Tout est dans le titre. C’est bien dans un espace « au-delà des rues » que Roger Gastman, collectionneur, auteur et marchand d’art américain de 49 ans, a voulu présenter son énorme expo itinérante qui, après Londres, Los Angeles ou Shanghai, vient réjouir les amateurs de street art à Paris. Plus de 3500 m² sous la Grande Halle de la Villette garnis d’installations immersives façon décors de ciné pour présenter une centaine de grands noms de ce mouvement né de la rue, la rage et le dénuement.
Soyez prévenus, si vous êtes néophyte de la culture hip-hop, vous ne ressortirez pas de là beaucoup plus avancé sur presque un siècle d’art de rue (oui il y a un petit coin sur les photos de graffiti de Brassaï dans les années 1930), tant la profusion et le show prennent ici le pas sur la pédagogie. Un exemple ? Le premier décor sur lequel on débouche est un faux magasin rempli de vinyles hip-hop avec une vague installation à base de skates, de vieilles TV et de posters vintage. Au-delà de gaver son Insta, que faut-il y voir ? Que faut-il y faire ? Renseignement, c’est en fait la collection personnelle de Roger Gastman… Ok. Plus loin, on croise un tableau de Damien Hirst… En quoi cette mégastar de l’art contemporain s’inscrit-elle dans le mouvement street art ? Mystère.
Si vous êtes un fan, en revanche, vous allez vous régaler avec une sacrée collection de légendes – tous au moins quinquagénaires maintenant – comme Futura 2000, JonOne, Fab 5 Freddy, Taki 183, Shepard Fairey, Fafi ou Invader, qui ont créé des œuvres spécifiquement pour l’expo. Les vitrines débordent d’objets mythiques (coupure de presse des années 70, cahier de brouillon de Bode, photos de James Prigoff, matos des Beastie Boys, incroyables tenues de Dapper Dan…). Les installations hypercolorées (le magasin de marionnettes de Phil Insect, la Cosmic Cavern fluo de Kenny Scharf, la chenille canapé d’André) vont ravir les enfants. C’est sans doute la grande qualité de cette expo : réunir les générations autour d’un art accessible et permettre aux parents rangés des retournements de rames, de raconter à leur descendance comment ils ont acheté une bombe de peinture chez Ticaret en 1992.
A noter que cette expo se montre tellement hors norme que la boutique possède sa propre curatrice, à savoir Sarah Andelman (créatrice du mythique magasin colette des années 2000) ! Elle a choisi un nombre invraisemblable d’objets liés au street art, du livre de coloriage à la bombe de peinture de 1m de haut.

