme existe (ça, malheureusement, on avait capté), mais parce que l’expo sabote allègrement nos automatismes visuels. Et à une époque où l'on voit tout sans vraiment prendre le temps de regarder, c'est déjà une petite révolution.

Infos

Adresse
Palais de la Porte Dorée Aquarium Tropical
293 avenue Daumesnil
12e
Paris
Transport
Métro : Porte Dorée
Prix
13-16 €

Dates et heures

Publicité
À la une