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On était à la soirée City Edition de Heineken...

... et on a interviewé le rappeur Dillon Cooper

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Embarquement immédiat pour Berlin, New York, Tokyo, Rio de Janeiro, Rome, Sydney, Singapour, ou encore Mexico. Tout ça sans bouger de chez vous, une bière à la main, qui dit mieux ? A la Gaîté Lyrique, nous avons pu découvrir en avant-première les bouteilles City Edition de Heineken, labellisées avec des métropoles du monde entier, une soirée sous le signe du grand départ. Fauteuils d'aéroport, panneaux d'embarquements avec vols imaginaires, hôtesses de l'air avec calot et foulard, décors et petits fours internationaux, rien n'est laissé au hasard. Au bar, on passe commande et on tombe sur une « Budapest » (ça tombe bien, on y a passé de bons moments), on grignote un toast au saumon fumé et on va jeter un œil dans la salle principale où les DJ Jess & Crabbe font bouger les noctambules.

Quelque peoples déclenchent sur leur passage les habituels murmures en forme de confidence, « hé, t'as vu, c'est bidule ». Sous les lumières tamisées, chacun se faufile par les différentes portes qui mènent au hall principal, reconnaît un ami entre deux lumières de flash stroboscopique, esquisse un pas de danse. Une « Stockholm » plus tard, on se rue sur les nems apportés par un serveur portant une palanche, ce bâton auquel sont accrochés en équilibre des seaux ou des paniers à chaque extrémité. Ambiance garantie, un type s'essaye même à une démonstration de limbo sous les encouragements du public.

Dernière escale au bar pour siroter une « Amsterdam », avant de voir le jeune rappeur Dillon Cooper sur scène. Agé de 21 ans à peine, ce natif de Brooklyn commence à faire parler de lui aux Etats-Unis à renfort de hip-hop à l'ancienne. Sur scène, son set est encore plus énergique que sur sa mixtape, alors qu'il est uniquement accompagné d'un DJ pour son premier concert parisien. A en juger par les bras levés et les mouvements de foule, la salle est conquise. Nous filons illico dans sa loge pour en savoir plus sur ce gamin capable de morceaux aussi bons que "State of Elevation" ou "Survival Of The Fittest".

Time Out Paris : Ta musique, notamment ton excellent single "State of Elevation", est influencée par les nineties. Certains adorent, mais d'autres pensent que tu cèdes à l'appel de la nostalgie, que réponds-tu à ce type de critiques ?

Dillon Cooper : Le truc, c'est que je n'essaye pas de sonner comme du rap des années 1990. J'aime les belles paroles, j'aime la bonne musique, il se trouve juste que dans ces années-là, la production était top, il y avait des samples de malade, une forme de lyrisme, tout ça était réel. Aujourd'hui, c'est différent, les gens font tous un peu la même chose, les mêmes genres de beats. Moi je veux que ma musique ait de la substance, c'est pour ça que je me sens en phase avec cette époque. On fait de la musique pour qu'elle résiste au temps, et c'est le cas de la musique des années 1990. Je veux que dans quarante ans, cinquante ans, des gamins écoutent mes morceaux et se disent « yo, c'est de la tuerie, il faut que j'achète ça ! », parce que c'est exactement ce que je me dis quand j'écoute du hip-hop de ces années-là.

A l'époque aussi, le rap conscient, dont tu te revendiques, était aussi très populaire. Aujourd'hui, ce n'est plus le cas.

Je crois que c'est une question de contexte. A cette époque, il y avait un essor de la conscience afro-américaine chez les artistes, les gens voulaient retrouver leurs racines, parler de ce genre de sujets. C'était dans l'air du temps ! Faire du rap conscient, c'était faire du rap populaire. Plus tard, les choses ont changé, certains ont continué, parce qu'ils étaient sincères, mais la plupart sont passés à autre chose. Moi, je fais du rap conscient, dans le sens où je suis conscient de ce que je raconte, j'accorde de l'importance au style et aux paroles.

Un autre changement majeur dans le monde de la musique par rapport aux années 1990, c'est Internet. En quoi Internet a changé ta vie ?


Mec, ma vie a tellement changé depuis ces dernières années. J'ai commencé à enregistrer dans ma chambre, sur GarageBand, puis j'ai acheté des logiciels de plus en plus pros. J'ai beaucoup investi à chaque fois pour progresser. Les rappeurs continuent de vendre des CD et des mixtapes sous le manteau, mais il faut absolument être présent et actif sur Internet et les réseaux sociaux, parce qu'ils jouent un rôle immense. Les gens ne lisent plus les magazines, ils vont directement écouter et acheter sur leur ordinateur. Quand j'ai débuté, je réfléchissais au moyen le plus simple pour toucher les gens, alors j'ai mis mes chansons sur Soundclound et je les ai partagées sur Facebook. C'était cool, mais je me suis rendu compte qu'il fallait aussi que les gens me connaissent, me voient, comprennent qui je suis. Du coup j'ai fait un clip très simple sur YouTube, une vidéo où je marche près de chez moi avec mes potes, je me balade dans mon quartier, quoi.

Sur Internet, les gens sont souvent plus durs que dans la vie et les critiques peuvent être gratuites, ça te touche ?

Bien sûr ! Mais ces gens, les trolls, font d'Internet leur exutoire. Ils n'ont rien de mieux à faire de leur journée que commenter un truc qu'ils ne connaissent pas. Cool mec, tu n'as pas de vie ! Ca prend du temps de commenter, il faut approuver ça, s'inscrire ici, appuyer là, c'est trop d'efforts pour moi, je ne commente même pas les vidéos que j'aime ! Il faut s'ennuyer sacrément. Pourquoi s'embêter avec ces gens, que je ne connais même pas ? Ca va gâcher ma journée, j'ai pas besoin de ça.

Tu joues de la guitare et du piano, pourquoi avoir choisi le rap comme moyen d'expression ?

J'ai toujours été bon pour rapper et j'ai toujours aimé écrire des chansons, mais pendant mes cours d'écriture à mon école de musique [Le Berklee College, ndlr], les professeurs jugeaient mon travail de façon arbitraire. « Ce vers va ici, mais pas là. » Mais pourquoi ? De quel droit penses-tu mieux savoir que moi ce qui se passe dans ma tête ? J'ai toujours considéré le hip-hop comme un moyen d'expression libre. Chaque artiste exprime ce qu'il ressent, avec des mots et avec des rythmes. Je suis entré dans cette école pour faire de la guitare, mais j'ai vite réalisé que je ne serai qu'un énième gamin qui joue de la guitare. Pourquoi ne pas être unique ? Faire quelque chose que personne d'autre ne fait. Ma façon d'écrire est très décousue. Quand j'ai une idée, je peux la zapper et revenir plus tard dessus. Il faut savoir laisser germer un son, un vers, avant de bien l'utiliser. J'utilise des samples qui proviennent d'un peu partout, surtout de la soul, mais pas que... La musique est tellement vaste. Avec la technologie actuelle, tu peux faire sonner n'importe quoi comme n'importe quoi, c'est sans limites. Tu peux transformer un morceau de hard rock en jazz lounge en dix minutes...

En concert, tu dégages beaucoup d'énergie et d'envie, comment abordes-tu cet exercice ?

J'adore ça. Mon grand-père fait du reggae depuis très longtemps, il va avoir 72 ans et il continue de tourner ! Il m'a dit que quand tu vas au contact du public, ça illumine ce que tu fais, ça concrétise tout ton travail. Ça montre aux gens que tu es une personne, que tu es réel. Le live, c'est ce que je préfère, parce que je me nourris de l'énergie des gens, de la proximité avec eux. Même quand le public n'est pas chaud, ça me plaît : les gens ne savent pas encore s'ils veulent s'ouvrir à moi, ils veulent avoir l'air trop cool, mais quand je suis sur scène, je me lâche, je suis libre, et je pense que ça se ressent. J'espère pouvoir revenir à Paris pour vivre ça très vite.

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