Leandro Erlich au Grand Palais
© Leandro Erlich Studio | Bâtiment, 2004. Digital print on linoleum, lights, iron, wood, and mirror Le Centquatre, Paris, 2011

Critique

Leandro Erlich, au Grand Palais

4 sur 5 étoiles
Leandro Erlich, c’est l’art du “Mais attends, c’est pas possible”. Quand il est invité à investir les murs du Grand Palais, il ne fait pas les choses à moitié.
  • Art
  • Grand Palais, Champs-Elysées
  • Recommandé
Zoé Terouinard
Publicité

Time Out dit

Pour cette première grande monographie française consacrée à Leandro Erlich, le Grand Palais aligne 14 installations monumentales, toutes plus impressionnantes les unes que les autres. Peuplé de nuages en vitrine, d’escaliers sans fin et de fenêtres volantes, le parcours, intégré à la programmation du Grand Palais d’Été, est pensé comme une succession d’épreuves ludiques que l’on découvre dans la légèreté et dans les rires. Et pour avoir bourlingué à travers pas mal de galeries, on vous assure que c’est assez rare pour être souligné.

Le Grand Palais, qui trône habituellement si fièrement sur sa belle avenue, devient une machine à dérégler les certitudes. Ici, on ne regarde pas l’art : on se vautre dedans, on y trébuche avec élégance, et on se met à douter de la gravité – et de notre pouvoir d’attraction. Bâtiment, star incontestée du casting, résume bien l’affaire. Nous voilà en train de grimper une façade haussmannienne posée à l’horizontale, comme si la capitale tout entière avait glissé sur une peau de banane. Plus loin, les bassins illusionnistes transforment les visiteurs en nageurs de surface, penchés au-dessus d’un vide sec avec la même perplexité que face à une notice IKEA. C’est drôle, spectaculaire, immédiatement lisible. Et ça a ses limites.

L’expo assume une forme de clarté presque trop parfaite, où chaque illusion est démontée en même temps qu’elle est montrée. C’est propre, fluide, ça fait des super photos Instagram. Mais qu’est-ce qui résiste, une fois notre story postée ? On peut se demander si la tromperie suffit à elle seule, ou si elle ne tourne pas à la démonstration, brillante certes, mais un peu lisse. Comme un tour de magie dont on aurait trop vite compris le truc. 

Alors OK, on aimerait parfois davantage de zones d’ombre, de résistance, de questionnements aussi. Mais réduire Leandro Erlich à une usine à selfies, ce serait passer à côté de son principal mérite : rappeler que l’art peut aussi être une source de plaisir. Et à l’heure où les expos sont aussi graves que les infos, se marrer au musée devient un luxe à côté duquel on ne peut pas passer. L’art d’Erlich parle à tout le monde, sans exclusion. Les enfants rient, les adultes retrouvent leur curiosité, les sceptiques se prennent au jeu, et personne n'a besoin d’un doctorat en histoire de l’art pour en profiter. Mais si l’artiste réussit à faire flotter des immeubles, le Grand Palais, lui, n’a manifestement pas trouvé comment faire baisser le prix du billet d’une expo aussi populaire. 

Infos

Adresse
Grand Palais
3 avenue du Général Eisenhower
Paris
75008
Transport
Métro : Champs-Elysées Clemenceau

Dates et heures

Publicité
À la une