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14 expos pour 2014

Doré, Van Gogh, Raysse, Viola... Les rendez-vous les plus attendus de l'année

Ponte City (Où ? Au BAL • Quand ? Du 23 janvier au 20 avril)
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Où ? Au BAL • Quand ? Du 23 janvier au 20 avril

Immobile, l'imposant cylindre de 54 étages surplombe Johannesburg depuis quarante ans maintenant. Au point que cette tour semble imprégnée de l'humeur des rues qui l’entourent, jusqu'à incarner, à chaque époque, les tourments qui traversèrent la plus grande ville d'Afrique du Sud. Dans les années 1970, Ponte City est le fer de lance d'un pays moderne, sorte de cité radieuse rêvée d'une élite blanche ambitieuse. Mais lorsque les Blancs fuient Johannesburg avec les premières émeutes raciales, elle devient très vite le symbole d'une nation déchirée, un squat livré aux ordures, qui aimante les suicidés et, selon la rumeur, attire prostitution et bandes organisées. Au XXIe siècle, le projet est relancé : le building devient alors un lieu de vie de l’ère post-Apartheid, où se côtoient classes ouvrières noires et Blancs de la petite bourgeoisie. 


En travaillant pendant cinq ans dans les coursives de cet immeuble-monde, Mikhael Subotzky et Patrick Waterhouse, deux jeunes photographes, ont relevé dans le ventre du béton les traces de ces décennies de mutations. Au confluent de l'archéologie et de la sociologie, leur démarche immersive va au-delà de la simple prise de vue. La systématisation de leur photographie (comme lorsqu'ils prennent en photos toutes les portes et toutes les fenêtres de Ponte City), ajoutée à leur souci constant de mise en perspective (entre les époques, entre le paradis sur papier glacé promis par les publicités immobilières et la réalité, etc.), tendent à écrire une histoire éclatée du lieu.

Avec une grande profondeur, le travail que le duo sud-africain expose au BAL cerne les maux de toute une société. A la sensation d'enfermement et au parfum d'utopie amère qui se dégage de la première salle répond le sous-sol, où surgissent des voix. Subotzky et Waterhouse vont au-delà des portes pour récolter des dizaines et des dizaines de traces (photos, documents, livres, objets, lettres, images) qui leur permettent de reconstituer quelques bribes des existences de ceux qui ont traversé cette tour de Babel désagrégée – comme les démarches de cet immigré congolais qui tente de refaire sa vie à Johannesburg. Il en résulte une installation dense et intelligente qui raconte les soubresauts de la récente histoire sud-africaine, avec, en toile de fond de cette réflexion historico-sociale, une esquisse des fantasmes qui guident les hommes.

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David Lynch, 'Small Stories' (Où ? A la Maison Européenne de la photographie • Quand ? Du 15 janvier au 16 mars)
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Où ? A la Maison Européenne de la photographie • Quand ? Du 15 janvier au 16 mars

Parfois, quand on excelle dans un domaine, mieux vaut s’en satisfaire. Même quand on est David Lynch. Le côté touche-à-tout du cinéaste américain ne lui a pas toujours réussi : on pense à cette bouteille de champagne gothique dessinée pour Dom Pérignon, à ces déconcertantes peintures sur porcelaine (oui, des peintures sur porcelaine) réalisées pour Bernardaud, à ces morceaux d'électro et de blues, vite oubliés. Sans mentionner les vitrines créées pour les Galeries Lafayette en 2009 et les tableaux, façon ex-étudiant des Beaux-Arts torturé, exposés à la Fondation Cartier en 2007. C’est de notoriété publique : depuis l'échec d''Inland Empire' en 2006, Lynch s'éparpille, s'essaie à tout. A tout, sauf au cinéma. Chose qui s'avère souvent casse-gueule – voilà pourquoi on a préféré rester prudents en apprenant que la Maison européenne de la photographie consacrait une exposition au réalisateur de 'Blue Velvet' et 'Mulholland Drive'. Et on a bien fait.

Alors oui, la quarantaine de photos que Lynch révèle à la MEP renvoient à son univers étrange et surréalisant, peuplé de créatures difformes, de lieux obscurs et d’énigmes visuelles destinées à plonger le regard dans d’irrésolubles doutes. C’est déjà ça. Un poireau qui regarde par la fenêtre, une poupée armée d’un flingue, des portraits lunaires empreints de mystère, une mouche géante qui butine dans un salon… Ces « petites histoires » noyées dans un noir et blanc étouffant ne sont pas complètement divorcées du cinéma de l’Américain, période ‘Elephant Man’ et ‘Eraserhead’. Même la facture grossière des tirages, volontairement pixellisés à outrance, relève d’un parti pris qui n’est pas sans rappeler certaines séquences de rêves grésillantes de 'Twin Peaks'. Mais ces échos diffus et grotesques à l’univers cinématographique de Lynch suffisent-ils à faire de ‘Small Stories’ une exposition digne du talent de son auteur ? Non. On en sort perplexe, déçu, avec une seule envie : se caler devant un bon vieux ‘Sailor et Lula’. Histoire de rendre à César ce qui est à César.

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Robert Adams (Où ? Au Jeu de Paume • Quand ? Du 11 février au 18 mai)
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Où ? Au Jeu de Paume • Quand ? Du 11 février au 18 mai

Colorado, Oregon, Californie du Sud… L’œuvre de Robert Adams est indissociable du décor dans lequel elle s’inscrit, qu’on dirait sorti d’un roman de Jim Harrison, James Crumley ou Edward Abbey. Des plaines à perte de vue, des paysages à couper le souffle, un horizon grandiose, des lignes de fuite infinies. Et, posé en plein milieu, insouciant et tapageur : l’homme. Chroniqué depuis les années 1960 par les clichés d’Adams, l’Ouest américain, où il a toujours vécu, se fait le théâtre d’un corps à corps désarmant entre la nature et les stations-service, autoroutes et centrales nucléaires qui dévorent l’Eden américain.

Sensible, documentaire, la photographie lumineuse de Robert Adams tend vers la pureté. Sans jamais endosser une posture moralisatrice (malgré des textes qui condamnent le cynisme de notre société de consommation), sans non plus dépeindre une Nature héroïque et grandiloquente à la Sebastião Salgado, elle se lamente en silence. Subtils, précis, les tirages en petits et moyens formats (tous réalisés par l'artiste) constatent pudiquement la disparition des paysages vides, déplorent l'extinction du silence et de la contemplation dans nos vies contemporaines. Toujours à la recherche d'un équilibre, ils réunissent les tensions contradictoires qui régissent le monde d'aujourd'hui pour mieux en soutirer une forme de paix – ne serait-ce que visuelle.

Il s'agit autant de capter la beauté des peupliers du Sud ou d'infimes gestes d'amour repérés sur un parking de centre commercial, que la déforestation, le grignotage de l’urbanisation, les panoramas bouchés par la fumée des usines et le désespoir des banlieues désincarnées – symbolisées par ce profil de femme qui se découpe dans l’ombre de sa maison proprette tandis que le soleil brille dans son jardin.

Réunissant plus de 250 photos provenant du fonds de la Yale University Art Gallery, l’exposition du Jeu de Paume – la première qu'Adams aide à réaliser – revient sur quarante ans de photographie. Quarante ans qui ont vu l’Ouest des Etats-Unis changer de visage, la splendeur des contrées sauvages le disputant au désespoir de l’implantation des hommes. Un voyage à la fois doux et déchirant, qui élève Robert Adams parmi les grands témoins des métamorphoses du paysage américain.

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Henri Cartier-Bresson (Où ? Au Centre Pompidou • Quand ? Du 12 février au 9 juin)
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Où ? Au Centre Pompidou • Quand ? Du 12 février au 9 juin

Lorsque le XXe siècle a vu sa vie défiler, juste avant de s’éteindre dans un éclat de bulles de champagne, de feux d’artifice et de bugs informatiques, ses dernières pensées ne devaient pas être loin de ressembler à une déflagration de photos de Cartier-Bresson. Les avant-gardes des années 1920. L’Afrique française. La guerre d’Espagne. Le Front Populaire. Les premiers congés payés. L’avancée du capitalisme avec, dans son rétroviseur, les laissés-pour-compte de Mexico, de Trieste, de Paris. Et puis, dans un dernier souffle : le retour des prisonniers de 39-45, la Libération, les funérailles de Gandhi, la décolonisation, Mao, la conquête de l’espace, la surpuissance américaine, Mai 68, le crépuscule du soviétisme… Tout ça, dans une vrombissante nuée de noir et blanc.

Le Centre Pompidou confirme haut la main la réputation qui le précède : c’est bien lui, « l’œil », et la mémoire, du siècle. De sa naissance en 1908 à sa disparition en 2004, Henri Cartier-Bresson a presque tout vu, presque tout photographié, presque tout inventé. Il a non seulement marqué la photo de son empreinte indélébile, enfanté l’« instant décisif », posé la première pierre du photoreportage. Le fondateur de l’agence Magnum a aussi tracé son chemin dans le sillon des surréalistes, faisant toujours preuve d’un sens artistique désarmant, livrant toujours des cadrages exemplaires, et avançant (bien vers la gauche) d’un pas militant et social. Tout, chez lui, prend une ampleur historique et respire le sans faute. C’en est presque énervant – un peu comme la coqueluche du collège qui, en plus d’être jolie, drôle, sympa et intelligente, travaille dans l’humanitaire, répare le scooter de son mec et compose des chansons d’une main en lisant Dostoïevski de l’autre.

Avec plus de 350 tirages, Beaubourg souligne la toute-puissante diversité de la production de Cartier-Bresson, là où d’autres grandes rétrospectives ont eu tendance à mettre, au contraire, l’accent sur l’unité de son travail. En plantant sa photographie dans les racines des avant-gardes surréalistes – Centre Pompidou oblige –, l’exposition grimpe ensuite de branche en branche pour en explorer toutes les ramifications. Saute de l’engagement social aux expériences visuelles, bondit de vitrines parisiennes en matchs de baseball américain et de revues communistes en ruelles mexicaines. Le tronc qui soutient l'ensemble ? Ces ombres tranchantes, ce ballet de formes géométriques, ce cadrage au cordeau… Tous ces arrière-plans finement étudiés devant lesquels sont venus défiler, comme sur une scène de théâtre, les acteurs et les anonymes de l’histoire moderne.

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Les impressionnistes en privé (Où ? Au musée Marmottan-Monet • Quand ? Du 13 février au 6 juillet)
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Où ? Au musée Marmottan-Monet • Quand ? Du 13 février au 6 juillet

On croyait avoir fait et refait le tour de l’impressionnisme, sans doute l’un des mouvements d’art les plus médiatisés de tous les temps. Ce qu’on est naïfs ! De la Suisse au Mexique en passant par l’Italie et la Grande-Bretagne, quelques perles rares roupillent encore dans l’ombre de collections privées, prêtes à surgir à la surface le temps d’une exposition – mettons, au musée Marmottan-Monet. Avis, donc, aux amateurs du genre : pour fêter ses 80 ans, le temple de l’impressionnisme expose cent œuvres (des « chefs d’œuvres », même, paraît-il) issues de collections particulières et encore jamais montrées, pour la plupart, au grand public. Caillebotte, Monet, Pissarro, Renoir, Degas, Corot, Boudin… Un casting pour le moins croustillant. Et de belles envolées de peinture à l’huile en perspective.

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Gustave Doré (Où ? Au musée d'Orsay • Quand ? Du 18 février au 11 mai)
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Où ? Au musée d'Orsay • Quand ? Du 18 février au 11 mai

Un prodige. A 15 ans, ses caricatures paraissent déjà dans les journaux, et font sa renommée. Dessin, gravure, peinture, sculpture : quel que soit le support, cet autodidacte fait admirer une virtuosité technique qui l’érige parmi les artistes les plus marquants du XIXe siècle. Cette polyvalence, l'exposition l'évoque bien sûr, mais seulement pour l'éclipser : 'L'Imaginaire au pouvoir' se concentre beaucoup trop sur la peinture et la sculpture, entretenant le complexe des Beaux-Arts dont souffrait le génial Gustave Doré.

Alors que les récentes rééditions de ses 'Des-agréments d'un voyage d'agrément' et de son 'Histoire pittoresque, dramatique et caricaturale de la Sainte Russie' (aux éditions 2024) ont rappelé à quel point l'inventivité de Doré participe à la création de la bande dessinée moderne, ces ouvrages sont à peine évoqués par le musée d’Orsay, tandis que sa carrière de caricaturiste s'avère traitée très succinctement. Seules les magnifiques illustrations de classiques de la littérature semblent trouver grâce aux yeux des commissaires de l'exposition – celles qui firent dire à Victor Hugo, commentant les images de Cervantès : « On appelle ça illustrer un ouvrage : moi je prétends que c'est le refaire. Au lieu d'un chef-d'œuvre, l'esprit humain en compte deux. » Sans doute parce qu'en s'attaquant aux classiques, Doré y gagne en sérieux et en respectabilité. Encore que : ce qui aurait dû être le cœur de l'exposition apparaît comme une simple étape sur la route de la peinture. Un comble pour celui qui disait avoir signé « seulement » 100 000 dessins à l’âge de 33 ans.

A regarder les œuvres immenses réunies au rez-de-chaussée en guise d'introduction au parcours, on ne peut que se rendre à l'évidence : là où ses dessins synthétisaient, en quelques traits ardents, l'élégance graphique, le rire et la subversion, ses toiles sombrent dans une lourdeur convenue. Là où triomphait la légèreté, se dressent par la suite de pesantes allégories (ses œuvres patriotiques sur la défaite de 1870 par exemple). Là où le dessin brillait par son audace, les peintures préfèrent se complaire dans un spectaculaire pataud. Chaque tableau se doit d'être le plus grand possible, comme pour compenser la frustration d'un Gustave Doré qui rêvait d'être reconnu à sa juste valeur. En exauçant son souhait, paradoxalement, le musée d'Orsay ne lui rend pas justice, mais donne l'impression, comme au XIXe siècle, de mal considérer l'incroyable œuvre dessinée de celui qui a définitivement imprimé sur notre rétine les Enfers de Dante, ou l'Ogre du 'Petit Poucet'.

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Dries Van Noten (Où ? Au musée des Arts Décoratifs • Quand ? Du 1er mars au 31 août)
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Où ? Au musée des Arts Décoratifs • Quand ? Du 1er mars au 31 août

Yves Klein, Francis Bacon, Damien Hirst… Leur point commun ? Eh non, ça n’est pas la pêche à l’huître, mais (bon d’accord vous l’aviez deviné) Dries Van Noten. Pour son exposition aux Arts décoratifs, le créateur de mode belge a pioché dans les collections du musée pour s’entourer d’œuvres des artistes dont il s’inspire – entre abstractions géométriques de Victor Vasarely, expressionnisme de Kees Van Dongen et portraits bourgeois de Jacques-Emile Blanche. De collection en collection et de saison en saison, peintures, sculptures, photos viennent se frotter à ses jupons, jouant habilement sur des échos de formes ou des correspondances de couleurs. Mais pas seulement : car ce que le diplômé de l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers (promo de 1981) a imaginé pour cette grande consécration rue de Rivoli a de quoi faire blêmir d’envie ses confrères. Van Noten ne se contente pas de présenter son œuvre. Il va bien plus loin, en nous invitant, comme peu ont su le faire avant lui, à entrer de plain-pied dans son processus créatif. Ou mieux encore, dans l’idée intime (et sublimée) qu’il se fait de son univers artistique : un monde finement compartimenté sur le modèle des « Chambres des merveilles » de la Renaissance, réunissant des images, des étoffes ou des objets remarquables sous forme de cabinets thématiques (« papillons », « orientalisme », « or »…).

En découle un imaginarium foisonnant, nourri de brassages culturels, de voyages, de folklore. C’est beau, c’est flamboyant, c’est minutieusement agencé. Ici, la mode est une éponge, assoiffée d’art et de couleurs. Elle fait librement des allers-retours entre prêt-à-porter, peinture, sculpture, cinéma, faune, flore, artisanat. Et montre, comme une évidence, que les créations de Dries Van Noten sont un peu à l’image de notre époque : à défaut d’inventer de nouvelles expressions, elles se composent à partir de ce qu’elles trouvent en regardant vers ailleurs, vers autrefois, vers autrui. Les années 1950. Les uniformes militaires. L’Espagne des toreros. Le hippy chic des années 1960. L’Inde de Bollywood. L’esprit punk. L’Afrique. L’Orient. Pour le créateur de mode belge, tout est bon à prendre. Ses accoutrements sont comme des aimants dotés d’un flair esthétique hautement développé. Sorte de Quentin Tarantino de la mode, ce qu’il fait de mieux, ce sont ces patchworks hybrides, symptomatiques de notre XXIe siècle multiculturel, savamment usurpateur et passéiste. Alors peu importe si l’on en apprend peu sur le parcours de Dries Van Noten, et s’il apparaît finalement comme un caméléon qui emprunte, cite et adopte (divinement bien), plus qu’il ne réinvente : ici, il se passe surtout quelque chose de neuf et de merveilleux dans l’art et la manière d’exposer la mode. Et c’est déjà beaucoup.

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Bill Viola (Où ? Au Grand Palais • Quand ? Du 5 mars au 21 juillet)
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Où ? Au Grand Palais • Quand ? Du 5 mars au 21 juillet

Ce n’est pas tous les jours que le Grand Palais fait la part belle à la vidéo. Depuis les années 1970, Bill Viola a fait partie de ces explorateurs qui ont fait de la vidéo l’un des supports les plus intéressants de l’art contemporain. Musicien, marqué par la peinture de la Renaissance italienne, par Goya ou Bosch, l’Américain ne se cantonne pas à travailler autour de l’image, mais fait de chacune de ses projections une véritable installation visuelle, sonore, sensorielle presque, qui absorbe le spectateur.

De la pièce sonore à la sculpture vidéo, du langage intimiste à des œuvres plus proches du cinéma, Bill Viola essaie sans cesse de repousser les limites de son medium pour répondre aux questions majeures de l’existence – l’exposition sera d’ailleurs construite autour des trois questions : Qui suis-je ? Où suis-je ? Où vais-je ?

Reste à savoir comme le Grand Palais construira ce parcours riche de vingt œuvres magistrales, soit plus de trente écrans, pour que les heures d'images proposées ne soient pas indigestes.

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Van Gogh / Artaud (Où ? Au musée d'Orsay • Quand ? Du 11 mars au 6 juillet)
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Où ? Au musée d'Orsay • Quand ? Du 11 mars au 6 juillet

« Je vois à l'heure où j'écris ces lignes, le visage rouge sanglant du peintre venir à moi, dans une muraille de tournesols éventrés, dans un formidable embrasement d'escarbilles d'hyacinthe opaque et d'herbages de lapis-lazuli. » En 1947, dans ‘Le Suicidé de la société’, Antonin Artaud rend un hommage embrasé au génie de Van Gogh en proposant une lecture à contre-courant des discours dominants. Las des théories simplistes sur la folie et les délires du maître hollandais, l’écrivain, lui-même relégué au rang des marginaux du XXe siècle, y dresse le portrait d’un peintre dont la lucidité froissait le commun des mortels. Exit la thèse de l’aliénation et les médocs prescrits par le docteur Gachet : pour Artaud, c’est l’étroitesse d’esprit de la société du XIXe, et non un légendaire déséquilibre psychologique, qui aurait poussé le peintre au suicide. Très riche, ce texte marqué par l’expressionnisme bourgeonnant de Van Gogh méritait bien une exposition : c'est le musée d’Orsay qui s’y colle au printemps, en s’appuyant sur des dessins, des lettres et une trentaine de peintures.

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De Watteau à Fragonard (Où ? Au musée Jacquemart-André • Quand ? Du 14 mars au 21 juillet)
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Où ? Au musée Jacquemart-André • Quand ? Du 14 mars au 21 juillet

Ah, la peinture française du XVIIIe, ses pique-niques bourgeois, ses décolletés plongeants et ses jupons gonflés comme des joues botoxées. C'est Antoine Watteau qui ouvre le bal au début du siècle des Lumières, s'inspirant de l'art italien et flamand pour créer un genre nouveau : La Fête Galante. Décors champêtres, Parisiens à la mode, amours libertines, débauche de coquetterie... Watteau cuisine la tradition de la pastorale à la sauce française, assaisonnant le tout de notes rococo, de couleurs sucrées et de préciosité. Il est bientôt suivi par toute une clique de peintres au pinceau tarabiscoté : François Boucher, Nicolas Lancret, Jean-Honoré Fragonard... Autant d'artistes dont Nélie Jacquemart et Edouard André ont collectionné les toiles tout au long de leurs vies, alimentant un fonds impressionnant, qui constitue la base de cette exposition. Une nuée de badineurs dans la fleur de l'âge, prenant des bouffées d'air frais et d'insouciance - avant qu'un bon coup de guillotine ne mette fin à la fête.

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Robert Mapplethorpe  (Où ? Au Grand Palais • Quand ? Du 26 mars au 13 juillet)
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Où ? Au Grand Palais • Quand ? Du 26 mars au 13 juillet

L’œuvre de Robert Mapplethorpe est trop souvent réduite à ses manifestations les plus lubriques : la plupart des esprits sont restés bloqués sur cette image d’un homme penché en avant, se photographiant avec un fouet engouffré dans l’anus. Regard perçant à l’appui.

Et pourtant. Au-delà des frasques du Chelsea Hotel et des écarts sadomasochistes du New York artistique des années 1970 et 1980, auxquels il participa ouvertement, Mapplethorpe est à l’origine d’une œuvre marquée, dans son ensemble, par une recherche constante de grâce et d’harmonie. Paysages, nus, portraits, natures mortes… Autant de sujets que l’ex-compagnon de Patti Smith, décédé en 1989 des suites du SIDA, travailla tout au long de sa carrière, les nimbant d’une facture très classique et d’un noir et blanc ultra-stylisé. En ressort une œuvre majeure, prolifique et hybride à laquelle le Grand Palais rend hommage pendant les beaux jours.

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Lucio Fontana (Où ? Au musée d'Art moderne • Quand ? Du 25 avril au 24 août)
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Où ? Au musée d'Art moderne • Quand ? Du 25 avril au 24 août

Au printemps, le musée d'Art moderne braque son regard sur l'art abstrait, en rendant un hommage conséquent à Lucio Fontana. Pionnier de l'abstraction en Italie dans les années 1930, Fontana préfigure l'art informel avec ses sculptures de grès (1936) avant de fonder, en 1947, le Mouvement Spatialiste. Bousculer notre rapport à l'espace et à la lumière, en créant des environnements sensoriels à partir de néons, de sculptures en céramique ou de toiles trouées : voilà ce à quoi aspire cet artiste – Argentin d'origine, Milanais d'adoption et moderne jusqu'à la moelle –, lorsqu'il se lance dans ses « Ambiente spaziali » (ambiances spatiales) et ses « Concetti spaziali » (concepts spatiaux) à la fin des années 1940. Au MAM, quelque 200 pièces retraceront cette carrière radicale, qui ouvre la voie à des artistes de la monochromie et de la lumière comme Yves Klein, Julio Le Parc, François Morellet ou Dan Flavin.

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Tatoueurs, tatoués (Où ? Au musée du quai Branly • Quand ? Du 6 mai au 18 octobre)
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Où ? Au musée du quai Branly • Quand ? Du 6 mai au 18 octobre

Après avoir orchestré deux expositions à la Halle Saint-Pierre (en 2011 et en 2013), Anne et Julien, fondateurs de la revue HEY! dédiée à l'art outsider, font entrer le tatouage au musée du quai Branly. En réunissant des vestiges millénaires et des réalisations contemporaines, les commissaires se proposent d'interroger l'évolution du tatouage au fil des siècles, depuis les fonctions mystiques ou sociales qu'il remplissait traditionnellement en Océanie, en Afrique et en Orient, jusqu'à la marque d'identité qu'il est devenu aujourd'hui dans les zones urbaines « occidentalisées ». En s'appuyant sur des œuvres créées spécialement pour l'occasion, et en soulignant davantage l'aspect artistique du geste que sa dimension sociologique ou anthropologique, 'Tatoueurs, tatoués' devrait donner un bon coup de pouce à la reconnaissance du tatouage dans le domaine de l'art. Une belle initiative.

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Martial Raysse (Où ? Au Centre Pompidou • Quand ? Du 14 mai au 22 septembre)
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Où ? Au Centre Pompidou • Quand ? Du 14 mai au 22 septembre

Du Pop Art, encore du Pop Art, au Centre Pompidou. Après Roy Lichtenstein l'an dernier, Beaubourg s'offre une nouvelle cure de pastiches, de couleurs pétantes et de détournements de l'histoire de l'art, à l'occasion d'une grande rétrospective consacrée à Martial Raysse. Au programme : du Pop Art à la mode gauloise, donc, mais aussi des films psychédéliques, des installations lumineuses et d'étonnantes fresques de la vie contemporaine. Car si l'artiste français (né en 1936) s'inspire de la démarche d'Andy Warhol pendant les années 1960 - démarche qu'il s'approprie en insérant des néons et des films à l'intérieur même de ses tableaux -, il s'en éloigne nettement pendant sa période « chamanique », expérimentale et délurée, avant de se tourner vers une forme de mythologie personnelle pendant les années 1980. En s'appuyant sur plus de 200 oeuvres, cette exposition devrait lever le voile sur une carrière riche et variée qui reste, dans son ensemble, encore trop méconnue.

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Toiles trouées, tatouages et instants décisifs. Ouf. Après avoir consulté notre boule de cristal, nous voilà rassurés : en 2014, le musée d'Orsay ne sera pas transformé en parking Vinci et le Centre Pompidou ne se convertira pas en association de peinture à l'aquarelle. Fort heureusement, la programmation des musées annonce même quelques bons crus en cette nouvelle année. On sillonnera l'Espagne d'Henri Cartier-Bresson et l'Amérique de Robert Adams ; on jettera quelques coups d'œil sous les jupons bouffants d'Antoine Watteau et les corsets en cuir de Robert Mapplethorpe ; on prendra des bains de néons dans le monde versicolore de Martial Raysse. Allez, assez tourné autour du pot : et si vous parcouriez plutôt notre diaporama pour découvrir le meilleur des mois à venir.

Plus tard en 2014

Marcel Duchamp

On oublie parfois que l'art de Duchamp est intimement lié aux Etats-Unis, et que le readymade n'en est qu'une des nombreuses facettes. Beaubourg compte remettre les pendules à l'heure avec cette rétrospective qui réunira des prêts très rares, dont le 'Nu descendant un escalier'.

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Niki De Saint Phalle

Niki De Saint Phalle

Ce qui est bien avec le Grand Palais, c'est qu'il est grand. Suffisamment grand, même, pour accueillir les oeuvres monumentales de Niki de Saint Phalle, papesse de la sculpture, du Nouveau Réalisme et de la performance, à l'occasion d'une rétrospective qui s'annonce carabinée.

Garry Winogrand

Garry Winogrand

Grand chroniqueur des Etats-Unis de l'après-guerre, Garry Winogrand s'inscrit dans la tradition de la photo de rue aux côtés de Walker Evans, Lee Friedlander ou Robert Frank. Un monstre du huitième art à (re)découvrir au Jeu de Paume à la rentrée prochaine.

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Jeff Koons

Après Versailles, Beaubourg. Cet automne, le Centre Pompidou revient sur les trente-cinq ans de carrière de l'artiste américain le plus controvorsé (ou presque) de notre époque. Au programme : du kitsch dégoulinant, des objets fluo et des trucs qui brillent.

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Hokusai

Hokusai

On nous souffle dans l'oreillette qu'une vague d'estampes japonaises s'abattra sur le Grand Palais à la rentrée prochaine. L’occasion de plonger dans le monde flottant du maître de l’ukiyo-e : un Katsushika Hokusai dont l’écrasante modernité fascina tant les impressionnistes.

Réouverture du musée Picasso

Réouverture du musée Picasso

Enfin. Après plusieurs années de travaux, le musée Picasso rouvrira ses portes au mois de juin. On attend impatiemment le lever de rideau : un hôtel Salé entièrement rénové, 3800 m2 d'espace d'exposition et 34 salles pleines à craquer de chefs-d'œuvre.

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30 ans de la Fondation Cartier

30 ans de la Fondation Cartier

Pour fêter ses trente ans, la Fondation Cartier prévoit une grande exposition-anniversaire, qui devrait réunir une flopée d'artistes ayant participé à sa programmation culturelle depuis 1994. Peu de détails pour le moment. On en reparle dès qu'on en sait plus.

Ouverture de la Fondation Louis Vuitton

Ouverture de la Fondation Louis Vuitton

Ca devrait être l'un des grands événements de la rentrée prochaine. Au coeur du bois de Boulogne, le groupe LVMH inaugurera un édifice tout en voiles de verre dessiné par Frank Ghery, et destiné à accueillir des expositions d'art contemporain.

Et aussi...

Expositions : prochainement

Une sélection d'événements à découvrir dans les semaines et mois à venir Gérard Garouste Composite, hybride, l’art de Gérard Garouste trace son chemin, entre peinture figurative et imagerie rêveuse, mythologique ou littéraire. Cette fois encore, ce grand admirateur de Duchamp et Picasso en appelle à Faust, au Golem ou à Don Quichotte pour raconter les tourments des hommes – et les siens au passage, puisque sous couvert de compositions oniriques, voire grotesques, ses toiles sont souvent des autoportraits. Et quand ce n’est pas la littérature, c’est le langage que Garouste déforme, s’amusant avec les expressions pour signer des allégories de l’humanité souvent réalisée à l’huile et sur des grands formats. Complétée par quelques sculptures, l’exposition de la galerie Daniel Templon réunira des toiles récentes de cet artiste qui débuta en réalisant la scénographie de son ami le metteur en scène Jean-Michel Ribes dans les années 1970. > Horaires : du lundi au samedi de 10h à 19h. Mikhael Subotzky & Patrick Waterhouse, 'Ponte City' Le BAL présente le dernier projet du photographe sud-africain Mikhael Subotzky et de l'artiste Patrick Waterhouse, une épopée visuelle sur quatre décennies (1975-2013), autour de l’immeuble monumental qui domine le centre de Johannesburg et qui en est devenu le symbole : Ponte City.Incarnation de la prospérité au temps de l’apartheid et de la domination blanche, puis de l’effondrement du centre-ville dans les années 90 et enfin du renouveau multi-ethniq

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Par Clotilde Gaillard

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Raw Vision On pourrait parler pendant des heures des quatre-vingts artistes réunis à la Halle Saint-Pierre par la revue Raw Vision. Créé à Londres en 1989 par le peintre John Maizels, ce trimestriel est devenu, en vingt-cinq ans, la référence des courants alternatifs de l'art, participant à la médiatisation et à la reconnaissance d'une autre approche de la création – cet art brut, ou populaire ou outsider. Mais devant une telle profusion, on ne soulignerait que quelques noms, on en omettrait beaucoup trop, peinant à trouver des lignes directrices entre les portraits urbains gangstade Roy Ferdinand, les hachures d’une beauté perverse de Malcolm McKesson, l’art dense et minutieux de Johann Garber, les machines poétiques de Viljo Gustafsson, les installations ludiques de Tom Duncan ou les fusils faits de bric et de broc d’André Robillard.A l’image de l'existence de leurs auteurs, ces œuvres visionnaires, souvent mystiques, réalisées sur une multitude de supports, échappent à la norme. Ces amateurs ont trouvé dans l’art une manière de reconquérir leur identité, de passer de « malade » à « artiste » : beaucoup des invités de ‘Raw Vision’ ont séjourné en hôpital psychiatrique. Certaines de leurs œuvres nous sont même parvenues parce qu’elles avaient été conservées par les médecins, non pas pour leurs vertus artistiques mais pour illustrer les manifestations des pathologies dont ils étaient victimes (c’est le cas d’Andrew Kennedy).Exposition éblouissante, ‘Raw Vision’ est surtout un

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Expositions gratuites

En ce moment Brassaï Et dire que l’on pensait bien connaître Paris. Il aura fallu qu’un Hongrois s’entiche de notre capitale pour enfin la redécouvrir sous un nouvel angle. Loin d’une vision idéalisée des années 1930 dépeinte par certains de ses pairs, Brassaï, lui, s’attarde à révéler la beauté de la ville dans ses petits détails plutôt que dans des regards panoramiques... La suite Sophie Calle, 'Dérobés' A travers des textes, des témoignages et des photographies, l'artiste française se penche sur le destin d'oeuvres d'art qui ont été volées ou vandalisées. Autant de tableaux « fantômes » à découvrir à la galerie Emmanuel Perrotin et dans un ouvrage, 'Fantômes', paru aux éditions Actes Sud. Regards sur les ghettos Au début de la Seconde Guerre mondiale, l'armée allemande rassemble les habitants juifs dans des ghettos très vite surpeuplés et insalubres, en particulier en Pologne. L'exposition revient sur cette période en 500 photographies pour la plupart peu connues, choisies avec la participation de Roman Polanski... La suite Rubens et Van Dyck : Estampes Une vingtaine d'estampes de Rubens et Van Dyck sont présentées dans la salle 25 des collections permanentes du musée pour compléter l'exposition 'Jordaens (1593-1678), La gloire d'Anvers'. Sebastião Salgado La galerie Polka profite de la grande rétrospective que lui consacre la MEP pour présenter quelques clichés du photographe brésilien. Un hommage à la nature et à la diversité culturelle de notre chère et tendre planète,

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Commentaires

1 comments
bambi
bambi

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