Couple de femmes près d'un arbre, vers 1910
© New York, Lesbian Herstory Archives | Couple de femmes près d'un arbre, vers 1910

Critique

Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au 19e siècle

5 sur 5 étoiles
En racontant comment les femmes se sont emparées du vestiaire masculin dès le XIXe siècle, la nouvelle exposition du Palais Galliera révèle une histoire méconnu
  • Art, Textile
  • Palais Galliera, Chaillot
  • Recommandé
Julien Lambea
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Time Out dit

Avant d’entrer dans l’exposition “Un vestiaire à soi. Féminités dissidentes au 19e siècle” au Palais Galliera, on associe facilement la mode féminine de cette époque à une garde-robe ultra-féminine. L’exposition prend pourtant le contre-pied de cette idée reçue en s’intéressant aux appropriations du vestiaire masculin par les femmes, “un manque important dans l’histoire de la mode” que le musée de la Mode de Paris souhaitait combler avec cette exposition, présentée jusqu’au 14 février 2027.

Au fil de la visite, on comprend que ces appropriations se multiplient dès la fin du XVIIIe siècle, en parallèle d’une histoire plus conventionnelle du costume qui brille ici presque par son absence, au profit de ce récit alternatif. Cette pratique est aujourd’hui si courante qu’on oublierait presque ce qu’elle avait de dissident à l’époque. L’exposition s’emploie justement à le rappeler, dès l’entrée, à travers des caricatures de presse assorties des premières silhouettes. Elle place aussi le parcours sous le signe d’une quête de liberté, ne serait-ce que de mouvement, avec l’adoption de tenues confectionnées par des tailleurs – les seuls vêtements que des hommes fabriquent alors pour des femmes – pour monter à cheval puis faire du vélo.

Dans une scénographie labyrinthique qui ne perd jamais le visiteur, dont l’attention est renouvelée grâce à une grande variété d’entrées thématiques, le parcours chronologique permet de suivre l’évolution des vêtements à travers de nombreuses pièces d’époque, mises en contexte par des illustrations, photographies, peintures et même un extrait de film muet. Ce contenu riche de près de 500 œuvres permet de dresser une véritable leçon d’histoire de la mode, mais aussi de dépasser cette discipline pour rejoindre des domaines comme la sociologie et les études de genre. Même en survolant le foisonnement de textes, on comprend aisément que l’émancipation physique permise par cette nouvelle garde-robe va de pair avec une recherche d’égalité au sein d’une société patriarcale. La démonstration devient plus convaincante lorsqu’elle est illustrée par des figures que l’on redécouvre à travers leur rébellion stylistique, à l’instar de Marie-Antoinette ou Rosa Bonheur. La garde-robe de cette dernière, présentée dans son intégralité pour la première fois, occupe d’ailleurs une place centrale dans l’exposition, permettant d’incarner davantage le propos tout en offrant une respiration grâce à sa mise en scène très visuelle.

Cette diversité, doublée d’un dispositif assez novateur – comme en témoignent les résumés des textes principaux “en langage clair” et le livret de visite confié à des étudiants, qui en ont fait un “fanzine de la femme dissidente” –, empêche l’exercice d’être rébarbatif. Elle permet aussi à l’exposition d’éviter l’écueil d’un parcours trop technique ou historicisant, comme le focus sur le XIXe siècle aurait pu le laisser craindre. Particulièrement palpables dans les dernières salles, de nombreuses questions posées par l’exposition semblent toujours valables à une époque où l’on discute encore du genre d’un objet ou d’une couleur. L’institution va même plus loin en projetant, en guise de conclusion, un film aux allures de manifeste pour un style “dandyke” contemporain.

Si l’avenir dira si le terme s’installe durablement dans le vocabulaire de la fashion, ce mot-valise forgé par la commissaire Marine Kisiel sert de fil rouge entre passé et présent. Il donne également son nom à un projet collaboratif qui rassemble des photographies de ces dissidentes, plus nombreuses qu’on ne le pense, qui jouaient déjà avec les codes de la mode et du patriarcat il y a plus d’un siècle. Disposées en kaléidoscope, ces images marquantes permettent de les rendre plus visibles, mais aussi d’appuyer la réalité du discours porté par l’exposition. En levant le voile sur des pratiques bien réelles mais sans doute trop négligées jusqu’à présent, celle-ci montre surtout que le brouillage des codes vestimentaires accompagne depuis longtemps des transformations sociales bien plus larges.

Infos

Adresse
Palais Galliera
10 avenue Pierre-Ier-de-Serbie
Paris
75016
Transport
Métro : Iéna ou Alma - Marceau
Prix
Tarifs : 11-14€

Dates et heures

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