Quand le jeune Azzedine débarque à Paris depuis sa Tunisie natale, en 1956, il n’a qu’un objectif en tête : devenir le nouveau « Christian Dior », celui qui révolutionnera la mode féminine et dont les jeunes créateurs admireront, à leur tour, les créations dans les pages des magazines. Par chance, le jeune couturier atterrit tout droit dans les ateliers du roi de la mode parisienne, où une pote de pote lui dégote un stage… de quatre jours. Un passage éclair qui le marque pourtant à vie et qui sert de point de départ à une véritable obsession : collectionner le plus de pièces signées Dior possible. Résultat ? Près de 600 robes, manteaux ou accessoires sont archivés, en secret. Et se redécouvrent aujourd’hui à travers une double expo parisienne, à la Galerie Dior et à la Fondation Alaïa.
Si la présentation à la Galerie Dior nous a moins convaincus (peut-être son caractère trop méthodique lui ampute-t-il toute forme d’émotion), attardons-nous sur celle pensée par Olivier Saillard, directeur de la Fondation Azzedine Alaïa, qui fait dialoguer les archives de Dior avec celles de l’ancien propriétaire des lieux. Une conversation élégante se déroule sous nos yeux, où l’immense respect d’Azzedine Alaïa pour son aîné est mis en valeur grâce à une scénographie aussi poétique que révérencieuse, où des panneaux de fleurs brodées côtoient des robes suspendues au plafond. Le tout dans un silence quasi religieux, où résonnent les âmes du passé.
Ici, l’inspiration transpire. Pourtant, jamais le Tunisien ne copie, jamais il n’est paresseux. En revanche, il connaît son sujet par cœur, l’étudie, le déconstruit et rend ainsi le plus bel hommage possible au défunt couturier en insufflant sa propre patte à des coupes rendues iconiques par Monsieur Dior. Il se murmure que l’un voulait être architecte et l’autre sculpteur. Une chose est sûre : si le plus jeune préfère le léopard et les robes courtes aux silhouettes unies des années 1950, c’est bien l’amour des volumes, de la matière et le sens du détail qui unit ces deux grands noms de la mode. À jamais.


