Ici, une peau cramée par le soleil. Là, une plage plage saturée de slip de bains moulants. Plus loin, un buffet qui ploie sous le poids du plastique et des restes. Partout, des humains. Trop d’humains, face à une planète qui souffre sous le coup du dérèglement climatique, du tourisme de masse et de la surconsommation. Roi de l’humour british, Martin Parr (1952-2025) traduit en image les discours les plus alarmistes, sans jamais tomber dans le catastrophisme. Et si l’ironie était finalement la meilleure manière de sensibiliser ?
Conçue sous son regard expert, l’exposition du Jeu de Paume s’est ouverte sans que le photographe ne puisse la découvrir achevée. Décédé en décembre dernier, il aurait sans doute adoré les hordes de Parisiens, smartphone à la main, instagrammant ses propres clichés rassemblés dans un accrochage qui joue (très justement) la carte de l’accumulation. A travers 180 prises de vue, le parcours thématique en cinq étapes aborde nos différentes façons d’habiter et d’exister, quitte à en oublier notre environnement. Digne hériter de la satire à l’anglaise, le photographe mise sur le kitsch pour dénoncer. « Si ça paraît ridicule, peut-être que ça l’est vraiment ? », se diront les visiteurs, un peu honteux lorsqu’il s’agit de s’avouer à eux-même qu’ils adoptent parfois les mêmes comportements destructeurs.
Couleurs saturées, flash assumé et cadrages étudiés permettent ainsi de nous immerger dans ce que nous faisons de pire, entre moquerie et culpabilité. Avec, toujours, ce soupçon de tendresse qui rendait Martin Parr si humain. Loin de n’être qu’un témoin de la middle class, il en est lui-même un acteur, qui parcourt le monde, appareil photo autour du cou et chaussettes dans les sandales. Un photographe touriste, comme il se définissait lui-même. Jamais militant, son art n’en demeure pas moins politique. Car ici, le vrai sujet n’est pas le climat : c’est nous, l’homo touristicus, cousin germain du consommateur compulsif. Et on le reconnaît à sa capacité à transformer n’importe quel site sacré en aire de pique-nique mondialisée.

