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© UK Black Pride
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Interview avec Jo Amaranthe, cofondateur de la Paris Black Pride

Black & beautiful… & LGBTQ+ !

Par Tina Meyer
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Tout le monde connaît la Pride. Mais la Black Pride ? Cette manifestation festive et militante met à l’honneur les LGBTQ+ noir(e)s ou métis(ses) de chaque grande ville du globe. A Paris, elle se tient depuis 2016, d’ordinaire un peu après la Pride officielle, le week-end du 14 juillet.

Deux jours de fêtes, débats et conférences, réunissant quelques milliers d’afro-descendant(e)s parisien(ne)s. Cette année, pas de Black Pride, ni ici ni à l’international. Pour autant, impossible de passer sous silence cet événement trop peu médiatisé, surtout au vu du contexte actuel – Black Lives Matter, plus que jamais.

On s’est dit qu’on allait la faire exister virtuellement, cette Paris Black Pride. En donnant la parole à son président, Jo Amaranthe. D’origine guyanaise, gay, ce juriste en droit des affaires est un des fondateurs de l’antenne parisienne.

Quelle est l’origine de la Black Pride ?
Ce mouvement est né au début des années 90 aux USA, à Washington, au sein de la communauté afro-LGBT, dans un contexte bien particulier. On sortait à peine de la vague mortifère des années 80, le sida avait décimé la communauté queer afro-américaine. Parmi toutes les victimes, au sein de la communauté LGBTQ+, les études montraient que les Noirs et métis gays étaient les plus touchés. La Black Pride a d’abord été créée pour apporter des réponses sur un plan médical auprès de ces populations, afin de freiner l’épidémie. Puis, très vite, c’est devenu un support militant, pour lutter contre le racisme et l’homophobie.

Et en Europe ? A Paris ?
La Black Pride est arrivée en Europe seulement au milieu des années 2000. D’abord au Royaume-Uni, avec la UK Black Pride, cofondée par une activiste lesbienne noire, Phyll Opoku-Gyimah (alias Lady Phyll, fonctionnaire et syndicaliste britannique originaire du Ghana, chroniqueuse du journal lesbien Diva, ndlr). Puis, à Paris, deux Afro-Américains, une Franco-Américaine – qui avaient vécu l’expérience de la Black Pride là-bas– et moi-même avons décidé de fonder l’antenne parisienne en 2016, juste après les attentats de Nice. Pas évident comme contexte ! Mais il y avait une vraie demande à ce niveau, car la capitale compte la plus large population afro-descendante de France. Nous, Noirs et métis, en plus de l’homophobie, sommes sujets à une double discrimination.

L’association est-elle subventionnée ?
Non. On fonctionne sans subventions publiques. En même temps, impossible d’obtenir de l’aide d’un Etat dont on dénonce les pratiques ! Notamment en matière de politique migratoire. Notre asso est considérée par l’establishment comme radicale, prônant un communautarisme qui serait en contradiction avec l’idée du pacte républicain. Finalement ce n’est pas plus mal, pour garder une certaine indépendance et crédibilité. On préfère se tourner vers des entreprises du secteur privé engagées en faveur de la diversité – on a déjà fait des partenariats avec Misterb&b, le Airbnb gay. Comme ça, on limite les risques de récupération politique, on a un contrôle.

A Paris, comment se déroule cette Marche des fiertés noires et métisses ? C’est plutôt un mini-festival, non ?

Oui. En général, ça tombe sur deux jours, après la Gay Pride, autour du 14 juillet. On est quelques milliers de personnes, sachant qu’au public parisien se greffent pas mal d’Afro-Américains ou Britanniques, qui en profitent pour venir en vacances à ce moment. Il y a un côté festif, avec des balls voguing (sortes de « battles » de danse et défilés, ndlr), la marche, un grand pique-nique… Mais aussi pas mal de moments de réflexion en groupe : des projections de films, des expos ou tables rondes avec des chercheurs universitaires…

Au-delà de la Paris Black Pride, votre association est active le reste de l’année sur d’autres sujets.
Tout à fait ! Toute l’année, nous accompagnons des personnes vulnérables dans leur parcours. On n’en parle pas d’un point de vue médiatique, car on a un devoir de discrétion. Cela peut être des LGBTQ+ originaires d’outre-mer, qui débarquent à Paris et qui ont besoin de nous. Il faut savoir que ces jeunes sont souvent en rupture familiale, isolés et donc fragilisés. Sans travail ni famille pour les loger, beaucoup d’Antillais LGBTQ+ ayant fui un entourage hostile se retrouvent par exemple contraints de se prostituer pour survivre. On aide aussi des migrants venus d’Afrique à faire leur demande d’asile, à leur trouver un logement, ou bien faire de l’accompagnement juridique. Cette semaine, sur mon temps libre, j’aide une jeune femme noire née dans un corps d’homme à faire sa transition administrative.

On a souvent reproché à la Pride-tout-court de mettre de côté certaines catégories – notamment les trans, grands oubliés de l’Histoire (même si les choses sont en train de changer). La communauté noire LGBTQ+, même combat que les trans ?
Nous sommes clairs là-dessus, nous sommes très engagés dans le combat des trans noir(e)s ou métis(ses) et contre la transsophobie en général. Nous sommes très proches de la scène voguing parisienne par exemple.

Penser que la communauté LGBTQ+ est par essence inclusive, c’est se tromper ?Penser que la communauté LGBTQ+ est immunisée contre le racisme est naïf. On peut penser qu’ayant toujours vécu sous l’oppression, elle serait naturellement ouverte, sensible à toute autre forme d’oppression et de discrimination. Ce n’est pas forcément le cas. Il y a un racisme latent au sein de la communauté LGBT. Par exemple, pendant longtemps, la figure de Marsha P. Johnson* a été effacée, au profit de figures blanches LGBT dont l’implication n’a pas été prouvée. Et surtout, à force de prôner l’intersectionnalité à tout bout de champ, la communauté LGBTQ+ dans sa globalité finit par invisibiliser nos expériences de discrimination. 

La communauté noire parisienne aussi peut être assez homophobe ?
Oui, car elle repose sur des préceptes de patriarcat fondés par des hommes blancs hétéronormés… Sans mentionner le poids extrêmement lourd de la religion. Un jeune noir LGBT va potentiellement connaître ses premières expériences homophobes au sein de sa famille avant de le vivre dans la société – c’est d’ailleurs ce que raconte le clip de Kiddy Smile.

Que pensez-vous de ces initiatives populaires comme le mouvement Black Lives Matter ?
Beaucoup d’entreprises se sont engouffrées dans cette brèche. Mais il ne faut pas se leurrer, c’est opportuniste ! Avec le hashtag #BlackLiveMatters, on est dans le bavardage. C’est du déclaratif : sur le plan structurel, on reste sur un statu quo !

Pouvez-vous nous en dire plus sur le programme de la prochaine Paris Black Pride ?
A priori, elle aura lieu en juillet 2021 – même si l’on étudie encore la possibilité de proposer une alternative en novembre prochain, sur le modèle de la Gay Pride, qui a été reportée. Je ne peux pas trop vous dévoiler, mais cette édition sera plus ambitieuse, condensée sur une journée ou deux. Avec une initiative qui devrait faire parler d’elle…

Si on veut suivre l’actu de l’asso, on fait comment ?
Un tout nouveau site web débarque cet été. Avec une hotline, notamment pour accompagner les personnes victimes de racisme et/ou d’homophobie à déposer plainte et suivre leur plainte. Sinon bien sûr, il y a les réseaux sociaux : notre page Facebook et notre Insta.

*femme transgenre et drag-queen américaine décédée en 1992, travailleuse du sexe et militante, une des initiatrices des émeutes de Stonewall. Au-delà, grande figure de la scène LGBT et artistique du New York des années 1960-1990, et activiste des droits des personnes séropositives, très engagée auprès de Act Up.

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